L'éditorial de Issa GORAIEB

Hasch cash

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
21/07/2018

Stupéfiante – c’est bien le cas de le dire – aura été pour certains l’annonce d’une prochaine législation libanaise légalisant la culture du haschich à des fins thérapeutiques. Et pourtant…

Il y a des années déjà, en effet, qu’une bonne partie du corps médical a reconnu et entériné les vertus analgésiques de l’herbe. En divers pays, celle-ci a réussi en outre à se débarrasser d’une réputation sulfureuse ; elle est sortie du placard, obtenant droit de cité au plan purement récréatif, au motif – évidemment sujet à débat – qu’elle serait finalement moins nocive, et même moins addictive, que le tabac.

D’autres arguments sont avancés en faveur d’un haschich médicinal libanais qui serait tout à fait fréquentable. Ainsi, le projet est chaudement recommandé par le cabinet de conseil international McKinsey, en vue d’une diversification de l’agriculture locale : celle-ci s’insérant dans le cadre des réformes structurelles exigées par les pays donateurs. Mais surtout, le haschich, depuis des temps immémoriaux, est de toute manière cultivé à grande échelle dans les régions reculées de l’est du Liban, limitrophes de la Syrie et bien contrôlées par le Hezbollah, sans que l’on y ait jamais pu grand-chose, malgré les raids de destruction des récoltes, épisodiquement menés par les forces de l’ordre.

Est-ce à dire que la légalisation va faire la fortune des familles vouées à la culture, pour ne pas dire au culte, du haschich, et qui verraient leurs tiges de chanvre indien se muer soudain en autant de derricks crachant de l’or en poudre ? Ce serait trop beau, hélas. Pour commencer, le cultivateur a toujours été le parent pauvre du groupe, le maillon le plus défavorisé de la chaîne, allant de la production à la consommation, en passant par les contrebandiers, passeurs, distributeurs et protecteurs. En ira-t-il autrement si le haschich prend effectivement la route des laboratoires pharmaceutiques, plutôt que d’aller ravitailler les dealers? La légalisation délivrera-t-elle vraiment le cultivateur de l’emprise des chefs politiques ou des milices qui s’assurent le gros des recettes ?

Peu importe les législations, c’est l’application de la loi qui fait défaut dans notre pays. La légalité n’est plus désormais garantie de qualité, et il ne faut pas que le hasch propre vienne s’ajouter au scandale des pétroles offshore et à l’arnaque aux centrales électriques flottantes.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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