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Liban

Comment sauver le littoral de Beyrouth : une étude apporte des réponses aux abus

Littoral

La société civile prend l’initiative de proposer des solutions « pragmatiques et applicables » pour la façade maritime de la ville. L’ouverture et la prospérité, opposées à la privatisation.

18/09/2018

D’un côté, une côte privatisée, où même la vue sur mer est réservée à quelques « happy few ». D’un autre, un littoral ouvert à la population, intégré au tissu de la ville et participant essentiellement à sa prospérité. Entre les deux, est-il si difficile de choisir ?

C’est au cours d’une conférence de presse à l’ordre des ingénieurs de Beyrouth, en présence du président de l’ordre Jad Tabet, qu’a été annoncée hier une étude complète qui diagnostique les mauvaises pratiques ayant mené à la privatisation d’une partie de la côte de la capitale, et apporte des solutions conçues par des experts. Avec un mot d’ordre : respecter l’espace public et l’ouvrir à la population, tout en ne négligeant pas les intérêts économiques et en favorisant la prospérité de la ville, qui doit pouvoir profiter d’atouts majeurs tels que la plage de sable de Ramlet el-Baïda, du rocher emblématique de Raouché, ou encore de son incomparable corniche.

L’étude « Beirut, Zone 10 » a été conçue et réalisée par un groupe d’architectes, d'urbanistes, d'écologistes et autres experts, venus du collectif « Beirut Madinati » et de l’Institut Issam Farès de l’AUB, plus particulièrement du groupe « Social Justice and the City ». Par Zone 10, on sous-entend en gros la partie allant de Aïn Mreïssé aux confins de Ramlet el-Baïda.

L’étude, comme l’indique Mona Fawaz, urbaniste avec « Beirut Madinati », sera « présentée très prochainement à tous les responsables concernés, notamment le conseil municipal de Beyrouth, afin qu’ils en disposent ». Les experts ont donné de leur temps bénévolement afin que cette étude soit prête à un moment où le conseil municipal a choisi de mettre la région de Ramlet el-Baïda sous étude pour deux ans, notamment après le scandale du très controversé bâtiment de l’Eden Bay construit à même la plage – une mesure approuvée récemment par le Conseil supérieur de l’urbanisme, qui a ajouté ses recommandations pour un agrandissement de la zone étudiée assorti de mesures très strictes. Ainsi que l’a précisé Jad Tabet au cours de la conférence de presse d’hier en réponse à une question, il s’agira de recommander l’application de la loi tout en mettant un terme aux exceptions accordées aux uns et aux autres depuis les années 90, à l’origine de tous les abus.

La nouveauté de cette étude, c’est qu’elle identifie les atouts de la côte de Beyrouth, tout en proposant un modèle de gestion économique qui profitera à toute la ville. L’idée est de favoriser la protection de la côte, de réhabiliter sa continuité brisée par des complexes touristiques jouissant d’un accès direct, tout en rétablissant le lien entre la population et sa côte, et en interdisant toute nouvelle construction sur les biens-fonds publics maritimes. Cela passe évidemment par la nécessité de démolir les bâtiments illégaux et de réglementer la construction sur les différents lopins, quelle que soit leur classification (passant des parcelles non constructibles à celles où les constructions sont limitées pour ne pas gêner l’accès du public). Et, surtout, l’étude recommande l’annulation des exceptions qui ont ouvert la voie à tous les abus que l’on voit aujourd’hui, et ceux qui pourraient survenir.


