Camille Chamoun, un président visionnaire

24/11/2018

Le mandat de Camille Chamoun, président de 1952 à 1958, est survenu à une période où la tension entre le bloc soviétique et le monde occidental avait atteint des pics déstabilisateurs, notamment au Moyen-Orient où Jamal Abdel Nasser, qui accéda au pouvoir en Égypte en 1956, se positionnait en héros du nationalisme arabe, galvanisant les masses sunnites dans les pays arabes, notamment à Beyrouth. À cette époque également, l’Égypte et la Syrie s’étaient alliées. Il était alors question de créer une confédération égypto-syrienne avec pour objectif d’unir l’ensemble des pays arabes sous le leadership de Nasser.

Au vu de ces événements et avec la montée en puissance de Nasser, « le président Chamoun, soucieux de la souveraineté du Liban, a essayé d’immuniser le pays en adhérant à la doctrine Eisenhower », explique Élias Abou Assi, professeur à l’Université Saint-Joseph et secrétaire général du Parti national libéral (PNL). Selon cette doctrine, les pays du Moyen-Orient qui se sentaient menacés par le danger communiste pouvaient solliciter le soutien et l’appui des États-Unis pour préserver leur indépendance.


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« La doctrine Eisenhower était un test pour les États-Unis pour déterminer lequel des pays arabes oserait conclure une entente avec eux, à une époque où l’arabisme était en plein essor avec Nasser », souligne Dory Chamoun, chef du PNL, qui relève que «Camille Chamoun a été le seul chef d’État arabe à y adhérer ». « Il avait compris que le phénomène Nasser, avec qui la Syrie avait accepté de faire l’union, était l’œuvre de la CIA qui ne voulait qu’un seul interlocuteur arabe, souligne le leader du PNL. Camille Chamoun avait aussi compris que les États-Unis n’avaient aucun inconvénient à livrer le Liban à Nasser. »

En effet, de nombreuses voix s’étaient élevées à l’époque pour associer le Liban à la fédération égypto-syrienne. « La souveraineté du Liban se trouvait en danger », rappelle M. Abou Assi, précisant que pour la préserver, le président Chamoun avait refusé – lors du sommet arabe organisé à Beyrouth en 1956 pour venir en aide à l’Égypte, victime d’une attaque tripartite (France, Grande-Bretagne et Israël) – de rompre les relations diplomatiques avec la France et la Grande-Bretagne, comme l’exigeaient plusieurs responsables arabes. « La sensibilité pro-occidentale du président Chamoun était une sorte de garantie pour la souveraineté du Liban face aux pays de la région », affirme M. Abou Assi.


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En adhérant à la doctrine Eisenhower, « Camille Chamoun ne pensait pas vraiment qu’il aurait un jour à y avoir recours », se souvient Dory Chamoun. Or vers la fin de son mandat, la situation sur la scène locale était précaire et des affrontements avaient lieu un peu partout dans le pays entre les camps pro et anti Nasser. « Camille Chamoun avait réussi à contrôler la situation jusqu’au soulèvement en Irak, en 1958, date à laquelle il avait perdu un important allié arabe, note le leader du PNL. La situation s’aggravant, il a décidé de demander une aide militaire étrangère. Des marines américains débarquaient ainsi, enfin, au Liban. »

Dory Chamoun et Élias Abou Assi conviennent que Camille Chamoun était un « visionnaire » dont la politique pro-occidentale a préservé le Liban du communisme arabe et de la politique de Nasser.


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AIGLEPERçANT

Sil est visionnaire comme le dit cet article, il aurait choisi la voie adaptée aux réalités du moment.

D'autres qui avaient une position précise se sont rangés aux thèses de la résistance, le dernier en date un des lieutenants de geagix qui a fait une déclaration surprenante sur les martyrs du hezb libanais de la résistance.

Tina Chamoun

Visionnaire comme il l'était, de nos jours il aurait sûrement fait d'autres choix plus en phase avec la phase actuelle locale et mondiale. D'autres puissances sont apparues qu'on ne peut feindre d'ignorer...

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