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Liban

Au Parlement, une séance plénière qui s’annonce « électrique »

Liban

L’enregistrement « fuité » du député Yassine Jaber et le projet de loi controversé sur la gestion des déchets planeront sur la réunion d’aujourd’hui à l’hémicycle.

24/09/2018

Le timing de l’enregistrement qui a « fuité » sur des propos tenus par le député Yassine Jaber, du bloc berryste, n’aurait pas pu être plus significatif, à quelques heures seulement de la réunion du Parlement aujourd’hui pour voter des projets de loi en attente. Outre le fait qu’il considère que « le mandat va détruire le Liban d’une manière inacceptable, le député y affirme que », lors de la séance (plénière du Parlement) lundi (aujourd’hui), « le président de la République et le ministre de l’Énergie feront pression afin d’assurer quelques heures de courant en plus durant les trois derniers mois de 2018, et pour cela, ils réclament 500 millions de dollars supplémentaires, en plus du montant de 1,5 milliard de dollars obtenu dans le budget de 2018 ».

M. Jaber n’était pas joignable hier pour plus de commentaires, mais il est évident que ses propos, visiblement envoyés dans un message vocal à un ami qui les a passés à la LBCI (ou serait-ce une réponse à un journaliste supposée être “off the record”, comme le souligne une source à L’OLJ ? ), vont lourdement peser sur la séance plénière d’aujourd’hui. Non seulement parce qu’il y attaque violemment le mandat, mais parce qu’il affirme que la somme de 500 millions de dollars sera demandée au cours de cette même séance, alors même qu’aucun point de l’ordre du jour des deux journées de réunion n’est consacré à la question de l’électricité.

Interrogé sur ce point par L’Orient-Le Jour, le député Edgard Maalouf, du bloc du Liban fort (Courant patriotique libre), se dit « étonné de ces propos ».

Selon lui, « cette somme de 700 milliards de livres libanaises est nécessaire pour combler le déficit qui sera occasionné par la hausse mondiale des prix des carburants ». Il assure que « cette question a déjà été discutée dans des séances fermées au Parlement, que des représentants de tous les partis étaient présents, notamment d’Amal, et que la mesure a été approuvée par tous, sachant que même le ministre des Finances Ali Hassan Khalil (du même bloc que M. Jaber) est au courant de cette mesure ».

M. Maalouf, qui considère cette mesure comme « routinière en cas d’augmentation des prix », estime que « le président du Parlement Nabih Berry (président d’Amal) pourrait décider de soumettre cette question au débat à l’hémicycle en dehors de l’ordre du jour, notamment parce qu’elle doit faire l’objet d’une loi revêtue du caractère de double urgence ». Le député, qui assure n’avoir pas eu le son de cloche d’un quelconque membre d’Amal, se demande quel crédit il faut accorder à des propos tirés d’un message WhatsApp et qui ont peut-être été sortis de leur contexte.

À l’opposé, une source parlementaire qui suit bien ce dossier affirme à L’OLJ qu’il est « peu probable qu’un tel projet de loi revêtu du caractère de double urgence soit discuté demain (aujourd’hui) au Parlement, sachant que le pays est dans une situation difficile ». « Comment, dans de telles circonstances, le Parlement pourrait-il justifier à la population l’adoption d’une loi visant à débloquer des fonds de 500 millions de dollars ? » poursuit cette source.

Interrogée sur le fait que cette mesure a été discutée dans des réunions fermées au Parlement précédemment, cette source dit douter « qu’une quelconque commission ait adopté un tel projet de loi, d’où le fait qu’elle ne peut passer en séance plénière au Parlement, d’autant plus qu’elle ne répond pas aux impératifs de la législation de nécessité ». L’approvisionnement en électricité ne répond-il pas aux impératifs de la législation de nécessité ? « Si les blocs pensent que l’état du secteur d’électricité nécessite de telles mesures d’urgence, pourquoi ne pas parer à ce qui est véritablement urgent, à savoir la formation d’un gouvernement ? » répond-elle.

À la question de savoir quelles seront les répercussions sur la relation, déjà tendue, entre Amal et le CPL, cette source estime que le bloc berryste est formé, entre autres, de plusieurs députés indépendants non partisans, dont M. Jaber, et que ses propos « n’engagent donc pas tout le bloc ».


