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Liban

Paula Yacoubian aux jeunes : Il faut convaincre les Libanais qu’il y a une alternative

Rencontre

La députée de Beyrouth a rencontré des étudiants en master de communication politique de l’Institut des sciences politiques de l’USJ.

01/10/2018

Il aura fallu la députée Paula Yacoubian pour se rendre compte qu’il y a un quartier résidentiel à la Quarantaine, entre la position de l’armée et l’hôpital gouvernemental. Ce quartier oublié, avec ses habitants abandonnés, fait partie de la circonscription électorale de la seule représentante de la société civile dans le nouveau Parlement. C’est donc là qu’elle a choisi de rencontrer les étudiants en master de communication politique de l’Institut des sciences politiques de l’USJ, pour bien marquer sa différence et son souci d’être « auprès des plus démunis », selon ses propres termes.

Sous le soleil presque insupportable de ce dimanche de fin septembre, assaillie par les mouches qui ne semblent pas contentes de perdre le terrain vague du coin que la députée et son équipe sont en train de transformer en terrain de foot, elle répond aux questions des étudiants et explique qu’elle a choisi ce quartier parce que nul ne s’en occupe. Paula Yacoubian précise qu’elle exécute ce projet de rénovation, comme elle l’a fait pour la campagne Dafa (des cadeaux pour les plus démunis à la veille de Noël), autrement dit elle sollicite les bonnes volontés, mais n’accepte pas les dons en espèces. Elle a aussi une équipe de volontaires et elle précise que pour le financement, elle consacre son salaire de députée à ce genre de projets dans sa circonscription électorale (Achrafieh), comme elle l’avait promis pendant la campagne électorale, ajoutant qu’il lui arrive aussi de compléter la somme nécessaire en puisant dans ses propres économies. « Ce projet, dit-elle, a été rendu possible grâce à Help Lebanon (l’association dirigée par Liliane Tyan), les peintures Tynol et l’opérateur de téléphonie Touch. Il doit être terminé en 21 jours. Il nous reste donc presque deux semaines. Je cherche ainsi à mettre des couleurs dans le quotidien des habitants de ce quartier et le projet devrait couvrir la zone qui commence à l’entrée nord de Beyrouth jusqu’au fleuve. Il y a certes un problème avec l’armée, qui a installé depuis des années une position sur une superficie de 18 000 m², procédant ainsi à une expropriation des terrains appartenant à des particuliers. »

« Savez-vous, interroge-t-elle les étudiants, que dans ce quartier, de nombreux enfants ne sont pas scolarisés ? Alors qu’il y a une loi au Liban qui exige de scolariser tous les enfants ! »

Elle a de fait entamé des contacts avec le ministre sortant de l’Éducation Marwan Hamadé pour tenter de trouver une solution à ce problème, mais là aussi rien n’est facile. D’ailleurs, dans tout ce qu’elle fait, elle reconnaît qu’elle se heurte à la lenteur administrative et au poids du fait accompli. « Le problème au Liban, dit-elle, c’est qu’on veut pousser le peuple à cesser de réagir. Les chefs communautaires alimentent les divisions et les réflexes confessionnels pour maintenir leur emprise sur les gens. Comme ils n’ont pas de réalisation à mettre à leur actif, ils se réfugient dans les discours confessionnels. »


(Pour mémoire : Yacoubian porte le dossier de l’incinérateur de Beyrouth à Geagea)


Crise de confiance

Interrogée sur la loi électorale, Paula Yacoubian affirme avoir depuis le début été en faveur du mode de scrutin proportionnel, mais elle précise que le vote préférentiel a été une catastrophe, car il a permis à la classe politique de le détourner pour confirmer l’approche confessionnelle. « Le résultat, aujourd’hui, dit-elle, c’est que les divisions communautaires sont plus fortes que dans le passé. » Elle ajoute que la liste dont elle faisait partie, et qui n’a obtenu qu’un seul siège parlementaire, est la seule au Liban à avoir obtenu des suffrages mixtes : 52 % de votes chrétiens et 48 % de votes musulmans. Elle confie d’ailleurs être un peu triste à cause du fait que les électeurs n’ont pas opté de façon décisive pour un changement véritable, préférant rester dans les allégeances traditionnelles... « Quand on pense que 28 ans après la fin de la guerre, les Libanais n’ont toujours pas d’eau courante, ni d’électricité en permanence et qu’ils sont étouffés par les déchets !

Malgré cela, ils continuent de voter en grande majorité pour les leaders traditionnels. Il s’agit d’un vote émotionnel et instinctif, dit-elle, parce qu’en fait, ils sont tellement blasés qu’ils ne croient plus qu’il y a une alternative. Or, c’est ce que j’essaie de leur faire comprendre ! »

Paula Yacoubian sait que la tâche qu’elle s’est fixé n’est pas facile. Mais elle mise sur des réalisations concrètes comme le projet de la Quarantaine, pour ébranler le climat de fatalisme chez les Libanais.

Justement, la loi sur la gestion des déchets récemment adoptée par le Parlement ne montre-t-elle pas les limites de son action ? « C’est vrai. Cette loi est suffisamment floue pour permettre aux autorités concernées de faire ce qu’elles veulent. Le problème des incinérateurs c’est que ceux que les autorités comptent acheter sont suffisamment chers (300 millions de dollars environ) pour montrer qu’il ne s’agit pas d’une solution provisoire. De plus, il faut des mesures de précaution pour l’utilisation des incinérateurs. Or, rien ne dit qu’elles seront adoptées, car il y a une véritable crise de confiance entre les citoyens et les autorités. J’ai fait de mon mieux pour alerter les différents groupes parlementaires. Malheureusement, la loi a été votée et je me suis retirée de la séance en guise de protestation. Que puis-je faire de plus ? » « Nous avons le traitement le plus cher de la tonne de déchets, à 120 dollars ! » lance-t-elle. Mais cela ne veut pas dire qu’elle compte abandonner la bataille. Au contraire. « Nous avons un projet complet pour le traitement des déchets, dit-elle, et je me battrai pour en convaincre les différentes parties. Je compte surtout sur les Libanais et leur volonté d’être traités avec décence. C’est notre droit et nous ne le braderons pas, en dépit des obstacles ! »


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OUI... CONVAINCRE MAIS AVEC DES PROJETS REALISABLES ET DE PRIORITE !

rayelie

Bravo et merci Mme Yacoubian ce pays le mérite j'espère que votre initiative sera suivi par d'autre amoureux du LIBAN.

Sarkis Serge Tateossian

Dès le début, je suis surpris et extrêmement admiratif de notre députée atypique, Paula Yacoubian.

En politique il faut du courage, du bon sens, de la sagesse et beaucoup de prévoyance et de sens d'anticipation.

Le (ou la) bon politicien est celui ou celle, qui fait d'abord, le bon pronostic. Car il n'y a pas de bon remède sans un bon pronostic.

Dans ce sens, Paula Yacoubian est la personne qui sait interroger les bonnes questions, au bon moment et fait des propositions et des contre propositions totalement en phase par rapport à une situation.

Je suis sur qu'il y a de nombreuses Yacoubian dans la société libanaise ... il faut juste les écouter et les mettre en avant.

Même si je ne suis pas totalement d'accord avec Mme yacoubian sur les incinérateurs... (par exemple)
je trouve qu'elle a des propositions intéressantes à faire à notre capitale libanaise et même au-delà.

Ses réflexions sur notre société méritent une plus grande écoute.

Respects Madame

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