Liban

La décision britannique sur le Hezbollah : pas d’impact direct, mais des relations plus compliquées

Décryptage
28/02/2019

En principe, la décision britannique de ne plus faire de distinction entre l’aile militaire du Hezbollah, qualifiée de terroriste, et son aile politique devrait entrer en vigueur vendredi après le vote du Parlement, suite à une ultime discussion aujourd’hui à la Chambre des lords. En dépit de quelques timides questions sur les motivations de ce nouveau projet de la part de certains députés travaillistes, il est assuré d’être adopté, ayant déjà une large majorité de voix en sa faveur, selon les estimations de la presse britannique.

Cette décision de Londres aurait dû provoquer une polémique au Liban, ou du moins un débat entre les pour et les contre, ceux qui veulent l’utiliser pour confirmer leur théorie au sujet de « la nuisance » que constitue le Hezbollah pour le Liban et ceux qui estiment qu’elle conforte leur hostilité à l’égard d’un Occident à la solde d’Israël.

Mais il n’en a rien été. La nouvelle est passée sans provoquer de remous, ni même de véritable réaction, qu’il s’agisse de condamnation ou d’appui. N’étaient quelques articles de presse, la décision britannique serait même passée inaperçue. Il est vrai que depuis des années, et même depuis la décision de l’Union européenne de faire une distinction entre l’aile armée et l’aile politique du Hezbollah, la Grande-Bretagne et ses représentants au Liban ont toujours refusé de rencontrer les représentants du Hezbollah ou des membres de ce parti, qu’ils soient députés, ministres, chargés des relations extérieures ou cadres au sein de la formation chiite. Cette position britannique, qui est contraire à la politique de l’Union européenne, s’aligne en réalité sur celle de l’administration américaine et de certains pays qui gravitent dans son orbite. Officiellement, la Grande-Bretagne était obligée de se conformer à la décision officielle européenne, mais sur le terrain, elle était plutôt en harmonie avec celle des États-Unis. Maintenant que la Grande Bretagne est en passe de se retirer de l’UE, elle est donc en train d’officialiser une position qui existait déjà dans la pratique.

Concrètement, cette décision ne change pas grand-chose aux relations entre le Hezbollah et la Grande-Bretagne, puisque celles-ci étaient pratiquement inexistantes. Et si certains cadres du parti chiite devenus depuis des députés (Ali Fayad et Ibrahim Moussaoui, par exemple) avaient fait des études ou participé à des séminaires en Grande-Bretagne depuis des années, ils n’y vont plus, en raison de la position catégoriquement hostile de ce pays à l’égard du Hezbollah. Certains ambassadeurs et diplomates britanniques en poste au Liban ont essayé à certains moments de nuancer la position de leur gouvernement à l’égard du Hezbollah, en envoyant des rapports plus ou moins positifs sur le fait que le parti a désormais une aile politique reconnue, qui lui permet d’avoir des députés au Parlement libanais et des ministres, et qu’il a même un rôle positif dans certains dossiers locaux, mais ils n’ont pas réussi à modifier la ligne directrice de la politique de Londres au Liban.

Selon des sources proches du Hezbollah, la décision britannique qui devrait donc être officialisée vendredi ne change rien à la réalité sur le terrain, mais elle n’en demeure pas moins un pas de plus vers l’alignement total de la Grande-Bretagne sur les États-Unis et Israël dans la région.

Selon ces mêmes sources, cette décision a deux volets. Le premier est interne à la Grande-Bretagne et s’inscrit dans la lutte entre la Première ministre Theresa May et le nouveau ministre de l’Intérieur Sajid Javid (nommé au printemps 2018) pour le leadership du Parti conservateur. Sajid Javid briguerait en fait la tête du parti pour pouvoir ensuite postuler au poste de Premier ministre, et il a choisi d’adopter des positions plus radicales sur plusieurs dossiers, dont celui du Hezbollah, dans l’objectif de satisfaire à la fois la tendance radicale en Grande-Bretagne et au sein du Parti conservateur. Le second volet concerne les relations et la politique de la Grande-Bretagne dans la région. La décision viserait ainsi à gagner l’aval des pays du Golfe hostiles au Hezbollah (en présentant le projet, le ministre de l’Intérieur a évoqué la décision de l’Arabie saoudite et du Bahreïn de mettre le Hezbollah sur leur liste des organisations terroristes) et bien sûr celui d’Israël, pour conforter la position de Sajid Javid dans les prochaines élections face à Theresa May actuellement en difficulté.

Sur le plan officiel libanais, la tendance générale est de minimiser l’impact de la décision britannique. Selon des sources diplomatiques, cette décision ne remet nullement en question l’aide britannique à l’armée libanaise (qui porte notamment sur les postes de contrôle à la frontière libano-syrienne), ni les accords commerciaux entre les deux pays ou encore les relations politiques entre Londres et les responsables, y compris ceux qui ne sont pas hostiles au Hezbollah. Elle devrait donc rester strictement limitée aux membres de ce parti qui déjà n’avaient pas de contacts officiels avec les diplomates britanniques. De plus, cette décision n’affecte en rien la position de l’Union européenne qui a rappelé, à travers les canaux diplomatiques, qu’elle tient à maintenir la distinction entre l’aile armée du Hezbollah et sa branche politique, cette dernière n’étant pas sur la liste des organisations terroristes et n’étant pas près d’y figurer, en dépit des pressions américaines en ce sens. Mais en dépit de ces considérations qui se veulent rassurantes, la décision britannique risque de compliquer les relations entre Beyrouth et Londres.


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ENTRE REALITE ET REALISME... INTERETS
Y PREVALANT DANS LES DEUX CAS... L,HYPOCRISIE EST LA MEME !

VIRAGE CONTRÔLÉ

La réciprocité, rien de moins.

Condamner la perfide Albion pour connivence avec le terrorisme wahabite au Liban, par les armes qu'elle leur vend au rabais.

Pour qui se prennent ces prédateurs qui envoient un larbin ( javid) nous insulter?

VIRAGE CONTRÔLÉ

Simple comme bonjour, le Liban nouveau indépendant et libre devrait voter une loi qui mettrait la g.b du Brexit dans la catégorie des pays qui financent le terrorisme, par les armes qu'ils vendent aux wahabites sans distinction de leur destination .

Et vlan dans les gencives de ces rosbeef.

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