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Cannabis à usage médical : quels sont ses bienfaits et les pays qui l'autorisent ?

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En légalisant le cannabis à visée thérapeutique, le Liban rejoindrait une trentaine de pays dans le monde et plusieurs Etats américains qui ont autorisé son usage notamment pour ses bienfaits sur le traitement de la douleur.

OLJ
19/07/2018

Mercredi, le président de la Chambre Nabih Berry a déclaré que le Liban pourrait légaliser la culture du haschisch et son utilisation à des fins médicales, comme le préconise le cabinet de conseil international McKinsey dans son plan pour réformer l’économie libanaise. Le rapport de McKinsey a été récemment remis au président libanais Michel Aoun. Une des propositions du dossier concerne "l'instauration de régions pour la culture du cannabis à des fins médicales dans un cadre légal", a récemment déclaré le ministre de l’Économie Raëd Khoury.

Au Liban, la culture du haschish est illégale, la loi punissant de prison le trafic de drogue. Mais l'activité est largement répandue depuis des décennies, notamment dans la région déshéritée de la Békaa (est), où elle est devenue une industrie rapportant des millions de dollars. L'armée avait l'habitude d'éradiquer, chaque année, quelque milliers d'hectares de cultures de cannabis dans la Békaa. En 2012, les cultivateurs avaient même attaqué ses bulldozers à la roquette, accusant le gouvernement de voler leur gagne-pain. Selon des cultivateurs de cannabis, le conflit en Syrie voisine a néanmoins détourné l'attention de l’État et dopé le trafic avec une frontière devenue beaucoup moins contrôlée.

Par le passé, le leader druze, Walid Joumblatt, avait appelé à légaliser la culture du haschish. En 2016, l’ancien ministre de la Santé, Waël Bou Faour, membre du parti de M. Joumblatt, avait même évoqué les bienfaits thérapeutiques du cannabis, plus particulièrement son huile.

En légalisant le cannabis à visée thérapeutique, le Liban rejoindrait une trentaine de pays dans le monde et plusieurs Etat américains qui ont autorisé son usage notamment pour ses bienfaits sur le traitement de la douleur.


Les bienfaits thérapeutiques

Le cannabis sativa, le nom scientifique de la plante de marijuana, contient une centaine de cannabinoïdes, des composés moléculaires actifs du cannabis. Dans certains pays, des patients souffrant de pathologies chroniques invalidantes sévères utilisent des cannabinoïdes pour soulager les symptômes de leurs maladies comme le SIDA, la sclérose en plaques ainsi que certains cancers, ou pour atténuer les effets secondaires de traitements lourds, comme les nausées liées à la chimiothérapie. Ces cannabinoïdes constituent une alternative aux antidouleurs classiques comme la morphine ou la codéine.

Les premiers médicaments à base de cannabinoïdes étaient des dérivés de l'un d'eux, le tétrahydrocannabinol (THC). Le médicament le plus connu sur ce marché à base de THC est le Marinol, qui contient une forme de tétrahydrocannabinol synthétique appelé dronabinol. Il avait été lancé à l’origine pour traiter les symptômes provoqués par le SIDA au début des années 1980. Tout comme son équivalent, le Sativex, il est autorisé dans plusieurs pays mais controversé, en raison de son efficacité toute relative et des sensations euphorisantes qu'il produit.

Depuis quelques années, les scientifiques lui préfèrent le cannabidiol (CBD). En juin, l'agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) a autorisé la mise sur le marché de l'Epidiolex, autorisé pour traiter deux formes rares et sévères d'épilepsie qui se déclarent le plus souvent dans l'enfance. La communauté scientifique et les partisans de l'usage du cannabis à visé thérapeutique fondent beaucoup d'espoir sur le cannabidiol.

Les médicaments à base de ces cannabinoïdes se présentent généralement sous la forme de sirops, comme le Marinol ou l'Epidiolex, de sprays comme le Sativex ou de patchs qui délivrent les principes actifs directement dans la circulation sanguine.


La délivrance des produits

Dans les pays où le cannabis médical est autorisé, la législation porte généralement sur trois volets, définissant les conditions d'accès au cannabis médical, la régulation portant sur la distribution (en pharmacie ou dans des boutiques spécialisées), et celle touchant à la culture et la production de cannabis à des fins médicales. Les médicaments sont généralement disponibles sur ordonnance pour des patients souffrant de maladies auxquelles l'utilisation de ces produits est circonscrit.

