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Lynn Tehini Kassatly, une (belle) femme dans un monde d’hommes

Beyrouth Insight

Conseillère au ministère de la Culture, elle navigue avec finesse dans ce domaine pourtant sous-estimé au Liban, avec de grandes ambitions et quelques frustrations.

Carla Henoud | OLJ
05/07/2018

Dans ce bureau formel où le temps a laissé son empreinte, où la fonction impose un non-style, Lynn Tehini détonne dans sa robe fleurie. Jeune femme en fleur ce matin, les yeux à la fois attentifs et ailleurs, de l’élégance qui pourrait passer pour de la froideur, Lynn est le beau visage et de plus efficace du ministère de la Culture. Officiellement « en poste » depuis 2014 et le mandat du ministre Rony Araygi, son parcours l’a menée, par des hasards et des rencontres, et un CV chargé, à naviguer dans un univers politisé sans jamais faire de la politique ou avoir un quelconque parti pris. Son avis, elle le garde pour elle, intéressée d’abord et surtout de véhiculer des images, concrétiser des projets, souvent avec très peu de moyens. Porter la belle image du Liban et sa francophonie dans le monde, et enfin encourager les Libanais à aimer la culture ; à en faire une habitude, une nécessité, en leur facilitant les moyens d’y accéder.

Même s’il s’agit essentiellement de culture, elle évolue dans un monde d’hommes, orientaux de surcroît, où il est souvent difficile d’imposer sa place, de la justifier et de la légitimer en toute féminité. « Politiquement correcte », elle se réserve pourtant le droit de réagir en privé, de se révolter contre certains dysfonctionnements qui ralentissent ou empêchent la mise en œuvre d’un projet pourtant utile. Son parcours, diversifié, lui a donné de nombreux talents, un amour des mots et du beau. Des études riches et enrichissantes : une maîtrise en droit de l’USJ, un diplôme du programme international de sciences politiques et sociales de Sciences-Po Paris, une licence en information et communication et un DESS en journalisme de Paris III. Et enfin, parce qu’à ses yeux clairs, il le fallait bien, un certificat du cycle international spécialisé d’administration publique à l’ENA.

La reine d’Espagne et Mme Ahmadinejad
Sur le terrain, son CV est également chargé de postes différents, d’expériences intenses faites de voyages, de rencontres et de changements. De défis, d’encore plus et de pas assez. Son premier job sera auprès de l’ONG Reporters sans frontières, basée à Paris, en tant que responsable de la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord, chargée, précise-t-elle, « d’évaluer le niveau de liberté, en rédigeant des rapports d’enquêtes et des analyses », souvent en collaboration avec le Bureau des droits de l’homme à l’ONU. « Nous avons mené de nombreuses opérations coup de poing, des événements de lobbying pour libérer des journalistes otages dans le monde. » « Et surtout, se souvient-elle, j’ai travaillé sur l’état des médias de cette région, notamment en Libye. C’était la première fois qu’un rapport sur la liberté de presse ressortait de là-bas. » Son titre En Libye, on peut critiquer Allah, mais pas Kadhafi en exprime la force. Nous sommes en 2006, Lynn Tehini choisit alors d’accompagner le lancement de France 24. « La chaîne recherchait des profils de journalistes bilingues ou trilingues », précise-t-elle. Deux ans durant lesquels elle se partagera entre les rédactions d’analyses sur leur site, les couvertures d’actualités internationales, les reportages en France, au Maroc, au Liban et en Syrie, et des présentations occasionnelles à l’antenne dans le cadre de la rubrique Réactions des internautes.