(Lire aussi : Enfin une ébauche de bonne nouvelle pour le littoral de Beyrouth)


Le problème des expropriations
Pour contrer le plus grand obstacle à toute réglementation du développement de la côte, à savoir les intérêts privés des propriétaires de lopins accolés à des sites importants et les pressions politiques qui s’ensuivent, les experts proposent, notamment dans le cas de Dalieh (Raouché), de remplacer les onéreuses expropriations par des sortes de compromis qui visent soit à permettre au propriétaire d’exploiter d’une manière différente la partie constructible de son terrain – à condition de garder l’autre ouverte et sans bâtiments –, ou alors de lui proposer un autre terrain de la même valeur, sous condition qu’il cède le sien à la municipalité. À ce propos, les experts proposent de mettre à profit un terrain à Manara appartenant à la municipalité, sur lequel devait être construit le Palais des congrès qui n’a jamais vu le jour,.

« Il existe un cadre juridique pour les échanges de ce type, qui sont aussi contraignants que l’expropriation une fois que la municipalité adopte cette mesure, explique Mona Fawaz à L’Orient-Le Jour. Il faudra juste convaincre les différentes parties de l’intérêt public d’une telle mesure. »

Une telle option n’a pas été proposée dans le cas de Ramlet el-Baïda, étant donné que les propriétaires des lopins sur la plage, sous la route en d’autres termes, doivent respecter le caractère non constructible de ces parcelles recouvertes de sable et atteintes par les vagues en hiver (la définition même du domaine public maritime, selon la loi de 1925). Et comme l’étude recommande clairement d’annuler toutes les exceptions, ces terrains ne nécessiteraient pas une expropriation pour éviter un autre Eden Bay, bâtiment controversé, construit à même la plage, a-t-on précisé durant la conférence de presse.


(Lire aussi : Nahnoo en appelle à Khatib pour sauver Ramlet el-Baïda et le Bois des pins)


Une activité économique florissante
L’originalité de l’étude passe donc par des propositions concrètes, pragmatiques et applicables pour le développement de la côte.

À titre d’exemple, elle propose dans le cas de Ramlet el-Baïda de surélever la route qui longe la plage, de manière à créer en dessous des parkings et commerces en tout genre, gardant ainsi la plage intacte et prête à accueillir un public nombreux (ce qui passe évidemment par le traitement des eaux usées). L’étude délimite très nettement le domaine public maritime, les terrains devenus privés (par une série de manipulations anciennes et nouvelles) et les terrains constructibles plus hauts, sous des conditions précises.

Dans le cas de Dalieh, l’étude propose de créer un parc municipal public afin de préserver les magnifiques rochers de ce lieu emblématique de la capitale, avec ce que cela impliquera comme expropriations ou échanges, tout en reconnaissant le droit des propriétaires de lopins constructibles plus haut, mais avec des normes urbanistiques strictes. Ce projet garantira l’accès ouvert et gratuit à cette portion de côte, mais aussi la protection des caractéristiques écologiques des lieux.

Personne ne sait encore quel accueil réserveront les responsables à cette étude, la première du genre. Mais le meilleur soutien à une telle initiative ne viendrait-il pas de l’attachement populaire au domaine public, afin de se le réapproprier et d’en empêcher la privatisation ?


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Le Faucon Pèlerin

Le ministre de l'environnement, Tareq el-Khatib, n'aime pas les rossignols (bolbol), il a décrété leur élimination des jardins de tout le Liban.
J'aurais souhaité qu'ils n'aime pas les voleurs du domaine public maritime de Nahr-el-Kalb à Naher-Ibrahim et qu'il décrète leur destruction totale et définitive pour rendre aux Kesrouanais leurs plages accessibles comme jadis car l'accès à la mer leur est interdite malgré que la Loi d'accès à la mer est sacrée partout sauf au Liban. La Loi mondiale interdit l'interdit de ces voyous.

Stes David

Bonne initiative de la part de l’ordre des ingénieurs. Aussi un exemple pour des autres villes dans le monde car Beyrouth n'est pas la seule ville pour mauvais traiter son littoral et ses fleuves. C'est seulement recemment en lisant le OLJ que je realise qu'il existe un fleuve de Ghadir et un fleuve de Beyrouth qui se deversent dans la mer a l'hauteur de la ville de Beyrouth.

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