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Liban

Le pape dénonce le « péché d’incohérence » des Églises d’Orient

Communautés

Certains qui devraient professer la pauvreté vivent en réalité dans la richesse, affirme le pape qui s’inquiète aussi « d’un Moyen-Orient vidé de ses chrétiens ».

27/06/2018

Pour rester dans cette partie du monde où la main du Père les a plantées, les Églises orientales doivent regarder en face, ensemble, leur passé, leur présent et leur avenir. Le Moyen-Orient risque de voir disparaître les chrétiens, s’est tout récemment inquiété le pape, tandis que le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la congrégation des Églises orientales, parlait de « l’échec de la coexistence » islamo-chrétienne au Moyen-Orient. En outre, le pape a mis en évidence le péché propre aux Églises d’Orient, où certains évêques et/ou certaines communautés religieuses qui devraient professer la pauvreté vivent en réalité dans la richesse.

Le souverain pontife s’exprimait dans le cadre de la 91e assemblée plénière de la réunion des Œuvres d’aide aux Églises orientales (Roaco) à Rome, le 20 juin 2018. Le pape François a délaissé le discours prévu pour exprimer sa préoccupation face au drame des chrétiens d’Orient : « Le Moyen-Orient est aujourd’hui un carrefour de situations difficiles, et il y a le risque – je ne veux pas dire la volonté de quelqu’un –, le risque de disparition des chrétiens. Un Moyen-Orient sans chrétiens… ne serait pas un Moyen-Orient », s’est attristé le souverain pontife.La disparition des chrétiens que l’on déplore ne signifie pas, évidemment, qu’il ne restera pas de chrétiens au Moyen-Orient, mais que leur nombre aura tellement diminué que la masse critique qui leur permettait de jouer encore un rôle politique quelconque aura disparu, comme le montre bien l’ouvrage de Jean-Pierre Valogne, Vie et mort des chrétiens d’Orient.
« Le Moyen-Orient aujourd’hui souffre, pleure, et les puissances mondiales regardent le Moyen-Orient sans trop de préoccupation pour la culture, la foi, la vie de ces peuples ;
enfin si, ils le regardent, mais c’est pour prendre du poids et avoir plus de domination », a déclaré François. Le nombre de chrétiens sur ces terres qui furent le berceau du christianisme diminue dangereusement, « et beaucoup ne veulent pas revenir parce que la souffrance est forte ».

Les migrations et le Liban
François s’est aussi arrêté sur la question des migrations, évoquant notamment le Liban, où les réfugiés forment désormais le quart de la population. « Il y a un grand péché au Moyen-Orient, et les pauvres gens en souffrent. Le péché de la volonté de pouvoir, le péché de la guerre, chaque fois plus forte, plus forte… Aussi avec des armements sophistiqués. Et les gens souffrent, les enfants. »
Relevons que le pape François retrouvera les patriarches des Églises orientales le 7 juillet à Bari (Italie), dans le cadre d’une journée de prière œcuménique pour la paix au Moyen-Orient.
Le pape s’est aussi arrêté sur le péché propre aux Églises d’Orient, où certains évêques ou certaines communautés religieuses qui devraient professer la pauvreté vivent en réalité dans la richesse. Le pape a dénoncé à ce propos « le péché de l’incohérence entre vie et foi », en invitant les religieux à se dépouiller pour leurs frères et sœurs dans le besoin.
Le pape insiste aussi sur le soin à apporter aux chrétiens de la diaspora, qui participent à l’annonce de l’Évangile de Jésus, « aussi dans les contextes souvent plus sécularisés de notre Occident, où ils arrivent comme émigrés ou réfugiés ».
Ils montrent que « cela vaut encore la peine de vivre et de souffrir pour l’Évangile, même en étant en minorité ou persécutés, parce que l’Évangile est la joie et la vie des hommes et des femmes de tout temps », explique le pape, en répétant que le témoignage des chrétiens orientaux ouvre aussi un chemin vers l’unité visible des chrétiens de toutes les Églises.Allant encore plus loin que le pape, le cardinal Sandri est convaincu que l’émigration massive des chrétiens d’Orient révèle « l’échec d’un idéal de la coexistence pacifique » dans cette région du monde. « Nous sommes, ces dernières semaines, littéralement bombardés de nouvelles peu encourageantes sur la réalité du flux migratoire en Europe », a-t-il noté. Selon le préfet du dicastère pour les Églises orientales, ces flux sont la conséquence de « l’échec d’un idéal de coexistence pacifique » au Moyen-Orient, ce qui suscite la préoccupation du Saint-Siège. La complexe gestion de ces flux met cependant en lumière de nombreux traits positifs pour l’Église européenne. Ces migrants du berceau du christianisme qui arrivent en Europe, a-t-il relevé, sont porteurs « d’une joie de l’Évangile que les sociétés sécularisées ont perdue », s’est réjoui le cardinal.

