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Liban

Le retour de la Syrie dans le giron arabe, une option irréaliste à court terme

Sommet économique de Beyrouth
05/01/2019

À chaque fois que l’occasion se présente, les tentatives des prosyriens visant à réintégrer la Syrie dans le paysage politique libanais dans l’optique de la normalisation des relations entre les deux pays reprennent de plus belle. La dernière opportunité en date, la tenue du sommet économique de la Ligue arabe dont Beyrouth sera l’hôte, du 19 au 20 janvier, a servi de nouveau prétexte dans les milieux du 8 Mars pour relancer les appels en faveur de la réintégration de la Syrie dans le giron de la Ligue et en vue de réhabiliter sa position auprès de ses partenaires du monde arabe.

Un vœux pieux, estime-t-on dans certains milieux diplomatiques, d’autant que dans les coulisses de cette instance, personne n’envisage pour l’heure une telle hypothèse, qui reste le fruit d’ « élucubrations médiatiques politiquement orientées ».

C’est ce que confirme une source diplomatique arabe informée mais souhaitant rester anonyme et qui, dans un entretien express accordé à L’OLJ, écarte toute possibilité, pour l’instant, de réinsertion de Damas au sein de la Ligue. Un processus bien plus complexe que ne laissent entendre, dit-il, certaines déclarations et analyses figurant dans les médias relevant des pays « les plus concernés par ce type de publicité, en l’occurrence, le Liban, l’Iran et la Russie ». Pour ce diplomate, il y a une confusion, parfois voulue, qui s’est établie après l’annonce, fin décembre, de l’ouverture de l’ambassade des Émirats arabes unis à Damas, précédée par la visite, quelques jours auparavant, du président soudanais Omar al-Bachir dans la capitale syrienne. Une succession d’événements qui ont poussé « certaines parties à exploiter ce sujet en le plaçant dans la perspective d’efforts qui seraient déployés en vue de la réintégration de la Syrie à la Ligue arabe ».

La réalité du terrain est tout autre, enchaîne la source qui rappelle que cette question n’est même pas évoquée dans les coulisses de l’instance arabe, encore moins par la majorité de ses membres, et ne le sera pas de sitôt.

« Tant que les contours de l’avenir de la Syrie sont en train d’être définis par des pays non arabes, le retour de Damas au sein de la Ligue est difficilement envisageable ». Selon la source, personne ne peut faire pression en ce sens, et si certains pays ont actuellement recours aux médias pour faire passer le message, « c’est précisément parce qu’ils ne détiennent pas de carte de pression politique efficace ».



(Lire aussi : Bachar el-Assad, sur le chemin d’un (léger) retour en grâce ?)


Le forcing du Hezbollah
En novembre 2011, la Ligue avait suspendu la Syrie à la demande des opposants au régime de Bachar el-Assad, un camouflet sévère pour Damas qui refusait d’appliquer à l’époque le plan arabe de sortie de crise.

18 des 22 membres de la Ligue avaient voté en faveur de la « suspension de l’adhésion de la Syrie à toutes ses réunions », une décision entrée en vigueur le 16 novembre de la même année. En mars 2013, c’est le chef de la Coalition nationale syrienne (opposition), Ahmad Moaz el-Khatib, qui avait occupé le siège de la Syrie à la Ligue arabe, vacant depuis.

Au Liban, les appels en faveur d’un blanchiment de la Syrie et de son retour, direct ou indirect, sur la scène libanaise sont revenus en force ces derniers jours, principalement du fait des partis prosyriens tels que le PSNS, mais aussi le Hezbollah.

À l’issue de la réunion hebdomadaire du bloc relevant du parti chiite, jeudi, les membres du bloc ont affirmé que le Liban se devait d’inviter la Syrie au prochain sommet économique de la Ligue arabe « compte tenu du climat positif arabe en faveur d’un retour de la Syrie sur la scène diplomatique ». Le parti occultait ainsi le fait que le Liban officiel ne peut entreprendre une telle initiative si la Ligue ne décide pas auparavant de réintégrer Damas en son sein. Cette décision revient exclusivement au Conseil de la Ligue qui regroupe les ministres des Affaires étrangères des pays arabes membres et qui avait pris la décision de geler la participation de la Syrie.

Une procédure dont le chef du CPL, Gebran Bassil, est visiblement conscient puisqu’il a clairement indiqué hier que l’invitation de la Syrie n’est pas du ressort du Liban, mais de la Ligue. M. Bassil a néanmoins repris à son compte l’esprit de la requête du Hezbollah dont il a toutefois nuancé la teneur. « Le Liban peut prendre l’initiative d’un retour de la Syrie dans le giron de la Ligue arabe », estimant qu’ « il y va de l’intérêt du Liban » que Damas réintègre cette instance. M. Bassil a notamment lié cet intérêt à une éventuelle participation du Liban à la question de la reconstruction de la Syrie, un sujet qu’il dit espérer évoquer dans le cadre du sommet arabe économique.

