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Liban

Quatre ONG en campagne contre l’adoption de la loi sur la légalisation du cannabis

Légalisation du cannabis

Le Cénacle de la lumière, Oum el-Nour, Jeunesse contre la drogue (JCD) et Nusroto al-Anashid ont récemment publié un rapport mettant en garde contre l’effet néfaste sur la société et la santé que produirait l’autorisation de la culture et de l’usage de la plante à des fins thérapeutiques.

Claude ASSAF | OLJ
27/11/2018

La perspective d’une loi légalisant la culture et l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques, annoncée en juillet dernier par le chef du Parlement, Nabih Berry, suscite depuis une forte opposition de quatre organisations non gouvernementales consacrées à la prévention et au traitement de la toxicomanie. Afin de pousser les responsables à renoncer à ce projet qu’elles considèrent néfaste pour la société et la santé, les associations Cénacle de la lumière, Oum el-Nour, Jeunesse contre la drogue (JCD) et Nusroto al-Anashid, réunies sous l’appellation de « Réseau libanais des communautés thérapeutiques », mènent avec acharnement auprès d’eux une campagne intitulée « La société est en danger, dites non à la légalisation de la culture du cannabis ». Cumulant des décennies de connaissances et d’expériences dans la prévention et le traitement de la toxicodépendance, ces ONG fondent leur attitude d’opposition sur un rapport qu’elles ont établi après de longs mois de réunions et d’études scientifiques.

« Si le projet de légalisation est adopté, il aurait un impact désastreux au niveau sanitaire et social », estime Souraya Frem Baroud, présidente du Cénacle de la lumière (CDLL), contactée par L’Orient-Le Jour. Mme Frem Baroud indique que « la légalisation du cannabis entraînerait de hauts risques pour les jeunes, auprès desquels on observerait, le cas échéant, davantage de situations d’abus et de dépendance ». « La culture du cannabis expose au danger toute une société; elle augmente les problèmes de santé mentale, ainsi que les comportements destructeurs tels que la violence domestique, et accroît la facture des soins de santé, notamment les coûts de traitement de la toxicodépendance et ceux liés à la réhabilitation », ajoute Mme Frem Baroud, qui accuse les partisans de la légalisation de « vouloir établir cette loi pour des considérations financières, économiques et lucratives, sans prendre en compte les dépenses qui seraient générées à d’autres niveaux ».

Et l’activiste sociale de s’interroger par ailleurs « pourquoi un tel projet a été initié alors qu’en vertu de la loi actuelle, le Conseil des ministres peut délivrer des licences de culture du cannabis à des organismes comme par exemple les institutions académiques ». « Au lieu d’établir une loi élargissant le champ d’autorisation, l’État devrait plutôt contrôler la culture et l’exportation de cette drogue pour prévenir le développement d’un marché noir et de conséquences délétères pour la société et la santé », suggère-t-elle.


(Lire aussi : Puisque le haschisch est là pour rester, autant en profiter !)


« De la même catégorie que l’héroïne »
Citant le rapport du Réseau libanais des communautés thérapeutiques, la présidente du CDLL affirme que « le cannabis est inefficace pour le traitement de nombreuses maladies », jugeant que « quand bien même son efficience pour certains maux (sclérose en plaques, spasticité…) serait avérée, il serait préférable de recourir à des substituts, puisque ceux-ci offrent les mêmes résultats mais avec les effets nocifs en moins ». « Le gouvernement fédéral américain a d’ailleurs classé la marijuana (cannabis) dans la même catégorie que l’héroïne et indiqué qu’elle n’a pas un pouvoir médical considérable de nature à compenser les méfaits de son utilisation », ajoute Mme Frem Baroud, reprenant le texte du rapport.

Le document déplore par ailleurs « une absence d’étude propre à prouver que le Liban a un besoin crucial de culture du cannabis », soulignant dans le même sillage que « des études internationales ont montré qu’à l’étranger, comme par exemple dans l’Illinois (États-Unis), la demande et la prescription de médicaments à base de cannabis est limitée ».

S’agissant d’études internationales, « une enquête américaine a montré que les États américains ayant autorisé la marijuana à des fins médicales ont vu se multiplier des cas d’intoxication d’enfants exposés accidentellement à cette drogue », note en outre le rapport, qui ajoute : « La plupart des pays qui ont légalisé le cannabis à des fins médicales l’ont ensuite légalisé pour l’usage personnel, ce qui y a entraîné une augmentation des dépenses de santé et de lutte contre la criminalité. »

Les quatre ONG affirment en outre que « la culture du cannabis est plus coûteuse que l’agriculture traditionnelle », prenant l’exemple de la Californie, où la première est « 77 % plus chère » que l’autre. Pour elles, « le meilleur moyen d’améliorer la situation des agriculteurs et de l’économie consiste plutôt à rechercher d’autres domaines de cultures subventionnées, ainsi que des technologies agricoles modernes ».

Autant d’arguments pour inciter à écarter l’idée d’une loi qui risque d’accroître les dangers liés à la santé des citoyens. La mobilisation du Cénacle de la lumière, d’Oum el-Nour, de Jeunesse contre la drogue (JCD) et de Nusroto al-Anashid s’effectue ainsi à un rythme effréné, même si, note Mme Frem Baroud, « le texte législatif ne risque pas d’être adopté dans l’immédiat ». Et pour cause, « après M. Berry, c’est Antoine Habchi, député des Forces libanaises, qui a proposé une loi sur ce sujet, tandis que le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a annoncé récemment qu’il compte aussi présenter une troisième mouture », indique la responsable, estimant qu’« opter pour l’un de ces textes ou pour une combinaison des trois projets proposés prend du temps ». Mme Frem Baroud se félicite dans ce cadre que parmi les personnalités politiques rencontrées, notamment les députés Georges Okais, Alain Aoun, Neemat Frem, César Maalouf, et Mario Aoun, et le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, « plusieurs ont décidé de mener des études avant de prendre position à l’égard de la démarche visant à légaliser le cannabis ».



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Sarkis Serge Tateossian

Dans les pays déjà légalisé, ou trop permissifs, observez la jeunesse dans quel état se trouve...souvent une frange de la société totalement dépendante de ces "saloperies" qui ravagent les cerveaux de ces malheureuses victimes tombées dedans, qu'on les appels les "camés", les shootés, les toxicomanes" qu'on les voit un peu partout ou toutes perspectives d'avenir pour eux est devenues impossibles qui vivent sur la misère et l'assistanat quand il ne volent pas ou ne se prostituent pas pour survivre... (Même si tous les drogués ne sont pas forcément dans cet état.... Au depart).

Combien d'accident mortels par an sont recensés dans ces pays suite à la consommation de ces psychotropes ?

Est-ce que c'est cette société que nous voulons pour nos enfants ?
Cela nous suffit pas nos malheurs actuelles ?

Alors la "Hollande" ou je ne sais quel exemple...
Avons nous les mêmes moyens financiers de ces pays d'Europe pour prendre en charge une telle calamité sociale ?

TousAuPoteau

Mais en quoi ça les regarde? La Hollande s'en sort plutot bien. Et tous ces pays qui l'ont deja légalisé n'ont pas vu les "risques" mentionés?

Sarkis Serge Tateossian

Ma légalisation du cannabis ou autres plantes psychotropes n'en doutons pas, cela affectera notre société durablement et de manière irréversible. Méfions nous encore plus que n'importe quel autre menace ...

Les études qui diront le contraire ce sont des "études" commandées sur mesure par des lobbyistes.

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