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Liban - Gouvernement

Hariri se montre ferme face au Hezbollah mais évite la confrontation

Gebran Bassil accélère ses efforts et multiplie les tournées auprès des responsables.

M. Bassil s’entretenant à Clemenceau avec le chef du PSP, en présence de César Abi Khalil et de Teymour Joumblatt. Photo ANI

Le ton était ferme et résolu : Saad Hariri ne pliera pas et sa position au sujet de la représentation des députés sunnites antihaririens reste immuable. En bref : le blocage semble a priori total après la conférence de presse du Premier ministre désigné, Saad Hariri. Très attendue, son allocution se voulait être une réaction robuste à l’escalade provoquée, samedi dernier, par le secrétaire général du Hezbollah. Mais, par-delà l’intransigeance sur les principes manifestée par le Premier ministre, ce dernier n’a pas pour autant été jusqu’à couper tous les ponts avec le Hezb même s’il ne l’a pas ménagé par ailleurs, laissant ainsi indirectement la voie ouverte aux médiations, dont celle que mène depuis quelques jours, de manière désormais accélérée, le chef du CPL, Gebran Bassil.

Si M. Hariri a clairement laissé entendre hier qu’il n’est pas venu apporter une solution au nœud sunnite « provoqué », selon lui, par le Hezbollah, il n’en reste pas moins que ses propos doivent être interprétés comme une prise de position claire sur un certain nombre de points que le parti chiite lui avait reprochés, notamment « sa volonté de vouloir représenter de manière unilatérale » la communauté sunnite, ou encore le fait qu’il s’était dérobé à la requête des six députés sunnites antihaririens.

M. Hariri a surtout voulu placer des lignes rouges imposées par la Constitution en matière de formation du gouvernement laissant clairement entendre qu’« aucun parti politique ne peut se placer au-dessus de la Loi fondamentale ». Un message que les anciens chefs de gouvernement et, derrière eux, Dar el-Fatwa, mais aussi les faucons au sein du courant du Futur ont matraqué depuis que M. Hariri a été chargé de former le cabinet, un processus entravé à maintes reprises par les requêtes successives des différentes formations politiques.

En se livrant à une plaidoirie en faveur de ses prérogatives, M. Hariri cherchait également à défendre celles du chef de l’État, au même titre que les siennes sans pour aller jusqu’à renverser la table, ou couper la route à toute issue susceptible de sortir le pays de l’impasse.


(Lire aussi : Hariri met directement le Hezbollah en cause dans le blocage)


C’est le point que relève Jamil Sayyed, député de Baalbeck-Hermel et proche du Hezbollah. Dans un tweet, il a noté que dans sa conférence de presse, M. Hariri a cherché à « mobiliser sa base » en évitant toutefois la confrontation avec le parti chiite pour « laisser la voie ouverte à une solution ».

La question est précisément de savoir quelle serait la solution à ce stade où la tension est à son extrême et l’intransigeance des protagonistes plus que jamais marquée, du moins au niveau des discours.

Dans les milieux de Baabda, on s’abstient de commenter aussi bien la teneur du discours de M. Hariri que les solutions en vue. Une source proche de la présidence affirme que le chef de l’État prend le temps d’« évaluer toutes les positions en place avant de se prononcer ».

Du côté du CPL, on se dit convaincu que la médiation entreprise par M. Bassil a toutes les chances d’aboutir, même si la tension reste à son paroxysme, et les surenchères élevées.

Selon une source proche du bloc du Liban fort, l’issue que tente de mettre en place Gebran Bassil consiste à intégrer un sunnite à la quote-part allouée au président du Parlement, Nabih Berry, qui renoncerait à l’un des trois ministres chiites qui lui sont réservés. À son tour, le chef de l’État renonce au ministre sunnite qu’il souhaitait compter dans sa part, pour prendre à la place un chiite.

« De cette manière, aucune partie ne pourra plus prétendre à se faire représenter exclusivement par la communauté dont elle est issue », commente la source.

C’est à cette formule qu’aurait fait allusion hier le député du CPL Ibrahim Kanaan à l’issue de la réunion hebdomadaire du bloc du Liban fort. Dans une déclaration succincte, M. Kanaan, qui a éludé tout commentaire direct sur la teneur de l’intervention de M. Hariri, a évoqué la nécessité pour l’ensemble des protagonistes de « renoncer au monopole de la représentation par leurs communautés respectives ». Toutefois, on ignore encore à ce stade si le ministrable sunnite que parrainerait M. Berry serait issu des six députés antihaririens ou si les protagonistes conviendraient au final d’une personnalité sunnite « moins marquée politiquement », une option qui circulait déjà il y a quelques jours.


(Lire aussi : « Hassan Nasrallah se trouve en confrontation avec tout le monde »)


Entre-temps, le chef du CPL veut mettre les bouchées double et accélérer, tant que possible, le processus du déblocage dont il a été chargé. M. Bassil a déjà rencontré tour à tour Hassan Nasrallah, Saad Hariri, l’un des six députés sunnites concernés, Fayçal Karamé, Nabih Berry et, hier soir, le chef du PSP, Walid Joumblatt. Et il doit s’entretenir aujourd’hui avec le mufti de la République, Abdellatif Deriane, pour défendre sa proposition qui semble avoir fait du chemin, selon ses milieux. « La question n’est pas de porter atteinte aux prérogatives de quiconque, mais de reconnaître une représentation légitime », avait déclaré, lundi soir, le chef du CPL. Dans les milieux aounistes, on avance l’idée d’un « package » à mettre en œuvre en trois phases : calmer le jeu d’abord, poursuivre le dialogue dans un esprit de coopération et parvenir enfin à la réconciliation, aucun délai n’étant cependant fixé à l’avance pour passer d’une phase à l’autre.