Selon le diplomate arabe, la question de la reconstruction de la Syrie ne figure aucunement à l’ordre du jour du sommet, défini le 20 décembre dernier. « Seules les questions relatives à la situation économique et sociale des pays membres seront évoquées », a-t-il indiqué.


(Lire aussi : Gouvernement : l’invitation d’Assad au sommet de Beyrouth accélérerait-elle le processus ?)


« Le Liban est prêt pour accueillir le sommet »
La question de la réintégration de la Syrie à la Ligue « semble préoccuper les milieux politiques libanais bien plus qu’ailleurs dans le monde arabe. À tel point qu’on a désormais l’impression que ce sujet, éminemment politique, va presque se substituer au véritable agenda prévu lors de ce sommet qui est d’ordre exclusivement économique », ajoute la source.

Une source proche du comité libanais organisateur a confirmé, pour sa part, que le Liban ne peut en effet prendre l’initiative d’inviter la Syrie. « Toute décision en ce sens qui ne serait pas avalisée par la Ligue arabe pourrait provoquer un boycott à l’encontre du Liban et entraîner une altération du nombre des participants et du niveau de la représentation des États. Contrairement aux informations véhiculées, les Syriens sont compréhensifs du point de vue libanais », a indiqué la source.

Pour le moment, seize pays ont déjà confirmé leur participation à ce rendez-vous. « Aucun des vingt-deux membres conviés n’a annulé à ce jour », précise une source proche de Baabda, qui centralise la logistique de cet événement.

Réagissant à des informations circulant dans la presse libanaise sur une éventuelle annulation de cette rencontre, du fait de l’impossibilité de former un nouveau gouvernement, la source souligne que ces informations sont infondées, aucun changement n’étant prévu. « Le Liban est prêt à tous les niveaux pour accueillir ce sommet, le gouvernement expédiant les affaires courantes étant toujours opérationnel. »

Pour ce qui est de la représentation des États membres, qui doit théoriquement être au plus haut niveau, il est encore trop tôt pour savoir exactement si les chefs d’État, rois et émirs pourront tous se présenter ou s’ils enverront plutôt des délégations pour les représenter. On sait déjà que le président égyptien, Abdel Fattah el-Sissi, a confirmé sa participation, ainsi que l’émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, qui présidera le sommet.


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LIBAN D'ABORD

Le Liban peut prendre l’initiative d’un retour de la Syrie dans le giron de la Ligue arabe », estimant qu’ « il y va de l’intérêt du Liban » que Damas réintègre cette instance. M. Bassil a notamment lié cet intérêt à une éventuelle participation du Liban à la question de la reconstruction de la Syrie, un sujet qu’il dit espérer évoquer dans le cadre du sommet arabe économique.

EXCUSER MOI M BASSIL TOUT N'EST PAS A VENDRE
VOUS VOULEZ QUE LA SYRIE REINTINGRE LA LIGUE POUR QUE LE LIBAN PARTICIPE A LA RECONSTRUCTION DE LA SYRIE DONC UNIQUEMENT POUR DES RAISONS D'ARGENT

D'autre part on fait souvent reference a Taef et a son application : La Syrie au Liban pendant 15 ans n'a rien eu a faire avec les decisions de Taef et vos partisans ont subi de multiples vexations et pire

JE SOUHAITE QU'AVANT MEME DE CONSIDERER PARLER AVEC
LA SYRIE , D'IMPOSER QUE TOUS LES PRISONNIERS LIBANAIS EN SYRIE SOIENT RELACHES ET QUE LES KIDNAPPES ET NOS VAILLANTS SOLDATS QUI ONT DEFENDU LE PAYS RETOURNENT ENFIN A LEURS FAMILLES

CA C'EST UNE CONDITION VALABLE POUR RAMENER LA SYRIE A LA LIGUE ARABE ET NON PAS LES POSSIBILITES DE FAIRE DE L'ARGENT EN RECONSTRUISANT LA SYRIE

HABIBI FRANCAIS

L actuel regime de Damas est l entite qui a le plus tue et martyrise d etres humains arabes de toute l histoire de l humanite,bien plus qu Israel....il n aura jamais sa place a la ligue arabe...d ailleurs il joue dans la ligue perse et neo stalinienne.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

RIEN N,EST IRREALISTE CHEZ LES ARABES. TOUT EST A ATTENDRE !

FÊTE ACCOMPLIE

On a longtemps brodé dans cet article sans avoir rien dit à la fin .

Pourquoi ce changement volte face des bensaouds du golfe ?

Et si ces pays arabes du golfe rouvrent leur ambassade en Syrie pourquoi le Liban hésiterait il à s'engager dans une véritable coopération avec ce pays voisin.

On utilise bien l'argument des relations entre ces arabes et lusurpie pour pousser le liban à reconnaître ce pays pourtant.

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