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Liban

À Sabra, l’amertume a pris le pas sur la révolte

Réfugiés palestiniens

Les décisions américaines d’arrêter le financement de l’Unrwa et de fermer le bureau de représentation de l’OLP à Washington alimentent la lassitude de la population des camps.

14/09/2018

Le camp de Sabra, construit initialement pour abriter 7 000 personnes, en accueille aujourd’hui 36 000. Des réfugiés palestiniens certes, mais aussi des Libanais, des Syriens et des ressortissants d’autres nationalités qui ont l’indigence en partage.

Ici, la puanteur envahit les lieux, le ciel est caché par les réseaux de branchements électriques illicites, les ruelles étroites mal asphaltées sont jonchées d’ordures et l’eau qui coule des robinets est salée car les puits artésiens ont tari et l’eau de mer s’y est depuis longtemps infiltrée.

Au beau milieu du camp, une montagne de détritus ne semble gêner personne. Les enfants, cartable au dos, la longent en sirotant de l’eau glacée parfumée à l’orange et les commerçants installent leurs étalages tout à côté. Personne ne semble s’intéresser à une petite fille brune et menue qui fouille dans les ordures à la recherche de nourriture.

Un peu plus loin, on vend des chaussures, des vêtements et d’autres objets usagés. En plein air, à même le sol, des jouets d’occasion sont proposés à la vente. Parmi eux se trouve une poupée nue, à moitié chauve et qui a perdu ses deux bras, trop usée peut-être pour faire le bonheur d’une petite fille. Mais sait-on jamais ? Dans des lieux aussi pauvres que Sabra, elle trouvera probablement preneur.

Il faut arriver au cœur du camp pour rencontrer des réfugiés palestiniens. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est ni l’arrêt de l’aide américaine à l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), ni la fermeture du bureau de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Washington qui sont au cœur des conversations. Ceux qui vivent dans la pauvreté ont bien d’autres priorités. Et, au sein de cette population de réfugiés, présente au Liban depuis 1948, c’est l’amertume qui a pris le pas sur la révolte.

Moustapha, 58 ans, éboueur, originaire de Haïfa, soupire : « Nous avons tout perdu. Ce n’est pas la faute aux Américains. Ce sont les Arabes qui nous ont lâchés et ne cachent même plus leur désir de faire la paix avec Israël, alors que nos dirigeants ont pris de mauvaises décisions sur toute la ligne. » Et quand on l’interroge sur le droit au retour, il répond : « Le droit de retour ? Mais quel droit de retour ? Je vous ai dit, nous avons tout perdu. »


(Lire aussi : Au Liban, une rentrée sans lendemain pour les jeunes Palestiniens ?)


« Un Arabe arrivé à ses fins ? »
Un homme qui tient un minicafé Internet lance de son côté : « Les Américains ? C’est la crème de la crème. Si j’étais américain, j’aurais eu tout ce que je désire. Avez-vous jamais vu un Arabe arriver à ses fins ? » « Les Arabes ne savent pas faire de la politique et j’espère qu’un jour nous évoluerons. Cela ne sera certes pas de mon temps », dit-il encore, estimant que « malgré tout, la Palestine ne mourra jamais et les Palestiniens ne perdront jamais leur identité. Regardez les juifs, malgré toutes les persécutions qu’ils ont subies, ils n’ont pas disparu. Mieux encore, il ont un pays à eux, une terre de laquelle ils nous ont chassés. »

Mahmoud, 27 ans, est originaire de Naplouse. Il détient un double diplôme de pharmacie et de gestion de l’Université arabe. « Ils nous ont volé notre terre », lance-t-il. « Je pense que nous avons atteint le point de non-retour. Les choses vont crescendo depuis l’ouverture de l’ambassade américaine à Jérusalem jusqu’à l›arrêt de l’aide financière américaine à l’Unrwa », poursuit-il. « Mais personne ne pourra nous voler notre identité. Même si je ne mettrai jamais les pieds en Palestine, je raconterai mon pays à mes enfants, comme nous le faisons déjà depuis trois générations, et cela pour que jamais nous n’oubliions ce que nous avons perdu. »

Fatmé, la quarantaine, est pharmacienne. Également originaire de Naplouse, elle est née dans le camp de Sabra mais l’a quitté quelque temps en 1982, en raison de l’invasion israélienne. Elle n’a donc pas assisté aux massacres perpétrés il y a 36 ans et qui seront commémorés dans les prochains jours. Aujourd’hui, elle tient une pharmacie dans le camp.

« La vie des Palestiniens dans les camps se dégrade d’une année à l’autre. Nous n’avons pas été uniquement spoliés de notre terre, le plan est de nous dépouiller de tout, y compris de notre culture. Notre peuple est plongé dans la pauvreté et ne pense plus qu’à survivre », soupire-t-elle. Mais Fatmé veut rester optimiste. « Sincèrement, je pense que tout ce qui se passe actuellement avec les États-Unis relève de l’intimidation. Les choses finiront par aller mieux », dit-elle. Comme pour conjurer un mauvais sort…


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