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Liban

À l’école du pape François, le Liban invité à parler périphérie

Communautés

Une assemblée spéciale du synode des évêques consacrée aux jeunes et au discernement des vocations se tient à Rome (3-27 octobre) en présence de tous les patriarches orientaux.

Fady NOUN | OLJ
15/10/2018

Le patriarche maronite, Béchara Raï, deux évêques de son Église, Fouad Naffah (Liban) et Élias Zeïdane (Los Angeles), et deux prêtres du Liban, Toufic Abou Hadir, coordinateur à Bkerké du bureau patriarcal de la pastorale des jeunes, et Jules Boutros (Église syriaque-catholique, bureau de la pastorale universitaire) assistent depuis le 3 octobre à une session spéciale du synode des évêques consacrée aux jeunes (3-27 octobre).

Le synode des évêques est une assemblée consultative créée par le pape Paul VI dans le sillage du concile Vatican II, destinée à aider le pape à gouverner l’Église. 257 évêques du monde entier, parmi lesquels figurent tous les patriarches des Églises orientales, participent à l’assemblée actuelle, préparée par deux ans de consultations avec des centaines de jeunes. Par questionnaires et réunions, cette consultation a abouti à l’élaboration d’un document de travail (Instrumentum laboris) destinée à piloter les réunions du synode, marquées par une alternance d’assemblées générales (congrégations) et de groupes de travail restreints (cercles mineurs). Ceux-ci doivent conduire, selon une méthodologie éprouvée et de synthèse en synthèse, à l’élaboration d’une série de recommandations, d’un message final et, in fine, à l’écriture d’une exhortation apostolique sur le thème des jeunes et du discernement des vocations.

Qu’est-ce qu’une assemblée d’évêques âgés peut avoir à dire à des jeunes ? Cette question résume en elle-même le paradoxe d’une Église éternellement jeune, comme la vérité, perpétuellement invitée à transmettre à de nouvelles générations le dépôt sacré qu’elle a reçue, la personne du Christ et les trésors qui l’accompagnent. Par-delà la grande variété de leurs conditions d’existence, les jeunes chrétiens de tous les continents sont concernés par le synode, en particulier les jeunes du Moyen-Orient, du fait de la place privilégiée occupée par le Liban dans le monde arabe et des tragiques développements de la dernière décennie.


(Lire aussi : L’Église maronite en visite ad limina au Vatican du 18 au 25 novembre)


Du Liban-message au Liban-antenne
On a l’habitude de dire que le Liban est un pays carrefour. À l’ère du numérique, le Liban est plutôt un pays-antenne ; une antenne qui capte toutes les fréquences. En effet, par la tête, le Liban fait partie de l’Occident, mais par le corps, au tiers-monde, avec des problèmes typiques de ce tiers-monde comme l’incapacité de se prendre en charge politiquement, la lourdeur de son oligarchie, la corruption, la mauvaise gestion des services publics, etc. Malgré cette personnalité contrastée, le brassage culturel et religieux qui le marque et le multilinguisme font du Libanais un passeur de culture par excellence, un conducteur sensible à tous les frémissements culturels et sociaux. Le synode a comparé les jeunes à un sismographe. Cette comparaison va bien à nos jeunes.

Mais le synode est-il pour nous ? peut-on se demander. Bien sûr. Certes, il traite aussi des problématiques qui nous sont totalement étrangères. Nos problèmes ne sont pas ceux de l’Occident, ni de l’Asie, où le Moyen-Orient est classé. Chez nous, par exemple, les vocations, du point de vue numérique, ne manquent pas ; le laïcisme agressif est limité à quelques élites occidentalisées ; les évêques ne sont pas abattus dans leurs cathédrales. Mais pour nous et pour tous, le synode est une grande école de langues où l’Église apprend, en ce moment, selon le vœu de François, à parler périphérie, une langue passe-partout, passe-frontière, passe-générations, passe-porte-monnaie, passe-couleur de la peau.

La périphérie dont parle François n’est pas un espace, c’est un état de vigilance et d’écoute, une disposition à suivre le Christ sur les chemins du XXIe siècle, bien différents de ceux de la Palestine d’il y a 2 000 ans. Encore que pour le suivre, il faut le connaître. Par contre, certaines vérités sont de tous les temps. Tout le monde connaît le proverbe : « L’habit ne fait pas le moine ». Mais on ne connaît pas tous la suite : « L’habit ne fait pas le moine, mais le cœur ». Forgée par sainte Brigitte de Suède, cette phrase parle de quelque chose de fondamental dans l’Église : l’authenticité, le contraire de l’hypocrisie. Voilà ce à quoi aspirent les jeunes de toutes les époques et de tous les pays. Voilà le langage que l’Église, en parlant aux jeunes et à leur écoute, apprend à réapprendre. Ce qu’eux – et les moins jeunes – rejettent, c’est une Église hypocrite, une Église cléricale, une Église qui dit une chose et en fait une autre. Une Église réduite à une institution et vidée de son âme, et l’on en a beaucoup d’exemples. Voilà, inspiré par l’un des thèmes de prédilection du pape, l’un des axes de méditation de la réflexion synodale.


