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La Dernière

Sarah Trad, vivre autrement

Beyrouth Insight

Sa vie porte les couleurs de ses projets, et elle y met à chaque fois son âme. Levantine.

Carla Henoud | OLJ
12/07/2018

Lorsque Sarah Trad apparaît dans une réunion formelle ou un déjeuner entre amis, qu’elle a nombreux, elle sème immédiatement un vent d’optimisme et des parfums de légèreté. Une espèce de force mêlée à un grand sourire qui lui donne des certitudes et lui permet de croire que tout est possible. Aussi bien mettre sur pied une ONG si justement baptisée Skoun, il y a 15 ans, qu’une maison d’hôtes à Kfour, Beit Trad, qu’elle inaugure officiellement le 16 juillet ; mener des campagnes de prévention et de soins aux personnes souffrant d’addictions que transformer une demeure familiale en un rêve de vie. Et, un jour, décider de faire un bébé toute seule.

Rien ne l’arrête dans ses convictions. Elle prend son temps pour penser le projet, le monter et lui donner à chaque fois le poids qu’il mérite pour qu’il devienne un projet de (sa) vie. Lorsqu’elle cofonde Skoun avec Nadia Migdashi et Ramzi Haddad, il restait tout à faire sur le plan pratique, car rien n’existait alors pour prendre soin des personnes dépendantes. Mais il a fallu, surtout, déchirer pour la première fois le voile des dangereux tabous imposés par notre société hypocrite ou mal informée.

Le temps des bilans
Aujourd’hui présidente du conseil d’administration de Skoun, elle peut s’enorgueillir des résultats obtenus, toutes les petites victoires additionnées sur cet (autre) mal du siècle. « Nous avons réussi à avoir un impact très positif sur des centaines et des centaines de personnes. Certaines ont même pu être sauvées. D’autre part, il s’est produit un changement significatif dans le discours national au Liban, dans les écoles, même les écoles publiques, les administrations et au gouvernement. Skoun y a contribué grandement », assure-t-elle. Campagnes sur Facebook, dont Know your rights, informations sur leur site, adressées aux parents ou aux jeunes, l’ONG a également travaillé sur les articles existants pour pouvoir adapter des lois et informer chacune des personnes arrêtées de ses droits. De 12 patients à ses débuts, à l’ouverture du centre de Monnot en 2003, Skoun accueille à présent 550 patients par an.

Celle qui a longtemps été un rat des villes, avec un carnet mondain chargé qui lui a permis de réaliser les plus belles soirées de levées de fonds pour Skoun – on se souvient de la première, à l’hôtel Phoenicia, en présence de la reine Catherine Deneuve, en 2008 – a choisi de se retirer en douceur, de se plonger dans des eaux plus douces. En 2016, et après en avoir découvert les bienfaits à New York où elle a vécu quelques années, elle cofonde Yoga Souk avec Rima Rabbath et Tina Pakradouni. « En créant ce studio, nous avons voulu fournir un excellent niveau de formation grâce à des professionnels locaux et d’autres, étrangers qui se renouvellent sans cesse dans un très beau cadre. » 

2018, champ des possibles
Et puis, un jour, ce rat des villes est devenu un vrai rat des champs. Les circonstances s’y prêtaient, Sarah Trad a mis (seule) au monde en avril une adorable Lylah « avec h, toutes les deux, ce sont des personnages bibliques », précise-t-elle dans un large sourire, tout en revendiquant, « sans une once de militantisme », précise-t-elle: the future is female. Et le lieu, qui vient se rajouter à ce perfect timing, comme une douce évidence: la maison familiale de Kfour, datant du début du XIXe siècle. « Après le décès de ma mère, confie-t-elle, je ne venais plus… Et puis quelqu’un m’a dit que les maisons mouraient si on les oubliait. Je pense qu’elle m’attendait. » C’est ainsi que germe dans son esprit le désir de restaurer l’ensemble et ses annexes et transformer le tout en une maison d’hôte, « sans s », dit l’hôte. 

 « Depuis l’âge de 20 ans, quand je vivais à Paris, je me suis toujours pensée comme une Levantine, ouverte à toutes les cultures voisines, dans l’art de vivre, de ressentir les choses. Dans le rythme, la générosité, le choix des produits. » Avec l’aide de l’architecte Fadlo Dagher qui a travaillé dans une « démarche amoureuse et respectueuse de la maison », et de sa grande amie, l’architecte d’intérieure Maria Ousseimi, « Levantine, comme moi ! » qui a semé dans toutes les pièces de magnifiques objets et meubles glanés auprès des antiquaires et autres puces, la « renaissance » du Beit a eu lieu. Elle a pu lui donner, ainsi qu’à ses 11 chambres, une « véritable identité ». 

Trois ans plus tard, Sarah Trad pose ses bagages et ceux de sa Lylah dans deux des chambres de la maison, le reste est ouvert aux hôtes qui sont invités à « se sentir chez eux », dans cette ambiance d’élégance naturelle, de luxe, calme et volupté. En continuation avec le motto de Skoun, une philosophie de vie : Life, health, hope.



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