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Liban

Gouvernement : de l’optimisme à nouveau dans l’air, mais toujours rien de concret

crise

Hariri pourrait rencontrer Bassil à Paris pour poursuivre les tractations en cours.

25/01/2019

La diffusion d’une dose d’optimisme en matière de formation de gouvernement toutes les fois qu’une nouvelle sonnette d’alarme est tirée est devenue au Liban une technique usitée par les responsables politiques dans l’objectif de rétablir la confiance.

C’est ainsi que de nombreux analystes interprètent les déclarations rassurantes ces derniers jours du Premier ministre désigné, Saad Hariri, et du chef du PSP, Walid Joumblatt, et, plus mesurées, celles du chef Parlement, Nabih Berry, dans le contexte de la reprise des négociations en vue de la naissance du gouvernement, qu’une nouvelle fois on dit imminente. Cette tactique ne serait, selon ces analystes, qu’une manière de remédier à une morosité grandissante suscitée notamment par la décision de l’agence de notation Moody’s de dégrader la note souveraine du Liban.

Ce climat positif insufflé ne serait donc pas justifié sur le terrain tant que les blocages persistent du fait notamment d’une révision de l’attribution des portefeuilles, qui a ressurgi ces derniers jours, et du nœud dit des sunnites antihaririens dont le mode de représentation au sein du gouvernement n’est toujours pas tranché. Autant d’indicateurs que la solution n’a pas encore mûri. Dans les milieux du Premier ministre, qui a pris hier l’avion pour Paris pour une courte visite familiale, le baromètre est au beau fixe depuis quelques jours, mais l’on s’abstient de donner des détails pour justifier cette attitude, le mutisme étant selon ces milieux le meilleur gage de l’aboutissement de ce nouveau round de tractations. Des informations diffusées hier soir par la MTV ont fait état d’une rencontre prévue à Paris ce week-end entre M. Hariri et le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, qui viendrait le rejoindre depuis Genève où il se trouve actuellement.


(Lire aussi : Gouvernement libanais : qu'est-ce qui bloque, encore, aujourd'hui?)


La valse des portefeuilles
Selon plusieurs sources citées par notre correspondante Hoda Chédid, M. Hariri serait convenu avec le chef du CPL d’un package général, consistant notamment à avaliser la désignation de l’un des trois noms suggérés par la « Rencontre consultative » qui regroupe les six députés sunnites pro-8 Mars. Seraient donc potentiellement ministrables Osman Majzoub, Naji Taha ou Hassan Mrad, à défaut de l’un des six.

On apprenait également que le portefeuille de l’Environnement, jadis promis à M. Berry, serait octroyé au CPL comme il le souhaite. Une concession partielle qui servirait à retirer du champ toutes les mines potentielles qui pourraient entraver le sprint des tractations engagées depuis quelques jours.

M. Hariri aurait dans la foulée exprimé devant Walid Joumblatt, qu’il a rencontré mercredi, le souhait que ce dernier se désiste du portefeuille de l’Industrie qui était réservé à une personnalité de son bloc, pour pouvoir l’attribuer au bloc de M. Berry, afin de compenser la perte par ce dernier de l’Environnement, une demande que le chef du PSP pourrait satisfaire pour faciliter le processus.

Ainsi, la valse des portefeuilles se poursuit et devrait se prolonger au début de la semaine prochaine dont la fin constitue la date butoir que s’est fixée le Premier ministre « avant de trancher », comme il l’a laissé entendre il y a deux jours.


(Lire aussi : Gouvernement : des contacts, mais pas encore de solution claire)


Une semaine décisive
Plusieurs spéculations ont d’ailleurs circulé sur ce qu’il a voulu dire par « trancher ». Parmi les interprétations véhiculées, l’idée que M. Hariri dont le désistement n’est certainement pas une option, assure-t-on, a tout simplement voulu refléter l’image d’un Premier ministre qui est « toujours en contrôle » et qui domine la situation. Une réaction destinée à contrer les remarques ironiques qui lui avaient été adressées insinuant que c’est le chef du CPL qui lui a usurpé ce rôle en multipliant les obstacles et les conditions placées en amont de la formation du cabinet.

Une autre interprétation serait que M. Hariri pourrait tout simplement se rendre auprès du chef de l’État, Michel Aoun, à la fin de la semaine prochaine et lui remettre une mouture que le président pourrait accepter ou rejeter. Du déjà-vu mais qui aurait l’avantage de blanchir le Premier ministre qui voudrait démontrer qu’il s’est acquitté de ses responsabilités jusqu’au bout.