Les points d'interrogation de la recherche

La communauté scientifique est divisée sur l'efficacité de ces molécules. Certains estiment qu'il y a trop peu d’études menées sur les humains pour savoir si le cannabis ou les cannabinoïdes soulagent effectivement la douleur chronique. La recherche menée sur les humains montre que certaines maladies, comme la douleur chronique résultant de lésions nerveuses, seraient sensibles à l’action du cannabis, sous forme fumée ou vaporisée. Mais la plupart de ces recherches se fondent sur des évaluations personnelles de la douleur, ce qui en limite la validité. Seuls quelques essais cliniques contrôlés ont été menés à ce jour, ce qui ne permet pas de savoir si le cannabis est un traitement de la douleur efficace.

Par ailleurs, l’usage thérapeutique du cannabis pour atténuer les crises d’épilepsie n’est pour l’instant confirmé que par des expériences menées sur les rongeurs, notent notamment Steven Kinsey, professeur assistant de psychologie à West Virginia University et Divya Ramesh, chercheure associée à l'Université du Connecticut. Chez les humains, la preuve de son efficacité est bien moins établie. De même qu’avec la douleur chronique, les quelques études cliniques menées sur ce sujet n’incluent que très peu de patients.

Steven Kinsey et Divya Ramseh, qui rappellent que la consommation de cannabis comporte des risques, notent également que la recherche sur le cannabis et les cannabinoïdes est particulièrement difficile à mener, notamment en raison de la difficulté d'obtenir les autorisations pour se procurer et analyser ces produits.



Les pays et États US qui l'autorisent

Aux États-Unis, la loi fédérale interdit la culture, la vente et l’utilisation de la marijuana. La consommation récréative a néanmoins été légalisée dans huit États, dont la Californie, ainsi que dans la capitale fédérale, Washington. Par ailleurs, 29 États autorisent l’usage médical.

Au Canada, qui est en passe de devenir le premier pays du G7 à légaliser le cannabis, l'usage thérapeutique de cette plante est autorisé depuis 2001.

En décembre 2013, l'Uruguay était devenu le premier pays au monde à légaliser la production, la distribution et la consommation du cannabis. La loi autorise trois modes d’accès, dont l'achat en pharmacie. Plusieurs autres pays latino-américains ont légalisé le cannabis à usage thérapeutique : le Chili en 2015, la Colombie en 2016, puis l'Argentine, le Mexique et le Pérou en 2017.

En France, un médicament dérivé du cannabis, le Marinol, est permis dans le cadre d’une autorisation temporaire d’utilisation. Aux Pays-Bas, où la possession, la consommation et la vente au détail de moins de cinq grammes de cannabis, dans les "coffee shops" sont tolérées depuis 1976, son usage thérapeutique est autorisé depuis 2003. En Espagne, où la loi tolère la consommation et la culture de cannabis dans un cadre privé, entre personnes majeures et dans un cadre non lucratif, son usage thérapeutique est autorisé depuis 2001. En République tchèque, l'utilisation de cannabis thérapeutique est légale depuis 2013. Le Portugal, qui a décriminalisé la consommation et de la détention de toutes les drogues en 2001, s’apprête à légaliser l’usage thérapeutique des dérivés de cannabis.

Plusieurs autres pays européens ont légalisé le cannabis thérapeutique : Allemagne, Autriche, Grande-Bretagne, Finlande, Italie, Roumanie, Slovénie, Croatie, Pologne et Macédoine.

L’Australie a décidé en 2016 d’autoriser la culture et l’utilisation sur son sol de cannabis à des fins thérapeutiques. En début d'année, elle a annoncé vouloir être le quatrième pays dans le monde, après l'Uruguay, le Canada et les Pays-Bas, à autoriser les exportations de cannabis à usage thérapeutique et d'en devenir le leader mondial.

En Israël, la prescription thérapeutique du chanvre est reconnue depuis 1999. C'est dans ce pays que la molécule du THC en 1964 par Raphael Mechoulam et Yechiel Gaoni de l'institut Weizmann de Rehovot.


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