Lorsque Nasser se déplace pour rencontrer Fouad Chéhab

24/11/2018

Dans le panorama des présidents libanais, Fouad Chéhab occupe une place particulière, du fait entre autres de son initiative à mettre sur pied les institutions étatiques de contrôle, opérationnelles jusqu’à nos jours. Président de la République entre 1958 et 1964, ancien commandant en chef de l’armée, le président Chéhab est souvent associé à une période dorée, même si son mandat n’était pas exempt de turbulences. Pour l’ancien ministre Charles Rizk, président de la Fondation Fouad Chéhab, ce président « reste dans notre histoire comme le fondateur de l’État de l’indépendance ».

« Sur le plan constitutionnel interne, le président Chéhab a parachevé l’œuvre amorcée en 1943 par le président Béchara El-Khoury, explique M. Rizk. Il a su, pour cela, concilier l’établissement du bipartisme politique (majorité et minorité), qui est la condition du fonctionnement du régime parlementaire, avec le respect du pluralisme confessionnel hérité de notre histoire. »

L’ancien ministre souligne qu’au cours de la présidence de Fouad Chéhab, les groupes parlementaires se sont organisés en deux blocs, le Nahj longtemps majoritaire et le Helf représentant l’opposition. « Surtout, chacun des deux blocs était composé de personnalités appartenant à des communautés différentes, affirme-t-il. Jamais les gouvernements ne furent aussi productifs (par la création d’institutions telles que la Banque centrale ou la Caisse nationale de Sécurité sociale), et le contrôle de l’opposition plus efficace, puisque la corruption a pratiquement été réduite à néant. »


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Mais c’est sur le plan diplomatique régional que le président Chéhab s’est illustré comme un fin stratège qui tenait à faire respecter son pays tout en ménageant une scène interne survoltée par les bouleversements de l’époque. Un événement historique très célèbre illustre bien ce mélange d’ouverture et de respect de l’indépendance dont il a fait preuve. «Le monde arabe était alors dominé par la personnalité du président de la République arabe unie (fédération égypto-syrienne), Gamal Abdel Nasser, souligne-t-il. À la fin de la guerre civile de 1958, la majorité musulmane souhaitait une rencontre Chéhab-Nasser au Caire, à Damas ou à Beyrouth, ce à quoi la majorité chrétienne était absolument opposée. Le président Chéhab a alors imaginé une rencontre à la frontière (libano-syrienne) qui a fait l’unanimité et lui a valu un immense crédit sur le plan interne. Le fait que Gamal Abdel Nasser se soit déplacé pour rencontrer le président libanais sous une tente à la frontière était bien le signe de son respect pour la personne de Fouad Chéhab et pour l’indépendance du Liban. »


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Toujours selon M. Rizk, sur le plan diplomatique international, « Fouad Chéhab a pratiqué l’ouverture en direction des principales puissances régionales et internationales dans une stricte neutralité, d’où le fait que le pays a connu sa plus grande époque de calme et de prospérité ». Il déplore qu’« aucun des successeurs de Fouad Chéhab n’ait compris la profondeur de sa politique, et donc ne s’y soit conformé, entraînant le pays dans la division interconfessionnelle, la soumission à l’étranger et la corruption généralisée ».


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MELKI Raymond

Correction :

....sa modeste maison à Jounieh, devenue....

MELKI Raymond

Le Président Fouad Chéhab un Chef d'Etat rassembleur, soucieux de l'intérêt public,
désintéressé, intègre, preuve en est sa modeste maison à Jounieh, devenu un musée
pour pérenniser sa mémoire et surtout rappeler aux générations futures, qu'un de
leurs Présidents, a eu le courage de renoncer un jour au vertige du pouvoir.

L’azuréen

Un homme patriote, honnête et visionnaire. Pas un charlatan prenant les directives de son maître.

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