Le troisième scénario enfin serait qu’il décide une fois pour toutes de redynamiser le gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes pour trouver des solutions concrètes au marasme économique et financier dans lequel patauge le pays. Cette option surviendrait dans le cas de figure où la problématique des sunnites antihaririens, plus complexe que la permutation des portefeuilles, n’aura pas été résolue.

Sur la question sunnite, aucune décision définitive n’a encore été prise quant à la mise en scène susceptible de faire représenter les antihaririens, et comment se manifestera, en termes de vote, leur rôle politique au sein du gouvernement. À ce jour, le CPL hésite toujours à admettre leur existence en tant qu’électron libre, si leur représentant devait être compté de la part du chef de l’État. La dernière formule qui circule à ce propos serait de leur accorder un ministre de la quote-part du président. Ce ministre ne prendrait pas pour autant part aux réunions du bloc du Liban fort, à condition qu’il s’engage à ne pas voter contre le camp présidentiel. Sur ce point précis, une source de la « Rencontre consultative » affirme à L’OLJ que cette condition est dénuée de sens, du moment où le groupe des députés sunnites « partage la même ligne politique que M. Aoun même sur les questions régionales et les sujets en relation avec la Syrie. Pourquoi voterions-nous contre lui ? », s’interroge la source, qui nuance toutefois ses propos en soutenant que le ministre de la « Rencontre consultative » devra toutefois pouvoir exprimer certaines opinions sans contraintes. L’insistance du CPL à obtenir en amont des garanties que le vote du ministre sunnite du 8 Mars ne sera pas dirigé contre son camp pourrait être un palliatif à l’obstination, non déclarée, du CPL à vouloir s’octroyer le tiers de blocage. Certaines informations de presse font d’ailleurs état d’un certain « assouplissement » dans la position de M. Bassil sur cette question et d’une volonté présumée du Hezbollah (qui avait affirmé auparavant que l’octroi de onze ministres à son allié stratégique ne le dérangeait pas) à le faire fléchir pour l’amener à renoncer à ce qui est clairement devenu le facteur de blocage par excellence.

Des informations que dément une source proche du parti chiite qui assure que le Hezbollah « n’est pas du tout disposé à se mettre à dos Gebran Bassil, encore moins le président », qu’il avait pourtant mis au pied du mur en appuyant implicitement la politique de boycott prônée par M. Berry à la veille du sommet arabe. « Le problème, poursuit la source, c’est que Saad Hariri et Nabih Berry ne veulent pas non plus affronter Gebran Bassil en contrant frontalement ses ambitions de puissance au sein du futur gouvernement. »

Or, tant que M. Bassil insiste à s’assurer le tiers de blocage, aucune solution en vue n’est envisageable. « Son attitude est pour le moins incompréhensible. Il joue probablement sa dernière carte selon la logique qui dit “aujourd’hui ou jamais”. Or, il ne réalise pas qu’il se tire une balle dans le pied, sachant que le retard coûtera cher au sexennat », commente une source proche du courant du Futur.


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L’azuréen

M. Bassil se tire une balle dans le pied ...c’est le moins que l’on puisse dire .

Gros Gnon

Ceux qui élisent toujours les mêmes personnes et qui espèrent un changement se mettent le doigt dans l'oeil jusqu'à la prostate...

AIGLEPERçANT

On est pas dans les mêmes exigences que l'on soit haririen ou hezb de la résistance.

Le portefeuille du haririen importe beaucoup plus que celui du hezb de la résistance.

La nourriture céleste importe plus du côté hezb de la résistance que du côté haririen.

Chacun a son école.

Bustros Mitri

Va-t-il céder à nouveau , comme il l' a fait pour les présidentielles?

Tina Chamoun

Et pendant ce temps de portefeuille en portefeuille ministériel, celui du Libanais lambda se vide allégrément. Elle commence à nous donner le tournis cette valse à mille temps...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ABRUTISSEMENT ET LE M,ENFOUTISME DE TOUS NOS ABRUTIS ET SPECIALEMENT DES PRETENDUS DIVINS PIONS DE L,ETRANGER CONTINUENT... AUX DEPENS DE LA SURVIE DU PAYS !

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