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Idées

L’avenir des réfugiés syriens du Liban est en Syrie

Tribune
15/03/2019


Le Liban, la France et l’Allemagne partagent la même volonté d’aider les Syriens à rentrer dans leur pays. Dans cette perspective, nous devons combler le fossé entre la volonté des réfugiés de retourner chez eux et leur incapacité, pour l’heure, à le faire. 83 et 5 : ce sont là deux chiffres que l’on devrait garder à l’esprit s’agissant de la question du retour des réfugiés du Liban vers la Syrie. En effet, les enquêtes les plus récentes menées par le HCR auprès des réfugiés syriens au Liban montrent que 83 % d’entre eux souhaitent rentrer en Syrie, mais que seuls 5 % d’entre eux envisagent ce retour dans les prochains 12 mois. Un principe doit primer : tout réfugié a le droit de retourner dans son pays. Nous devons défendre ensemble le droit au retour de tous les Syriens.

L’avenir des réfugiés syriens au Liban réside en Syrie – nous sommes tous d’accord sur ce point, y compris les réfugiés eux-mêmes. Comment expliquer, alors, que seuls 5 % d’entre eux envisagent ce retour d’ici à un an ? Les réfugiés savent que le Liban ne leur offre aucune véritable perspective économique ; ils savent aussi que nos gouvernements fournissent déjà une aide humanitaire substantielle en Syrie. Les enquêtes prouvent par ailleurs que la destruction des infrastructures n’est pas le principal obstacle au retour des réfugiés dans leur pays.

Le principal obstacle au retour est le climat de peur et d’injustice qui règne en Syrie. Depuis le début du conflit, le régime a arrêté et fait disparaître près de 70 000 Syriens. Ces arrestations, tortures et assassinats perdurent jusqu’à ce jour. La détention par les services de sécurité syriens est si arbitraire qu’aucun réfugié ne peut, au bout du compte, se prévaloir d’un retour sûr. Ils savent qu’une injustice structurelle les attend, qu’il s’agisse de la saisie des propriétés, des frais administratifs à payer pour les années passées à l’étranger ou l’obtention de documents personnels expirés, ou encore d’un système de justice biaisé qui ne défendra pas leurs droits.

Nous avons un intérêt commun à appeler, d’une même voix, à l’abolition de ces obstacles au retour. Damas doit respecter le droit au retour, ainsi que le droit à la propriété et au logement des réfugiés. Damas doit mettre fin aux arrestations arbitraires et aux poursuites judiciaires. Damas doit également arrêter de restreindre le travail du haut-commissaire pour les réfugiés afin qu’il puisse se déplacer librement en Syrie et avoir accès à tous les réfugiés de retour, pour leur garantir une protection.

Ces mesures sont claires et ne sont autres que des obligations dictées par le droit international. Elles ne sont pas liées au processus politique de Genève et dépendent entièrement de Damas. La France et l’Allemagne sont convaincues, cependant, qu’une paix durable en Syrie ne peut être atteinte qu’à travers un processus politique mené sous l’égide des Nations unies.

Nous reconnaissons le fardeau que porte le Liban. Depuis 2011, l’Union européenne et ses États membres ont consenti plus de 19 milliards de dollars pour venir en aide tant aux réfugiés qu’aux populations hôtes – au Liban, dans d’autres pays hôtes et en Syrie même. Cette semaine, alors que nos gouvernements se réunissent dans le cadre de la 3e conférence de Bruxelles sur l’aide à apporter pour l’avenir de la Syrie, nous renouvellerons cet engagement envers le peuple généreux du Liban, tout en poursuivant nos efforts pour éliminer les véritables obstacles au retour.

Nous demeurerons aux côtés des Syriens et des communautés hôtes qui les accueillent généreusement au Liban, jusqu’à ce que le retour volontaire, sûr et digne de plus d’un million de réfugiés syriens devienne une réalité.

Bruno FOUCHER ambassadeur de France au Liban et Georg BIRGELEN ambassadeur d’Allemagne au Liban

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ACQUIS À QUI

Dans tout ce qu'on vient de lire et qui sort de ces ambassadeurs je n'ai lu que des généralités sans grande importance quant à trouver une solution au retour urgent et express des réfugiés syriens, victimes avant tout de la mise en place du honteux et abominable complot contre les forces de résistances libano syriennes à ce complot.

Dieu a donné la parole aux hommes pour mieux cacher leurs intentions, voilà à quoi se résume ce discours creux de ces ambassadeurs.

Donnons la parole aux russes, avec eux on parlera vrai avec solutions sérieuses à la clé.



Wlek Sanferlou

Merci messieurs les ambassadeurs pour cette mise au point qui nous encourage à supporter quelques années de plus et probablement des décennies, ou même éternellement les réfugiés chez nous comme on le fait avec les palestiniens chassés par Israël et par la Jordanie... Les deux pays et leurs actes approuvés par l'Europe en général.
Pour le coût de quelques avions chasseurs vous pouvez monter des camps de réfugiés en Syrie même.
Ils ne seront plus réfugiés mIs déplacés, du même coup la Syrie sera obligée d'accélérer leurs réintégration et le Liban pourra enfin respirer et cesser d'être un quémandeur de charité.
Vous serez soulagés de ne plus avoir à offrir des excuses dont vous n'êtes sûrement pas convaincus.
Discuter avec les Russes n'est pas honteux si eux autant que vous serez récompensés par la gloire d'avoir résolu humainement cette imbroglio qui n'est sûrement ni la faute des réfugiés ni du Liban.
Grand merci, si vous allez dans ce sens.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PAS DE DOUTE SUR CA MAIS ENCORE FAUT-IL TROUVER LE MOYEN LEGAL ET ACCEPTABLE AVANT TOUT PAR LES REFUGIES EUX-MEMES DE LES RAPATRIER... L,EXPULSION ETANT HORS DE QUESTION !

Stes David

"L’avenir des réfugiés syriens au Liban réside en Syrie – nous sommes tous d’accord sur ce point". Depuis que je lis le OLJ, et je m'interesse dans l'histoire du Liban et de la Syrie, je me pose pourtant la question en concernant la "nationalité" ou "identité" libanaise et syrienne. Ce n'est pas du tout simple, car dans le passé, pendant l'empire ottomane par exemple, les gens avaient un passeport "ottomane" et étaient "syrien" même s'ils vivaient au "Mont Liban". Je suis sûr que dans beaucoup de cas, il y a des syriens qui vivent au Liban et qui se pensent ou s'estiment libanais et vice-versa, il y a des libanais qui vont en Syrie et ne voient pas trôp de différence. C'est parce que des liens de famille ou des liens réligieuses sont parfois plus importants que "nationalité" d'états rélativement jeunes dans une région avec une histoire de milliers d'années, ou il faut considérer l'histoire byzantine, arabe etc. Par exemple du point du vue byzantine, ou ottomane ou arabe etc. les "frontières" de ces états sont tout à fait différents.

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