En 2008, elle décide de rentrer au pays. « J’avais interviewé le président Michel Sleiman avant qu’il ne soit président, poursuit-elle. Il a voulu que je fasse partie de son équipe, même si ou plutôt parce que je ne venais pas de Amchit ! Au bureau de presse de la présidence, je m’occupais essentiellement de la Première dame. Pas de sa garde-robe, dit-elle en souriant, mais de la préparation des dossiers, des voyages à l’étranger, des contacts avec les médias. » Entre octobre 2008 et mai 2014, elle aura surtout la chance de rencontrer un grand nombre de personnalités importantes, des présidents et leurs épouses, qui la marqueront. La reine d’Espagne, « parce que je l’ai côtoyée de près et qu’elle a créé un des centres Alzheimer les plus importants au monde, le président Lula qui nous avait conviées à un déjeuner très informel et la femme du président iranien Ahmedinejad. » Elle regrette cependant des actions un peu limitées : « Pour moi qui suis journaliste, c’est un peu frustrant d’être loin du terrain et d’avoir à, souvent, ne pas dire les choses. »

Levier économique
C’est alors qu’elle occupe ce poste qu’elle rencontre le ministre Salim Wardy qui lui propose de développer en free-lance le concept du Mois de la francophonie au Liban, qui n’était alors qu’une journée. Elle reprendra le projet avec le ministre suivant, Gaby Layoun, mais surtout le ministre Rony Araygi, dont elle sera la conseillère. Et parce qu’on ne change pas une formule qui marche, son « mandat » sera renouvelé avec le ministre actuel, Ghattas Khoury. Durant ces années où elle a trouvé sa place – même si, regrette-t-elle, « une femme doit se battre pour avoir les mêmes droits qu’un homme » –, elle a à son actif de nombreuses réalisations. Outre le Mois de la francophonie, elle aura participé à la création de La nuit des musées, au Sommet de la francophonie, à la préparation d’un hors-série du magazine Historia intitulé Une histoire du Liban et vendu à plus de 60 000 exemplaires, à l’organisation d’un certain nombre d’événements culturels et musicaux au musée national, et enfin à la gestion du projet Musée archéologique de l’aéroport de Beyrouth, et au lancement du Prix du roman en langue arabe. « Ce que les gens ignorent, c’est qu’un bon ministre de la Culture ne doit pas être un artiste, mais posséder une ouverture, un bon sens managérial et un grand intérêt culturel. Travailler avec Rony Araygi a été à la fois un challenge et un plaisir. C’est un excellent manager ! Il a su sortir le maximum de son équipe, avec laquelle il a partagé son amour pour la culture. Auprès de lui, j’ai beaucoup appris, et j’ai eu la chance de pouvoir poursuivre ce parcours avec Ghattas Khoury, un très bon connaisseur de la politique libanaise. Il n’hésite pas à m’offrir des opportunités et me fait pleinement confiance dans les projets que je mène. »

En attendant la formation d’un nouveau gouvernement et la nomination d’un nouveau ministre de la Culture, Lynn Tehini Kassatly, qui est également membre du conseil d’administration de la Commission générale des musées, membre de l’association Cénacle de la lumière et de la Fondation Gebran Tuéni, et enfin membre de l’assemblée générale du Festival international de Baalbeck, souhaite, bien évidemment, poursuivre cette aventure pour laquelle il reste tant à accomplir. « J’aime beaucoup ce que je fais. J’aimerais que l’on puisse développer encore plus ce secteur et montrer qu’il peut devenir un levier économique important. Nous sommes un vivier qui regorge de belles initiatives personnelles. Ce qui nous manque, ce sont les moyens…

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Stes David

C'est qu'il y a tant à voir et préserver en bas du dénominateur de "culture" au Liban que c'est presque un travail qui n'est pas faisable, il y a tant de culture, histoire, et le pays est rempli de monuments et ruines et traces de histoire et cultures du passé, que pour une personne ou un ministère même c'est trop ...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE FEMME TRES DOUÉE ET BELLE PAR DESSUS LE MARCHÉ C,EST L,IDEAL !

Marionet

De grâce, pas ce titre sur la beauté physique de cette jeune femme. À l'évidence, elle est bourrée de talents et évoquer son physique "dans un monde d'hommes" fait le jeu des machos et de tous ceux qui pensent que seules les promotions sur canapé l'ont menée là.

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