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La Dernière

Hayat Fakhouri, pur(e) sang

Beyrouth Insight

Elle a connu le pire, un long tunnel d’addiction dont elle est sortie renforcée. Aujourd’hui, c’est elle qui guérit les autres, à travers une thérapie qui passe par les chevaux. Hayat Fakhouri ressent chacun de leur souffle, chaque murmure et silence. Et ces messages d’espoir qu’ils lui soufflent à l’oreille.

Carla Henoud | OLJ
27/09/2018

Le regard légèrement triste, et pourtant serein, chargé d’années difficiles, de luttes pour se reconstruire, devenir, se libérer... Un sourire de timide vainqueur pétri d’humilité, Hayat Fakhouri est une rescapée de la vie et de la drogue, son pire ennemi après elle-même. Son témoignage dans la web série Zyara a ému, impressionnée, tant par la justesse de son ton, cette franchise qui n’a pas peur des mots que par cette douceur dans la voix qui décrit le pire. Et qui assume, sans rancune, avec, certainement, beaucoup de regrets. Même si aujourd’hui, elle l’espère, tout ceci est derrière elle, que c’est elle qui guérit ses patients dépendants à travers une équithérapie où le cheval devient le psychologue, le guérisseur, le lecteur d’émotions. Elle sait que chaque jour qui passe est une victoire sur les démons passés, mais jamais entièrement dépassés.

Mauvais polar

L’histoire est banale, affreusement, violemment banale. « Elle est faite de catastrophes, de désastres, d’accidents, d’overdose », résume-t-elle. Une enfance dans l’insécurité d’une famille difficile et peu communicative. « À 17 ans j’étais une jeune fille très innocente. J’étais la seule parmi mes amis à n’avoir pas pris des drogues. Et puis un jour j’ai essayé. » Haschisch, cannabis et, très vite, « au bout d’un mois », une vie complètement bouleversée. « C’est vrai que j’avais des insomnies et que j’ai trouvé, aussi, des réponses à ce problème. Mais ce n’était qu’un détail. » De nombreuses cures de désintoxication plus tard, des descentes en enfer dont elle revient par miracle, des journées chargées de petits métiers, des mois qui se ressemblent dans leurs cauchemars, leurs obsessions, leur unique quête pour une dose, Hayat décide de s’exiler aux États-Unis. Exiler son âme atteinte et brisée. « J’ai beaucoup grandi durant cette période. C’était la première fois que j’étais seule, que je découvrais la vie sans drogues. » Elle travaille dans un ranch, un univers qu’elle aime puisqu’elle fait de l’équitation, et entame un dialogue avec les chevaux. Mais cette année et demi de répit n’auront pas suffi à l’ancrer dans une vie plus saine. « Des amis… dont trois sont morts depuis », et la voilà embarquée à nouveau dans un cycle infernal. Des mensonges assénés à la famille qui ne savait rien de ses dérives, tout son salaire qui va dans des substances illicites, sa vie, très vite, ne ressemble plus à rien. Pas d’endroit où loger, de mauvaises décisions, l’incapacité de réfléchir, d’éviter les dégâts, l’envie et une tentative d’en finir. « Et puis ils m’ont arrêtée. » Un mois plus tard, elle quittait les Etats-Unis et rentrait au Liban. 




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« C’était en 2004. Bientôt 15 ans », dit-elle en souriant. Quinze ans qu’elle est clean, qu’elle mesure, tous les jours, les dangers évités. « Les proches et les amis ont été d’un grand support, et j’ai démarré une thérapie. J’ai énormément travaillé sur moi et j’ai compris certaines choses », confie-t-elle. Durant des années, elle devient « addiction counselor », notamment auprès de Skoun, puis « clinical coordinator », et quitte l’ONG il y a quatre ans. Elle entreprend trois ans de formation à la University of Bath et, actuellement, fait son master à la Middlesex University pour pouvoir enfin être psychothérapeute à temps plein et surtout « m’éloigner des cas d’addictions ». « J’ai envie d’autres choses, d’autres mots, des problèmes d’un autre genre, dit-elle. Et surtout, je souhaite travailler avec des personnes qui veulent s’améliorer. »

Équithérapie

Parallèlement à ses formations et une expérience qu’elle acquiert au fil des années, Hayat Fakhouri a retrouvé l’univers à la fois brut et doux, franc et sincère, des chevaux, à l’Équestrian Circle de Beit-Méry. Elle découvre aussi l’équithérapie, une méthode qui permet d’aider le patient à travers le cheval. « Il a été prouvé, explique-t-elle, que le cheval peut ressentir, capter et refléter l’état émotionnel d’une personne. Il demande juste un peu d’authenticité et de confiance, en laissant tomber tous les masques. Si cette personne est réticente ou pas authentique, le cheval s’en va. » Ce dernier est au sol, l’individu, obligatoirement un adulte, aussi. « Moi, poursuit Hayat, je facilite la communication, la dynamique et la relation entre les deux. » Les résultats positifs la poussent à continuer. Elle y trouve aussi sa part de paix et de bien-être. « Je suis fière d’en être arrivée là. Je reviens de très loin. Bien sûr qu’il y a encore des tentations, les gens doivent savoir que c’est normal. Parfois, c’est juste une idée qui passe. Elle ne prend pas le contrôle sur ma vie. Et je continue. »

Son témoignage pudique et discret dans Zyara – « ils en ont gardé un court extrait » – puis dans L’Orient-Le Jour constitue une infime partie de ce qu’elle a vécu. Tout reste dans les détails, dans les silences de Hayat Fakhouri. Et dans les murmures des chevaux, pleins d’amour et de sensibilité, qui l’ont aidée à sortir de cet enfermement.



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