Une vue idéalisée
Pour un évêque oriental, les propos du cardinal Sandri reflètent « une vue idéalisée » des choses, que la réalité contredit. « Ni les petites communautés orientales ni les prêtres et évêques qui les servent ne pèsent d’un poids quelconque en Occident », assure la source citée.
« Pour nous consoler de notre exil, nous nous donnons une vocation », ajoute cet évêque, qui plaide la cause de l’unité d’action de toutes les Églises orientales.
Réagissant à l’inauguration en grande pompe, il y a quelques jours, du siège rénové de l’Église syriaque-orthodoxe, à Atchané (Metn-Nord), ce même évêque pense qu’on est en présence d’un processus « de démantèlement » des États du Moyen-Orient où le Liban remplira la fonction de lieu de refuge pour les Églises orientales.
« Il s’agit d’une excellente nouvelle », assure cet ecclésiastique qui relève la tendance de tous les patriarcats orientaux à avoir « une deuxième résidence » au Liban, précisant que les syriaques-orthodoxes succèdent aux grecs-orthodoxes (Balamand) et aux grecs-catholiques (Raboué).Pour la source citée, la présence du chef de l’État et celle du pape des coptes Tawadros II à la cérémonie de Atchané est significative à cet égard. « On a voulu donner un retentissement particulier à cet événement, et cela entre dans la vision plus large dont je vous parle », relève-t-il. « Rester unis, c’est la priorité », souligne encore le dignitaire chrétien, qui se fait le défenseur de l’idée d’une « fédération d’Églises ».


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Irene Said

Vous êtes vraiment bien placé, Pape François, pour critiquer la richesse de certaines Eglises d'Orient...
Le Vatican, dans lequel vous et beaucoup de vos frères vivent bien confortablement, ne donne pas l'impression de pauvreté !
Et...combien de réfugiés ou de migrants avez-vous hébergés dans votre immense palais, le Vatican ???
Irène Saïd

Honneur et Patrie

Le comportement donquichottesque de certains hommes politiques issus de la communauté maronite prétendent défendre les droits de ladite communauté, sont entrain de scier la branche sur laquelle ils sont assis. Réellement, ils sont ses naufrageurs. Ils ne se rendent pas compte que, depuis 1920, le Liban n'est plus le Petit-Liban.
Il n'y a de réussite qu'à partir de la vérité.

Yves Prevost

Incohérence? Il a mille fois raison! Un dimanche, après la messe, une assistante s'adresse à un de mes amis pour lui faire remarquer:"C'est la première fois que j'entends un prêtre parler aussi bien d la pauvreté!". Quel ne fut pas son étonnement de voir le dit prêtre rendre le volant d'une voiture de 50 000$!

Georges MELKI

"Relevons que le pape François retrouvera les patriarches des Églises orientales le 7 juillet à Bari (Italie), dans le cadre d’une journée de prière œcuménique pour la paix au Moyen-Orient."
Décidément, ces gens sont vraiment têtus: n'ont-ils pas encore constaté que la "prière pour la paix" n'a donné aucun résultat depuis 2000 ans? Enfin, qu'ils essayent encore une fois...

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