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Liliane Tyan : Ma seule motivation, c’est le Liban

Beyrouth Insight

Bientôt 40 ans qu’elle essaie d’aider le Liban à sa façon, directe. De colmater les brèches, de dépoussiérer les mémoires, d’effacer les désolations. À la veille d’un anniversaire qui se fête, même si tout reste à faire, l’heure est aux bilans. Avec Liliane Tyan, et en dépit de tout, l’optimisme est toujours de mise.

Carla Henoud | OLJ
30/08/2018

Côté cœur, on l’appelle Lhyla. Côté tête, c’est plutôt « madame Loto ». Et elle l’aura été, en distribuant des jours meilleurs aux habitants défavorisés de Beyrouth. En insufflant des couleurs et de la bonne humeur à une ville sale, salie par le temps et les négligences, puis sa banlieue, et à présent des villages plus lointains appartenant aux 10 452 km2 qui nous font (et nous défont). Alors que certains usurpateurs ont tenté, superficiellement, et mal, de s’attaquer à cette tâche très difficile de repeindre les façades des maisons et des immeubles en décrépitude, Help Lebanon, en tant qu’ONG fondée en 1979, a toujours fait les choses dans les règles, et dans la juste mesure. Jamais trop peu d’exigence, pour maintenir le niveau, et jamais trop de promesses, pour ne pas décevoir. C’est avec prudence que le travail s’est décidé et s’est fait. Le secret de cette réussite, aussi : du professionnalisme, une constance et des partenaires fidèles. À leur tête Antoine Wakim, à la base du projet, Antoine Issa (PDG de SNA Allianz), Raymond Audi (alors PDG de Bank Audi), Élie Nahas (ancien PDG de l’ABN-Amro Bank) et enfin la famille Rafael (BLF). Et d’autres, plus ponctuels : Booz-Allen, Byblos Bank, la Banque de l’habitat, Solidere. « Il faut aussi remercier la presse et les citoyens volontaires qui nous aident, inlassablement, dans nos projets », souligne l’inlassable Liliane Tyan.

L’histoire, qui a commencé par une réaction de la présidente de Help Lebanon au projet de construction d’une autoroute de trois niveaux et un pont métallique à la place du jardin de Tabaris, envisagée par Rafic Hariri, a évolué pour devenir une assistance à urbanisme et moral en danger ! « Ma seule motivation a toujours été le pays. Et le social mon terrain d’intervention. » Même lorsqu’elle travaillait auprès de son père Édouard Honein, Liliane a toujours voulu « Help Lebanon », aider le pays là où il en avait le plus besoin. Alors, quand elle fonde son ONG qui porte si bien ce nom, elle se consacre aux enfants défavorisés et malheureux, au temps d’une guerre qui n’en finissait pas. Et puis, quand cette dernière est finie, il était temps de s’occuper, comme elle le pouvait, de reconstruction. Après Karm el-Zeitoun, Tabaris, Sodeco, Abdel Wahab, après Hamra, Bourj Hammoud, Zaroub el-Haramyeh, Verdun, Badaoui, la Quarantaine, la rue Gouraud, Mar Mikhaël, « un projet magnifique », et toutes les entrées de Beyrouth, « après avoir paré à l’essentiel, le plus catastrophique ayant été pris en charge », les municipalités des villes et des villages ont commencé à s’exprimer et demander de l’aide. « C’est un peu grâce à nous que des quartiers comme celui de Mar Mikhaël a pu se transformer et devenir ce qu’il est aujourd’hui », tient-elle à rappeler.

Ici, ailleurs, et partout où il le faut

« Le premier village dont nous nous sommes chargés est Lebaa, en 2007, détruit par la guerre. Avec un groupe de volontaires, nous avons redonné santé et vie à un certain nombre de ses façades. » En 2011, Help se tourne vers Tripoli. « À la demande du président du port et celui de la municipalité, nous avons commencé par Mina avant d’embrasser tout le bord de mer. Deux rangées d’immeubles à côté de la municipalité, soit 140 immeubles repeints en trois ans. » Le résultat, évidemment tellement probant, encourage la municipalité de Baalbeck. Avec l’accord de la municipalité, également, ce grand projet autour des ruines, qui comprend une soixantaine de maisons, sera suivi par Saïda. En deux ans, tout le bord de mer, en face du Rest House jusqu’au petit jardin près de la municipalité, plus de 150 maisons, se refait une nouvelle jeunesse. « Nous sommes actuellement en contact avec le très beau village d’Amioun à qui nous avons fait une étude, à leur demande, pour un travail en 2019. À Jiyé, un groupe de jeunes très motivés souhaite également améliorer l’état des lieux. Nous essayons d’intervenir là où on nous demande, avec des conseils ou plus selon les cas. Aujourd’hui, la crise se fait sentir. En 39 ans d’existence, Help Lebanon n’a jamais manqué d’argent. Mais depuis deux ans, les choses, et pour la première fois, sont plus difficiles. Nous n’avons jamais eu affaire à l’État. Ce sont toujours des compagnies privées et des individus motivés qui nous ont aidés, et je les en remercie », précise-t-elle. Et de conclure : « Vingt-deux ans de travail en rapport avec l’environnement, pas une année, pas un instant je n’ai pensé à m’arrêter. La demande est plus grande, certes, mais il y a un éveil et une sensibilisation plus importante. Les gens demandent du beau et du propre et c’est leur droit. Tout le monde, à sa façon, essaie de mettre en avant son village ou “le plus beau village libanais”, comme L’Orient-Le Jour l’a fait, et nous en avons ! Je ne peux pas m’arrêter, je ne peux pas être témoin de cette demande énorme et dire que je suis fatiguée… »


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Sarkis Serge Tateossian

Après tant d'épreuves ... Au Liban, Les besoins sont énormes...
Même un travail colossal, methodique, paraît presque insignifiant et pourtant c'est la somme de tous ces bénévoles et êtres uniques, passionnés du Liban qui donnent de l'espoir au pays et l'exemple aux futures générations.

Respects.

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