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Liban

Les enjeux politiques d’un report éventuel du sommet économique

Éclairage
11/01/2019

Prononcée par le président de la Chambre, accueillie avec stupéfaction par Baabda, la sentence sur le sommet économique de la Ligue arabe que le Liban doit accueillir dans quelques jours (19 janvier) s’énonce ainsi : « Pas de sommet économique de la Ligue arabe sans la Syrie, et en tout cas, pas de sommet sans un gouvernement », entendre un gouvernement formé selon les desiderata du Hezbollah.

M. Berry juge en effet qu’en l’absence d’un gouvernement susceptible de décider d’inviter la Syrie au sommet, la tenue de ce dernier est indésirable, dans la mesure où le Liban doit être, pour les pays de la Ligue arabe, « un signe de ralliement et non de division ».

Si le sommet économique devait être réellement annulé, ce serait, à n’en point douter, un coup porté au mandat présidentiel de Michel Aoun et la preuve, s’il en est encore besoin, que le Liban devra graviter désormais dans l’orbite de la Syrie et de l’Iran, estiment des observateurs politiques indépendants.

En tout état de cause, à Baabda, les propos de M. Berry, prononcés à quelques jours du rendez-vous fixé, ont choqué. On y a jugé, en particulier, que le président de la Chambre usurpe, ce faisant, l’autorité du chef de l’État qui, seul, a qualité pour accueillir ou, au contraire, annuler un sommet de la Ligue arabe qui doit se tenir à Beyrouth.

Le signal que cette annulation éventuelle donnera à la communauté internationale sera parfaitement clair : le mandat est incapable d’assurer la stabilité politique nécessaire à la tenue d’un sommet ; le pouvoir de décision réel est détenu par le tandem chiite qui, après avoir dicté ses conditions pour la formation d’un nouveau gouvernement, est en train de dicter sa volonté en matière d’Affaires étrangères.


(Lire aussi : Gouvernement : vers un renflouement de l’équipe sortante ?)


Pourtant, le président de la Chambre tient un discours diamétralement opposé. Pour lui, le désistement du Liban, au cas où la Syrie ne serait pas invitée au sommet, sera la preuve que le pays refuse la logique de la Ligue arabe et refuse aussi de se départir de la politique de distanciation, dans la logique de ce qu’il a déjà fait en s’interdisant de fermer son ambassade en Syrie – il y a même nommé un nouvel ambassadeur–, et en continuant de coordonner certaines de ses actions sécuritaires et militaires avec la Syrie.

Du côté du Hezbollah, c’est l’ambiguïté totale. Des proches de ce parti ont expliqué que, jusqu’à présent, ce dernier s’alignait en matière interne sur la politique de Nabih Berry. Cependant, on estime que l’appui à ce dernier restera indirect et allusif. Il est inconcevable, estiment ces milieux, que le Hezbollah réitère son appui à la présence de Saad Hariri au Sérail et, en même temps, prenne des positions qui seraient hostiles au président Michel Aoun.

Selon les observateurs, les jours qui viennent diront si la sortie de Nabih Berry se fait avec, en arrière-plan, le conflit dans la région ou s’il s’agit d’une ruade personnelle de M. Berry dont l’objectif serait de régler des comptes personnels avec le chef de l’État.

Sachant enfin que, selon toute probabilité, la décision de participation ou de non-participation de la Syrie au sommet économique ne revient pas au Liban, mais au secrétariat de la Ligue arabe, organisateur d’un sommet dont le Liban n’assure, finalement, que l’hébergement.

En tout état de cause, on affirmait de source bien informée auprès de la commission d’organisation du sommet qu’aucun signe indiquant un éventuel report de cette réunion ne lui est parvenu, et que ses préparatifs se poursuivent normalement. Sept chefs d’État arabes ont déjà annoncé qu’ils y participeraient, les autres n’ayant pas encore informé Beyrouth du niveau de leur représentation.

Ces chefs d’État sont : l’émir du Koweït, l’émir du Qatar, les présidents tunisien, égyptien, palestinien, mauritanien et soudanais.



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Wlek Sanferlou

Connaissant la relation de Berri avec le feu Moussa Sadr j'avais un respect spécial pour le chef de la chambre.
C'est dommage qu'il soit devenu "la voix de son maître" jouant ici le rôle des 6 sunnites pour satisfaite le hezb.
Mais bon Amal avait été vaincu une fois par le hezb et depuis joue le rôle du pseudo partenaire.

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Irene Said

Je me rends compte que hier j'ai trop enjolivé la description du Liban à mon enfant...

Notre pays n'est même plus un supermarché, mais un triste, sombre et sale antre où conspirent tranquillement des escrocs menteurs, voleurs, traîtes et criminels...arborant les titres de "politiciens", "chefs de partis" et autres, dont la seule occupation consiste à se remplir les poches en volant l'Etat !
Irène Saïd

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