Entre-temps, le Hezbollah, qui n’a pas encore réagi à la réponse de M. Hariri, a poursuivi sa fuite en avant, sans toutefois bannir la possibilité d’une issue.

Hier, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Mohammad Fneich, a réitéré à l’agence al-Markaziya le soutien inconditionnel de son parti aux députés du 8 Mars, affirmant que le Hezbollah « n’accepterait aucun compromis qui se ferait aux dépens de ses alliés ». « Nous n’accepterons pas qu’ils soient écartés du gouvernement, à moins qu’ils ne renoncent eux-mêmes à leur droit d’être représentés », a nuancé M. Fneich. Il a ajouté qu’« il ne faut pas que l’on en arrive à une crise ouverte » et que « si les intentions sont bonnes ( …) un gouvernement verra le jour prochainement ».


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commentaires (9)

Le Hezb et L’Iran veulent mettre le Liban a genoux (encore plus), pour mieux le contrôler...comme au Liban-Sud, ils appauvrissent tout le monde pour mieux les contrôler

Jack Gardner

13 h 15, le 14 novembre 2018

Tous les commentaires

Commentaires (9)

  • Le Hezb et L’Iran veulent mettre le Liban a genoux (encore plus), pour mieux le contrôler...comme au Liban-Sud, ils appauvrissent tout le monde pour mieux les contrôler

    Jack Gardner

    13 h 15, le 14 novembre 2018

  • hariri evite la confrontation titre cet article ? qu'aurait pu dire mieux et plus que cela Mr hariri ? il a tout bonnement demontre les donnees fausses telles qu'elaborees par HN, le mensonge de HN relatif au desir de Hariri d'accaparer la representation des sunnites . n'oublions JAMAIS que HN n'a pas ete habitue a etre confronte meme indirectement par un refus quelconque a ses desiderata , par qui que ce soit.

    Gaby SIOUFI

    10 h 07, le 14 novembre 2018

  • Mille...1000...fois M E R C I !!! à mon confrère remarquable. Ben oui, sa proposition est tout simplement démocratique. En espérant que beaucoup, beaucoup de Libanais s'en inspirent, pour sauver notre pays du désastre ! Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 33, le 14 novembre 2018

  • Il a beaucoup d’humour Mohammad Fneich en disant : « il ne faut pas que l’on arrive à une crise ouverte »?!

    L’azuréen

    09 h 00, le 14 novembre 2018

  • DE COMPROMIS EN COMPROMIS ET LA MACHINE DE L,ETAT ET DE SES INSTITUTIONS SE PARALYSE. MEME SI ON FORME UN GOUVERNEMENTS LES BLOCAGES NE FINIRONT PAS. ON EN VERRA BIEN D,AUTRES...

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    08 h 42, le 14 novembre 2018

  • Monsieur Mohammad Fneich, les intentions de votre parti le Hezbollah sont-elles vraiment "bonnes"...ou vous affirmez en public une chose, tout en oeuvrant dans les coulisses pour le contraire ? Irène Saïd

    Irene Said

    08 h 40, le 14 novembre 2018

  • À quelque chose malheur est bon . Pourquoi ne pas inclure un dissident sunnite dans une formation autre que sunnite , et du coup cela ferait jurisprudence en permettant de faire des ministres chiite , chrétiens ou druzes dans des formation autres que de leur communauté ? Le hezb de la résistance libanaise ne serait il pas entrain de redistribuer les cartes un peu trop figées, qui cloisonnaient les intelligences chacune dans son secteur . Il faut laisser parler les intelligences, d'où quelles viennent . Il faut aussi écarter les ingérences extérieures qui nous empêchent de penser par nous mêmes.

    FRIK-A-FRAK

    08 h 13, le 14 novembre 2018

  • L'ENVOYER SPÉCIAL DU HEZBOLLAH ESSAYE D'IMPOSER ET FORMER LE GOUVERNEMENT. IL A RENCONTRÉ HARIRI, JOUMBLATT, FAYCAL KARAMÉ, LE MUFTI, NABIH BERRY ETCCC....ETC....LA MARMITE EST CHAUDE.....HARIRI N'A PAS PRIS L'AVION ENCORE ? BIZARD NON !

    Gebran Eid

    06 h 39, le 14 novembre 2018

  • Dans la forme, c’est surprenant de voir Bassil s‘activer dans tous les sens pour essayer de dénicher une solution qui lui permettrait de surmonter l’obstacle Hezbollah. Dans le fond, certains médias ont annoncés que sa réunion avec Nasrallah était houleuse. Le tandem Bassil/Président a donc réussi à consommer sa crédibilité auprès de toutes les composantes Libanaises. Après avoir empoché onze ministères, est-ce que Bassil lâcherait il sa minorité de blocage au sein du gouvernement ou tiendrait il tête au Hezbollah avec tout ce que ça comprendrait comme conséquences futures? Qu’en pensent Messieurs Freim et Mouawad?

    Zovighian Michel

    04 h 18, le 14 novembre 2018

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