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Moyen Orient et Monde

Affaire Khashoggi : l’administration américaine dans la tourmente

Focus

L’affaire Khashoggi pourrait ricocher jusqu’au Congrès américain, en pleine campagne pour les élections de mi-mandat.

23/10/2018

Les atermoiements des autorités saoudiennes sur l’affaire Khashoggi font grincer, depuis quelques jours, les dents des « Congressmen », qui dénoncent l’attentisme de la diplomatie américaine.

Les réactions se multiplient aux États-Unis après les aveux saoudiens, samedi, sur la mort du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul le 2 octobre dernier. Nombreux sont les sénateurs qui, à l’image de Dianne Feinstein, estiment que « si la Maison-Blanche continue à refuser d’agir, le Congrès le fera ». Il y a quelques jours, 27 parlementaires américains ont adressé un courrier à l’ambassadeur saoudien à Washington, Khaled ben Salmane, pour exiger qu’une enquête indépendante soit menée sur la disparition du journaliste saoudien exilé aux États-Unis. Deux élus républicains faisaient partie des signataires. Alors même que les membres du Grand Old Party ont longtemps été les fers de lance de la relation historique entre Riyad et Washington, de nombreux sénateurs, à l’image de Bob Corker, sont montés au créneau pour mettre en cause la capacité « pas assez sérieuse » du président Trump à « imposer des sanctions à l’Arabie saoudite ». Le sénateur du Colorado Mike Coffman a été jusqu’à plaider pour un rappel immédiat du chargé d’affaires à la tête de l’ambassade américaine dans le pays.

Pour Lauric Henneton, ces réactions en cascade montrent « un revirement inédit chez une partie des républicains ». Contacté par L’Orient-Le Jour, cet expert de la politique américaine estime que « les républicains veulent montrer à Mohammad ben Salmane qui est le patron ». Le refus, jeudi dernier, du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin de se rendre au « Davos du désert » organisé par le prince héritier illustre ce changement de ton. Et pour cause : au regain économique américain des derniers mois s’ajoute le boom du gaz de schiste qui « réduit la dépendance des États-Unis vis-à-vis de l’Arabie saoudite en matière d’hydrocarbures ».


(Lire aussi : En Arabie saoudite, « personne ne sait vraiment ce qui va se passer »)


Prendre ses distances avec Trump
Certains sénateurs républicains vont plus loin et profitent de l’affaire Khashoggi pour prendre leurs distances avec l’administration Trump. « Il y a une fine frange chez les républicains qui souhaite devenir plus critique vis-à-vis de Trump, notamment sur sa manière de couvrir les régimes autoritaires », décrypte pour L’Orient-Le Jour Kyle Kondik de l’Université de Virginie. D’après plusieurs sources internes au parti, l’élément déclencheur aura été la conférence de presse commune entre Vladimir Poutine et Donald Trump à Helsinki, en juillet dernier. Certains n’auraient pas supporté l’« humiliation » infligée par le président russe. De la même façon que l’attitude du président vis-à-vis de la Russie est jugée trop conciliante, les sénateurs républicains plaident pour des sanctions dans l’affaire Khashoggi. « Khashoggi est un abcès de fixation des tensions au sein du parti. Ça aurait pu être un autre sujet, mais là on touche aux valeurs libérales américaines, à la liberté d’expression… », note Lauric Henneton.

Jusqu’où peut aller le Congrès ? Vendredi, une proposition d’amendement de la loi sur l’exportation d’armement a été déposée par le démocrate Ted Lieu pour donner à la Chambre des représentants le pouvoir de stopper la vente d’armes à l’Arabie saoudite, tant que la diplomatie américaine n’aura pas été en mesure de prouver que Riyad n’est pas impliqué dans la disparition du journaliste. Bien qu’il ait peu de chance d’aboutir, le républicain Walter Jones s’est déclaré ouvertement en faveur du texte, ajoutant que « les contribuables ne devraient pas être forcés de continuer à subventionner ce régime ».

Malgré les critiques, le président Trump n’a cessé de justifier sa proximité avec le prince héritier MBS. Jusqu’à présent peu encline à pointer du doigt son allié stratégique du Golfe en matière de droits de l’homme, la Maison-Blanche a été poussée à taper du poing sur la table et à dénoncer, dimanche, « des mensonges » dans la version officielle saoudienne. Le président américain a également rappelé à plusieurs reprises l’importance des liens économiques avec Riyad, dont les contrats signés à l’occasion de sa visite officielle dans le royaume l’année dernière, pour un montant total de 110 milliards de dollars.

Mais même Lindsey Graham, pourtant réputé proche de Donald Trump, a durci le ton contre le fils du roi Salmane. « L’Arabie saoudite est un pays, et MBS est un homme, et je veux faire la différence », a-t-il affirmé en ajoutant qu’il ne se rendrait plus dans le royaume « tant que Mohammad ben Salmane en sera à la tête ».



Midterms
Dans ce bras de fer avec les sénateurs de son propre camp, le président américain peut compter sur sa base électorale évangélique, chez qui l’affaire a eu assez peu d’écho. « L’électorat évangélique, quand il s’intéresse aux questions de politique étrangère, voit le Moyen-Orient au travers du prisme de la survie d’Israël. » Après plusieurs mois de rapprochement avec l’État hébreu, l’Arabie saoudite a bonne presse parmi les évangélistes. De Fox News, jusque dans les propos du républicain Marco Rubio, l’Iran est pointé du doigt comme la menace majeure si l’Arabie saoudite devait ne plus être un allié stratégique. « Les républicains savent que Trump reste immensément populaire au sein de leur base électorale, ils ont peu intérêt à le critiquer publiquement à trois semaines de midterms qui s’annoncent difficiles pour eux », explique, en outre, Alexis Rupin, chercheur à l’Université du Québec à Montréal. « Les sénateurs républicains qui ont ouvertement pris position sur ce dossier, comme Bob Corker, ne sont justement pas en campagne de réélection cet automne », ajoute-t-il.

Aucune réaction de grande ampleur ne devrait être avoir lieu à l’encontre de l’Arabie saoudite d’après les observateurs américains, du moins pas avant la fin de la campagne des « midterms » du 6 novembre prochain, lors desquels les électeurs se rendront aux urnes pour élire 435 membres de la Chambre des représentants et une trentaine de sénateurs. Des électeurs qui, dans leur grande majorité, sont beaucoup plus sensibles aux positions des candidats sur le solde migratoire, la situation économique ou encore la nomination controversée du juge Kavanaugh à la Cour suprême, que sur l’affaire Khashoggi.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AUTOUR DE L,OEIL DY CYCLONE TOURNENT LES AILES DU CYCLONE QUI SOUVENT FONT PLUS DE DEGATS...

AIGLEPERçANT

Faut pas croire qu'il n'existe aucun lien entre ce crime abominable et la " participation " américaine quelque part .

Quand ça marche pour le royaume c'est grâce aux usa et quand ça va en sucette c'est la faute aux bensaouds .

Il y a forcément une complicité active ou pas .

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