(Lire aussi : Le mandat Aoun "va détruire le Liban" : un enregistrement vocal de Yassine Jaber fuite)


Un sit-in contre le projet de loi sur les déchets

Un autre projet de loi très en vue sera discuté aujourd’hui au Parlement et figure même en tête des points de l’ordre du jour : le projet de loi sur la gestion des déchets ménagers, adopté le 26 juillet dernier par les commissions mixtes, après des années dans les tiroirs du Parlement et de nombreux remaniements.

Ce jour-là, trois députés avaient quitté la salle où se réunissaient ces commissions, en signe de protestation contre la clôture du débat par le président de la séance, le vice-président du Parlement Élie Ferzli : il s’agissait de la députée indépendante Paula Yacoubian et des deux députés Kataëb Samy Gemayel et Élias Hankache.

La présentation de ce projet de loi en séance plénière aujourd’hui suscite la colère de la société civile, qui se mobilisera dans un sit-in devant le Parlement à 10h, à l’appel de la Coalition civile sur les déchets ménagers, un grand rassemblement d’ONG et d’experts. Paula Yacoubian y prendra part avant d’entrer à la réunion parlementaire, a-t-elle dit à L’OLJ hier. Dans un communiqué publié vendredi, la coalition avait appelé les députés à ne pas voter ce texte qu’elle considère comme très lacunaire autant au niveau technique qu’administratif. Au moment de son adoption en commissions, le texte a été considéré comme favorisant le recours à l’incinération, une technologie très controversée au Liban, vu la faiblesse du système central de gestion des déchets et le contrôle inefficace.

Interrogée sur les chances de susciter un débat en séance plénière alors qu’il avait été refusé en commissions, Mme Yacoubian précise qu’elle sera la première à prendre la parole, suivant la liste annoncée. Elle souligne la nécessité de ramener le texte en commissions, étant donné « qu’il n’est pas de nature à protéger l’environnement ou la santé des Libanais ». Elle note l’absence de critères imposés aux municipalités desquelles on n’exige pas, entre autres, une étude d’impact environnemental pour leurs projets. Elle considère que les lois sur les déchets progressent continuellement, estimant que ce texte n’insiste pas assez sur les concepts de tri, de recyclage, de récupération d’énergie… Tout en ne précisant pas un ordre de priorité des technologies à adopter. Sans compter les nombreuses contradictions dans le texte, selon elle.

Interrogée à propos des appuis sur lesquels elle peut compter au Parlement, Mme Yacoubian affirme avoir distribué aux députés les remarques concernant le texte, estimant que « le bon sens devrait les pousser à exiger de le réexaminer ». Les députés Kataëb, eux, protestaient contre la clôture du débat lors de la réunion des commissions mixtes, mais la députée dit n’avoir pas pu s’assurer s’ils partageaient entièrement son point de vue. Il a été impossible de joindre l’un de ces députés hier pour sonder leur opinion sur ce débat.

Communiquant un autre son de cloche, le député Edgard Maalouf estime que « ce texte devrait passer sans problème en séance plénière, parce qu’il a déjà été approuvé par les grands blocs ».


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LIBRE DE PARLER

y a t il eu des adjudications sur la construction de centrales electriques qu Liban ou juste des adjudications faites sur mesure pour des bateaux ?

Si oui , qui les a gagnees et pourquoi les centrales n'ont pas ete construites a ce jour?

C'EST LA VRAIE QUESTION CAR SIEMENS PROPOSAIT DE FAIRE DES CENTRALES AU LIBAN PAS D'ALIMENTER LE LIBAN PAR DES BATEAUX PENDANT UNE ETERNITE
PRIERE ME DONNER LA REPONSE SVP

gaby sioufi

en tous cas il nous faut noter un "fait" qui j'espere est etabli :
Siemens n'avait pas participe aux differents appels d'offres relatifs aux divers projets rapport a l'electricite.
dans ce cas, tout le battage mediatique y referant serait FAUX.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FAUT-IL LOUER D,AUTRES BARGES POUR ALIMENTER L,ELECTRISATION DE LA GROTTE ALIBABIQUE ?

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