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Moyen Orient et Monde

Les candidatures de Riyad et Mushikiwabo en débat au sommet de la Francophonie

Arménie

Ottawa et Québec ont annoncé qu’ils ne soutenaient plus Michaëlle Jean.


11/10/2018

Plus que francophone, l’Arménie est francophile. Et à l’occasion du XVIIe sommet de la Francophonie organisé à Erevan, la capitale arménienne a ouvert ses portes, ses avenues et ses hôtels à des milliers de francophones venus des cinq continents pour participer à cet événement mondial, dont le but est la promotion de la langue française et des valeurs de la francophonie, à savoir la diversité et la démocratie. Les drapeaux de la Francophonie et des pays membres ainsi que les mots de bienvenue parsèment les rues d’Erevan. La police aussi. Présentes partout, les forces de l’ordre contrôlent chaque coin, chaque entrée d’hôtel, bloquent les rues où passent les dirigeants mondiaux et patrouillent sur les places, surtout celles qui accueillent des événements relatifs à la Francophonie.

Parmi les moments forts de ce sommet qui s’ouvre aujourd’hui, il y a le village de la Francophonie. Dans cette ruche, des centaines de participants courent dans tous les sens. Parmi eux, beaucoup de jeunes Arméniens qui viennent surtout de l’Université française d’Arménie (UFA). Mais après un « bonjour, ça va ? » tout ce petit monde vire rapidement à l’anglais.

Des activités sont organisées pour les jeunes, des chanteurs en herbe testent leur brin de voix avec les succès de Charles Aznavour. Dans ce village, les stands du Canada et du Québec sont les plus visibles. Quant au stand libanais, il offre taboulé et homos à gogo. Dans un coin, l’on trouve même un stand des Émirats arabes unis.


(Lire aussi : La francophonie au bord de la cacophonie ?)


La candidature de l’Arabie saoudite

La présence de certains pays du Golfe a toujours été source de polémique. Le Qatar et les Émirats ne sont pas, en effet, des pays francophones. Mais ces pays sont activement impliqués dans la course pour attirer des institutions éducatives et culturelles françaises et francophones, comme la Sorbonne et le Louvre. Cette année, l’Arabie saoudite a présenté sa candidature. Celle-ci avait été rejetée poliment il y a deux ans lors du sommet d’Antananarivo à Madagascar. Le Qatar, lui, avait même sauté une étape en devenant membre associé, alors que les Émirats ont été admis en tant que membre observateur. À part le marché d’armes florissant entre Paris et Riyad, l’on est en droit de se demander quel est l’apport de l’Arabie saoudite au sein de la Francophonie.

Par ailleurs, plusieurs observateurs critiquent, à juste titre, la situation des droits humains et de la démocratie dans ces pays. Une critique également valable pour certains pays africains membres, dont l’appartenance à l’OIF n’est pas remise en cause, alors que l’organisation francophone prône à voix haute les valeurs démocratiques. Selon certaines sources au sein de l’OIF, la candidature saoudienne devrait être acceptée cette année, en raison de l’insistance française. La crise diplomatique qui a opposé le Canada à l’Arabie, après qu’Ottawa a critiqué la répression au sein du royaume, et la disparition mardi dernier du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dont certaines sources turques assurent qu’il a été assassiné dans le consulat de son pays à Istanbul, pourraient toutefois compromettre cette candidature.



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Nouvelle secrétaire générale ?

Un autre débat risque également de noircir le tableau du sommet : la candidature de Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda, lequel n’est d’ailleurs pas membre de l’OIF. Une candidature adoubée par le président français Emmanuel Macron. Face à elle, la secrétaire générale sortante, la Canadienne Michaëlle Jean, qui insiste à se présenter pour un second mandat. Malgré quelques critiques concernant sa direction de l’organisation, Mme Jean affiche néanmoins un bilan plutôt positif. Néanmoins, le Canada et le Québec ont annoncé mardi qu’ils ne soutenaient plus la candidature de Mme. Jean. « Le Canada a décidé de se rallier au consensus, comme c’est la tradition, ça a toujours été la manière de faire, on ne va pas la changer », a déclaré à l’AFP une source gouvernementale. Selon des sources proches de la délégation canadienne, le Canada ne souhaitait pas froisser la France sur cette affaire, « sachant que la décision de M. Macron est tout à fait politique, relative aux intérêts de la France en Afrique ». Michaëlle Jean a mené une campagne acharnée ces derniers mois pour assurer sa réélection. Mais contrairement à la dernière fois, les pays africains sont unis derrière la candidature de Louise Mushikiwabo. D’ailleurs, selon la coutume, le secrétaire général est élu parmi les pays du Sud, alors que l’administrateur de l’OIF est choisi par les pays du Nord.

Dans le cas de la candidature de Mme Mushikiwabo au poste de secrétaire générale de l’OIF, et de celle de l’Arabie saoudite en tant que membre de l’OIF, on note ainsi la prédominance des intérêts de la France dans l’organisation.

Il reste que ce sommet aura indubitablement un effet positif sur l’Arménie. La présence massive de délégués issus des cinq continents, avec une forte influence de pays européens et occidentaux comme la France, le Canada et la Belgique, constitue une aubaine pour les autorités d’Erevan, qui font découvrir à une population assoiffée de liberté un monde autre que le modèle russe, fort présent en Arménie.


Pour mémoire

De la francophonie entre « je » et « l’autre »*

Comment promouvoir la francophonie au sein de l’armée libanaise...

Propos croisés sur l’état des lieux et les enjeux de la francophonie

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QU,EST-CE QU,ILS ONT A FOUTRE LES PAYS DU GOLFE DANS LA FRANCOPHONIE... QU,ON VEUT TRANSFORMER PARAIT-IL
EN POLITICOPHONIE AU SERVICE D,INTERETS ET NON PLUS DE CULTURE ET DE DEMOCRATIE...
GARDEZ VOS PRINCIPES ! NE LES VENDEZ PAS !

Tabet Ibrahim

L'Arabie saoudite est un pays qui n'est ni francophone ni respectueux des valeurs démocratiques portées par la francophonie. L'admettre pour des raisons politiques au sein de l'OIF est contraire au cœur de la mission, essentiellement culturelle, de cette organisation qu’elle décrédibiliserait, surtout après l’affaire Kashookgi

Yves Prevost

"L'anglais est une langue avec laquelle on va plus loin que le français. Au Rwanda, le français ne va nulle part". Telle est l'opinion de celle que Macron veut imposer comme présidente de la francophonie!
Ceci sans compter le fait qu'elle est une des principales collaboratrice de Kagamé responsable d'un effroyable génocide. Comme le souligne un rapport daté du 1er octobre 2003 rédigé par trois enquêteurs du Tribunal pénal international pour le Rwanda.
On peut certainement compter sur elle pour promouvoir les valeurs de la francophonie, spécialement la défense des droits de l'homme!

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