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Liban

Aéroport Rafic Hariri : la justice en marche... tout comme les polémiques

AIB

Du côté de la direction de l’aéroport, on pointe « une négligence » de la Société internationale de télécommunication aéronautique (SITA).

C.A. | OLJ
10/09/2018

Quelques jours après la panne généralisée qui a paralysé dans la nuit de jeudi à vendredi le système opérationnel informatique de l’Aéroport Rafic Hariri, empêchant l’enregistrement de milliers de voyageurs et de leurs bagages, et créant un chaos infernal, l’affaire se trouve entre les mains de la justice, sur fond d’une vive polémique entre le ministre de la Justice, Salim Jreissati, et le secrétariat général de la présidence du Conseil des ministres.

Vendredi, les premières informations livrées par les directeurs généraux de l’aéroport, Fady el-Hassan, et de l’aviation civile, Mohammad Chehabeddine, sur la cause du shutdown avaient fait état d’un changement du système informatique opéré par les techniciens de la Société internationale de télécommunication aéronautique (SITA), en charge de ce système. Selon MM. Hassan et Chehabeddine, les techniciens voulaient, à travers leur manipulation, remplacer l’ancien système par un nouveau, lequel n’a pas démarré. Dans l’après-midi du vendredi, le directeur de l’Inspection centrale, Georges Attiyé, a convoqué à son bureau le directeur de l’AIB et le directeur général de l’aviation civile, leur demandant de préparer les documents susceptibles de définir les responsabilités. Au plan judiciaire, le procureur général près la Cour de cassation, Samir Hammoud, a chargé samedi le service de renseignements des FSI de procéder aux investigations en vue de connaître les raisons de la panne.

Selon des sources proches de la direction de l’aéroport, les premiers résultats de ces investigations montrent que la SITA a fait preuve d’« une négligence », dont « elle doit rendre compte auprès de la justice ».

À l’échelle des responsables politiques, le Premier ministre, Saad Hariri, a présidé vendredi une réunion élargie à la Maison du centre, en présence des ministres sortants des Finances, Ali Hassan Khalil, des Travaux publics, Youssef Fenianos, et de l’Intérieur Nouhad Machnouk, du directeur des Forces de sécurité intérieure, Imad Osman, de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, du président du Conseil du développement et de la reconstruction, Nabil Jisr, et du président du conseil d’administration de la MEA, Mohammad el-Hout. À l’issue de la réunion, le chef du gouvernement a promis « d’œuvrer à trouver les fonds nécessaires, 88 millions de dollars plus TVA, pour augmenter la capacité d’accueil de l’aéroport de Beyrouth qui est arrivé à saturation ».


(Lire aussi : L’affreuse attente des voyageurs à l’aéroport de Beyrouth)


Critiquant la promesse de M. Hariri, le ministre de la Justice, Salim Jreissati, a affirmé samedi, dans une déclaration, que « celui qui réclame des comptes aux niveaux administratif et judiciaire au sujet des responsabilités de l’AIB ne peut pas demander à l’aéroport de dépenser, avant la fin de l’enquête administrative et judiciaire, le montant de 88 millions de dollars, car cela reviendrait à brouiller l’identité des responsables (de la panne) et à devancer l’enquête, et ce, quelle que soit l’importance du responsable qui réclame une telle mesure ». Il faisait allusion à M. Hariri. « L’enquête administrative et judiciaire va se poursuivre sans aucun doute », a-t-il ajouté.

C’est le secrétariat général de la présidence du Conseil des ministres qui a réagi à la déclaration de M. Jreissati, publiant samedi un communiqué dans lequel il a procédé à une mise au point, qualifiant de « fausses » les informations sur les adjudications de l’Aéroport Rafic Hariri, « notamment celles provenant du ministre sortant de la Justice, Salim Jreissati, diffusées pour faire croire à l’opinion publique que 88 millions de dollars sont dépensés actuellement dans l’aéroport ».

« Lors de sa réunion au palais de Baabda, le 8 février 2018, le Conseil des ministres avait approuvé un crédit de 18 millions de dollars pour financer des mesures urgentes dans l’aéroport. Tout ce qui est mis en place actuellement obéit à la décision du gouvernement d’approuver ce crédit. De ce fait, le montant de ces mesures actuelles ne peuvent pas dépasser les 18 millions de dollars », indique le communiqué.

Selon la LBCI, la somme de 88 millions de dollars est sujette à une entente politique en vue de la pourvoir.

« Un précédent dangereux »

M. Jreissati a exprimé hier son indignation quant à « l’initiative du secrétariat général du Conseil des ministres de répondre à travers les médias à un ministre, qu’il soit en fonction ou démissionnaire, sur un sujet lié directement aux finances publiques », décrivant cette démarche comme « un précédent dangereux ». Le ministre a affirmé que le montant de 88 millions de dollars figure « textuellement » dans une déclaration que le ministre des Travaux publics, Youssef Fenianos, avait prononcée après une réunion au Sérail axée sur les adjudications de l’aéroport. Il a appelé le secrétariat général du Conseil des ministres à « libérer les projets de décrets liés aux droits vitaux des Libanais, qui se trouvent en suspens dans ses tiroirs, au lieu de lancer des diatribes médiatiques à l’encontre des ministres ».

Pour sa part, M. Fenianos a exhorté hier soir les instances judiciaires à publier les résultats des enquêtes « dès que celles-ci seront clôturées », indiquant dans un tweet qu’il a invité la direction générale de l’aviation civile à « soumettre tous les documents qui sont en sa possession à la Commission du contentieux et des consultations, en vue d’une décision légale ».

L’aéroport de Kleiate

Face à la crise provoquée par le bug, qui s’est traduite par le report de plusieurs heures de nombreux vols au départ et à l’arrivée de l’Aéroport Rafic Hariri, provoquant un engorgement et une cohue sans précédent devant les guichets, l’ouverture de l’aéroport de Kleiate (Akkar) est à nouveau l’objet de réclamations. Sur son compte Twitter, l’ancien Premier ministre Nagib Mikati a estimé que « la solution se trouve d’une part dans l’agrandissement et le développement de l’aéroport (de Beyrouth), et de l’autre en cherchant sérieusement à utiliser l’aéroport de Kleiate ». Et M. Mikati de réclamer que les deux options soient soumises à des appels d’offres « transparents et clairs, conformes aux critères internationaux ». « Utiliser l’aéroport de Kleiate est devenu une urgence », a conclu M. Mikati.

Dans le même sillage, Walid Baarini, député du Akkar (courant du Futur), a tenu hier une conférence de presse à son bureau, conjointement avec la Commission chargée du suivi de la mise en fonction de l’aéroport de Kleiate. Les intervenants ont dénoncé l’entrave à la mise en fonction de cet aéroport, imputant ce torpillage à des considérations « d’ordre confessionnel », alors que, a-t-il dit, « la décision de créer une commission de régulation de l’aviation civile remonte à 2002 ».


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gaby sioufi

si salim jreissati (& derriere lui aoun )veut vraiment convaincre les citoyens,
il doit immediatement EXIGER l'ouvertures d'enquetes judiciares similaires dans le dossier de l'Electricite, celui de l'Eau, de l'EDL, du ministere de l'interieur Absent s'agissant des reglements a faire appliquer sur les routes,le ministere des finances pour ce qui est des douanes,
et d'autres services, departements & institutions publiques dont le [port de bey,

ET de suivre & faire aboutir ces enquetes jusquau bout.
ALORS SLT ils auraient fait preuve de transparence.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CETTE MASCARADE SE REITERE TRES SOUVENT !

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