(Lire aussi : Le pape dénonce le « péché d’incohérence » des Églises d’Orient)


Images déformées de l’Église
L’image déformée que certains médias propagent de l’Église est celle d’une grande machine répressive ; d’un grand traquenard où des prédateurs entraînent de jeunes séminaristes dans leur lit ; chez nous, le cliché propagé est celui d’une grosse machine qui possède les plus beaux terrains, les plus belles hauteurs et les plus douces plaines du Liban, et qui saigne même à blanc les familles pauvres qui cherchent à faire entrer leurs enfants dans les écoles, les universités ou les hôpitaux. Certes, les choses sont bien plus nuancées que ça, mais il y a aussi quelque vérité dans cette image.

L’un des plus beaux livres d’histoire qui soient, les Actes des Apôtres rapporte qu’après avoir entendu parler de Paul et constaté que l’Évangile qu’il prêchait n’est pas différent du sien, Pierre, ce roc inébranlable sur lequel Jésus a bâti son Église, lui donne l’accolade de communion et lui recommande « de se souvenir des pauvres ». Voilà le trésor inépuisable de l’Église, les pauvres, les ventres creux, mais aussi ceux qui ont faim de justice, ceux qui ont faim d’amour ; les mourants attaqués par des rongeurs qui ont besoin que Mère Teresa les ramasse dans la rue ; ceux qui, sous nos yeux (et ceux du pape), agonisent aux périphéries de la vérité.

Le synode peut être un moment inoubliable, une véritable effusion de l’Esprit Saint. Les observateurs musulmans, invités au synode sur le Liban en 1997, en témoignent sans hésitation. L’expérience de Jésus se fait en communauté, souligne le synode ; et c’est l’un des fondamentaux de la vocation. Elle s’épanouit, qu’elle soit familiale ou ecclésiale, au sein de la communauté, « lieu du pardon et de la fête », selon la belle expression de Jean Vanier.



Mgr Georges Bacouni, archevêque grec-catholique de Saint-Jean-d’Acre, en Terre sainte.

Georges Bacouni : Libérer les évêques afin qu’ils redeviennent pasteurs

Mgr Georges Bacouni est l’une des voix du Moyen-Orient au synode sur les jeunes. Archevêque grec-catholique de Saint-Jean-d’Acre, en Terre sainte, il est à la tête d’une congrégation de 70 000 fidèles. Lors de son intervention, jeudi dernier, en congrégation générale, cet évêque, qui est l’un des plus jeunes de son Église, a plaidé pour l’allègement des charges administratives de l’évêque afin de lui permettre de « redevenir pasteur ».

« Quand j’ai été ordonné évêque, il y a 13 ans, a dit Mgr Bacouni à la chaîne catholique française KTO, la dernière partie de la cérémonie parlait de la brebis égarée. On m’a dit : “Tu es pasteur, tu dois aller à la recherche de la brebis égarée.” J’ai fini par réaliser, en assumant mes charges épiscopales, que je n’ai plus le temps de chercher ni la brebis égarée ni même celle qui ne l’est pas. Nous sommes trop impliqués dans le travail administratif, le travail de bureau, et je souhaite que nous en soyons libérés. Il faut libérer les évêques afin qu’ils redeviennent pasteurs. »

« Depuis longtemps, bien avant ce synode, je me suis mis à l’écoute des jeunes. Ils ont beaucoup d’attentes, mais surtout, ils attendent des pasteurs qui sont proches d’eux, d’être de vrais témoins. J’ai assisté au synode précédent, consacré à la famille, et certaines des choses qui sont dites aujourd’hui l’ont déjà été alors, ajoute Mgr Bacouni. » « Les familles aussi s’attendent à ce que les pasteurs soient proches d’eux. Comme les jeunes, les vieux, les migrants, les familles ont raison dans leurs attentes. Mais où trouver le temps dans le système actuel où nous sommes noyés ? » s’est-il demandé.

Rester en Orient : une vocation

Sur les défis vécus par les jeunes du Moyen-Orient, Mgr Bacouni affirme : « Le premier défi, qui est commun à tous les jeunes chrétiens du Moyen-Orient, c’est celui auquel se heurte leur volonté d’avoir un avenir meilleur et plus sûr. Ils veulent trouver du travail, fonder une famille dans un milieu sûr ; en même temps, ils redoutent l’existence de courants fanatiques dans d’autres religions. C’est pourquoi il est des jeunes qui ne veulent plus rester en Orient, qui veulent quitter. C’est l’une des problématiques essentielles du discernement vocationnel chez nous ; ceux qui désirent rester au Moyen-Orient, ces jours-ci – à part les pauvres qui ne peuvent pas quitter –, ce sont des jeunes qui sont convaincus que Dieu les appelle à rester en Orient. »

L’évêque a également abordé le thème de l’unité. « Les jeunes disent : vous parlez d’une seule Église, vous parlez de l’amour fraternel, de nous aimer les uns les autres ; mais l’un des signes de cet amour, c’est d’être unis, au moins dans nos fêtes, avec les autres Églises apostoliques, aussi bien catholiques qu’orthodoxes. Attention, notez que je parle de l’attente des jeunes, de ce que nous les entendons dire. Les jeunes chez nous ne s’embarrassent pas de considérations œcuméniques. »

« Parfois, a-t-il ajouté, je sens que certains responsables sont insuffisamment conscients de la nécessité de travailler plus sur l’unité chrétienne. »

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Wlek Sanferlou

On m’a dit : “Tu es pasteur, tu dois aller à la recherche de la brebis égarée.”
La brebis égarée est en chacun de nous. Le jour où on l'a trouvera on saura comment trouver les autres et comment les aider. Il est grand temps que tout un chacun dans l'église se trouve et redevienne la brebis de la paix, de l'humilité de l'humanité et du partage.

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