Béchara El Khoury, l’indépendance, le combat d’une vie

OLJ
24/11/2018

Dans les manuels scolaires et pour les Libanais en général, Béchara El Khoury est considéré comme l’un des pères de l’indépendance du Liban, acquise en 1943. Pour cet homme qui deviendra le premier président de la période postmandataire, l’indépendance était une question de principe.

Le fils de Béchara El Khoury, l’ancien ministre cheikh Michel El Khoury, relève sur ce plan que le parcours personnel et politique de son père a été marqué tout au long de la première moitié du XXe siècle par un « farouche attachement à l’indépendance et à la souveraineté du Liban, qui transcendait les personnes, les pays et le contexte conjoncturel du moment ». Il s’agissait d’une aspiration « qui se manifestait sans relâche au-delà de l’espace et du temps ».

Se livrant à une lecture totalement impartiale de cette période, loin de toute considération d’ordre affectif, Michel El Khoury souligne que « le combat pour l’indépendance apparaît chez Béchara El Khoury dès le début du XXe siècle, lorsqu’il exerçait la profession d’avocat à l’étude d’Émile Eddé ». « Avec un groupe de personnalités de Beyrouth et du Mont-Liban, précise-t-il, il avait fondé en 1912 l’Association libanaise de Beyrouth qui adressera des mémorandums au ministère français des Affaires étrangères, par le biais du consul de France à Beyrouth, afin de réclamer l’élargissement des frontières du Liban et son accession à une indépendance pleine et entière ».

Lorsque Béchara El Khoury se fera, dans les années 40, le porte-étendard de la revendication d’indépendance, ce comportement n’était nullement mû par une quelconque hostilité à l’égard de la France, mais par une position de principe qui dénonçait les débordements du mandat, souligne Michel El Khoury qui rappelle à cet égard que son père était profondément imprégné de la culture française et qu’il avait exprimé à plusieurs occasions son attachement ferme à l’amitié avec la France.

Cette quête d’indépendance ne se manifestait pas, d’ailleurs, uniquement face au seul mandat français, mais également à l’égard des pays arabes. Cheikh Michel El Khoury relate à ce propos qu’en 1942, le consul d’Égypte au Liban, Ahmad Ramzi, fit part à Béchara El Khoury du désir du Premier ministre égyptien, Moustapha Nahas Pacha, de l’accueillir pour s’entretenir avec lui des affaires du monde arabe.

« Béchara El Khoury informa alors le consul d’Égypte qu’il ne voyait aucun inconvénient à se rendre au Caire pour s’entretenir avec le Premier ministre, mais qu’il voulait que ce dernier sache au préalable qu’il est fermement partisan de l’indépendance du Liban, une indépendance totale et sans équivoque », indique Michel El Khoury, qui ajoute qu’après s’être concerté avec Moustapha Nahas Pacha, « le consul d’Égypte informa Béchara El Khoury que les sujets qui seraient discutés ne seraient nullement en contradiction avec ses positions de principe ».

Une telle ligne de conduite, à laquelle Béchara El Khoury restera attaché tout au long de son mandat, sera réaffirmée à quelques jours de l’élection présidentielle de 1943, lorsque deux députés musulmans ont demandé à Béchara El Khoury s’il envisagerait dans ses rapports avec les pays arabes, au cas où il serait élu président, l’unification des couleurs nationales, des armées et de la représentation diplomatique. Béchara El Khoury devait répondre sans équivoque : « Ce serait aller trop loin. »

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