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Liban - Camps de déplacés

Les réfugiés syriens peuvent-ils être des vecteurs de développement urbain ?

Le quinzième cycle des « City Debates » à l’AUB s’est clôturé après trois jours de débats.

Pendant trois jours, la quinzième édition des « City Debates » de l’AUB a permis la tenue de 6 débats, 3 conférences et des projections de courts-métrages devant une salle régulièrement comble. Photo AUB

Les camps de déplacés doivent-ils être pensés comme partie intégrante des villes ? Comment intégrer l’art et la mémoire aux projets de reconstruction d’après-guerre ? Ces questions, parmi de nombreuses autres, étaient au cœur des « City Debates » (débats dans la ville), un cycle de conférences organisé depuis 2002 par les masters de planification et politiques urbaines (MUPP) et de design urbain (MUD) de l’Université américaine de Beyrouth (AUB).

Les participants à l’édition 2019, qui s’est tenue du 1er au 3 avril devant un amphithéâtre fréquemment rempli, ont été invités à croiser les thématiques de l’accueil de déplacés et de la reconstruction d’après-guerre. « Ces thématiques ne pouvaient être plus pertinentes et d’actualité que dans notre contexte », a estimé, au premier jour de l’événement, le doyen de la faculté d’architecture et d’ingénierie de l’AUB, Alain Chéhadé.

L’organisation des « City Debates » est confiée chaque année à un membre de la faculté. Pour cette quinzième édition, c’est Howayda Harithy, professeure d’architecture et de design urbain, qui a conçu un événement axé autour de deux thématiques guidant son travail personnel : la reconstruction urbaine et la gestion des réfugiés. Deux thématiques strictement techniques que les organisateurs ont tenu à limiter à ce cadre précis, compte tenu de la sensibilité du sujet au plan politique. « La première thématique est davantage liée à l’aspect physique des villes alors que la seconde se concentre sur les personnes. Or je pense que ces deux domaines d’étude doivent être traités conjointement », explique-t-elle. Pour ce faire, les participants, chercheurs comme professionnels locaux, régionaux et internationaux, ont été invités à réfléchir à la notion d’« urban recovery », qui peut être traduite en français par « renaissance urbaine ». « Il s’agit d’une approche qui s’intéresse autant à l’environnement construit qu’aux gens qui le pratiquent, mais aussi à ses dimensions économique et sociale », explique la professeure.

Dans ce processus, le rôle de la société civile a émergé comme étant la pierre angulaire. Au second jour, Angela Boskovitch, directrice artistique et journaliste indépendante, et Omar Mohammad, historien et journaliste irakien, ont ainsi fait part de leurs expériences respectives au sein de la ville irakienne de Mossoul, où leur collectif Mossul Eye (l’Œil de Mossoul) tente d’insuffler un processus démocratique autour de la reconstruction de l’héritage urbain. De la même manière, Chiara De Cesari, anthropologue et professeure à l’université d’Amsterdam, a présenté le combat d’associations palestiniennes pour réhabiliter le centre-ville d’Hébron, en Cisjordanie, comme un moyen de lutte contre la présence israélienne. « Au Liban, on constate aussi un succès très intéressant des ONG et des associations qui prennent des initiatives et qui essaient de réclamer leur place dans la ville », fait remarquer la professeure Howayda Harithy.


(Lire aussi : Au Liban, plus de 90% des familles de réfugiés syriens en état d'insécurité alimentaire, selon l'ONU)

« Une chance »

La question du rôle des réfugiés dans la transformation des villes a également traversé les débats dédiés au contexte local, avec la crise syrienne en toile de fond. Mona Fawaz, professeure d’études urbaines à l’AUB, a ainsi rappelé que la majorité des réfugiés syriens vivent en réalité loin des camps, au sein d’un marché du logement dégradé et précaire, révélateur de l’absence de politiques fortes en la matière. La spécialiste a ainsi préconisé de répondre à la source du problème, en adoptant des stratégies urbaines ambitieuses permettant d’améliorer l’habitat et de réguler le marché de l’immobilier.

Face à ces enjeux, l’arrivée de réfugiés syriens a été présentée par les intervenants comme « une chance » pour les bourgades libanaises, « leur permettant d’achever leur mue et de se développer ». « Nous voyons les réfugiés comme des agents d’urbanisation, c’est-à-dire qu’ils peuvent être une force dans les transformations urbaines », estime la professeure Harithy. L’exemple de Barr Élias, localité de la Békaa, au sein de laquelle de nouveaux services et des commerces ont vu le jour depuis l’arrivée de réfugiés syriens, a notamment été présenté.

Le dernier jour de la conférence, l’exemple du camp palestinien de Bourj el-Brajné, au sud de Beyrouth, a enfin permis de replacer la question des réfugiés dans une temporalité plus longue. « Le camp palestinien n’est plus temporaire, il fait partie de la ville », note la professeure. Plusieurs intervenants ont, dans la même veine, cherché à tordre le cou à l’idée de campements fermés et déshumanisés. Kamel Doraï, chargé de recherche au CNRS à l’Institut français du Proche-Orient – IFPO à Amman, a ainsi exposé la créativité des déplacés syriens du camp de Zaatari, en Jordanie, où ces derniers conçoivent des jardins partagés, des lieux de vie ou des commerces. Reconnaissant que le sujet est hautement sensible au Liban, Howayda Harithy n’a toutefois pas été en mesure d’inviter des représentants politiques au débat. « Il y a beaucoup de tensions autour de la question des réfugiés syriens et de leur retour. Il est important de changer le point de vue sur la question pour reconnaître que ces camps sont des sites urbains qui doivent avoir leurs propres services et infrastructures », conclut la professeure.


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Les camps de déplacés doivent-ils être pensés comme partie intégrante des villes ? Comment intégrer l’art et la mémoire aux projets de reconstruction d’après-guerre ? Ces questions, parmi de nombreuses autres, étaient au cœur des « City Debates » (débats dans la ville), un cycle de conférences organisé depuis 2002 par les masters de planification et politiques...

commentaires (4)

C CA ! URBANISME, BENEFICES ECONOMIQUES POUR LE LIBAN ET DES MENSONGES PAREILS PEUVENT TRES TRES TRES TRES BIEN CACHER QQ CHOSE QUI RESSEMBLE AU CAS DES REFUGIES PALESTINIENS- recus chez ns depuis 71 ans, STILL GOING STRONG !!!!!

Gaby SIOUFI

17 h 26, le 05 avril 2019

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Commentaires (4)

  • C CA ! URBANISME, BENEFICES ECONOMIQUES POUR LE LIBAN ET DES MENSONGES PAREILS PEUVENT TRES TRES TRES TRES BIEN CACHER QQ CHOSE QUI RESSEMBLE AU CAS DES REFUGIES PALESTINIENS- recus chez ns depuis 71 ans, STILL GOING STRONG !!!!!

    Gaby SIOUFI

    17 h 26, le 05 avril 2019

  • En réalité des vecteurs de tout .

    FRIK-A-FRAK

    14 h 42, le 05 avril 2019

  • RIEN QU,A Y PENSER SERAIT ALLER VERS L,IMPLANTATION DEFINITIVE DE CE CORPS ETRANGER AU LIBAN !

    PRET A SOUTENIR L,OLJ SANS L,HUMILIANTE CENSURE.

    08 h 56, le 05 avril 2019

  • Tous les prétextes sont bons pour nous obliger à accepter la présence éternelle des réfugiés... Inadmissible!

    NAUFAL SORAYA

    08 h 20, le 05 avril 2019

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