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Liban

Entre Aoun et Hariri, les choses se compliquent à nouveau

Gouvernement

En recevant hier Gebran Bassil, Nabih Berry a voulu sonder son opinion sur la formule dite « des trois dix » proposée par le Premier ministre désigné.

01/08/2018

Une perspective d’escalade inédite a paru s’ouvrir hier entre le Premier ministre désigné, Saad Hariri, et le président de la République, Michel Aoun.  Celui-ci a fait valoir hier à ses visiteurs, cités par notre correspondante Hoda Chédid, que « si les entraves à la formation d’un gouvernement d’union nationale persistent, un cabinet de majorité (cabinet de 24 et non de 30, NDLR) devrait être formé avec ceux qui souhaitent y participer. Et que l’opposition s’exprime dans l’hémicycle ». Et d’ajouter, à l’adresse de Saad Hariri : « Le Premier ministre désigné doit se décider dans les deux prochains jours : soit il tranche, soit il met fin à ses caprices politiques et ses revendications basées sur de faux calculs. »

Cette position qui dénonce l’attentisme de Saad Hariri a fait suite à une hausse de ton hier de la part de ce dernier. Il a d’abord critiqué avec virulence l’enthousiasme de certains hommes politiques à se rendre en Syrie (Voir par ailleurs). Après la visite récente à Damas de Hussein Hajj Hassan, il est prévu que le député d’Amal Ghazi Zeaiter et possiblement Youssef Fenianos des Marada s’y rendent incessamment. À travers son tweet, M. Hariri a entendu rappeler en force sa position de principe : le refus de toute normalisation des relations libano-syriennes, n’en déplaise au Hezbollah.

En effet, derrière les obstacles visibles à la formation du cabinet, le parti chiite aurait deux exigences : d’une part, la normalisation officielle des relations Beyrouth-Damas avec l’adhésion du Premier ministre désigné, d’autre part, la mise à jour de la stratégie défensive sur base d’une unification des services militaires et sécuritaires au service du « peuple et de la résistance », selon une source politique indépendante. C’est un double refus qu’oppose Saad Hariri au parti chiite, jusqu’à nouvel ordre, quitte à retarder la formation du cabinet – et c’est contre cet attentisme que s’est attaqué directement hier Michel Aoun, en adressant une sorte d’ultimatum à Saad Hariri.

Les tensions d’abord contenues avec le chef de l’État avaient pointé lors du dernier passage de Saad Hariri au palais présidentiel. Il avait alors communiqué au chef de l’État une mouture axée sur la formule dite des trois 10 : dix ministres au chef de l’État et au CPL (sept au CPL et trois au président), dix au tandem Hariri-FL (six pour le Premier ministre et quatre aux Forces libanaises, dont un portefeuille régalien à ce parti), et 10 autres pour le tandem chiite, le PSP et les Marada (trois Amal, trois Hezbollah, trois PSP et un Marada). Selon une source indépendante, la première réaction de Michel Aoun a été d’acquiescer à la proposition de M. Hariri, avant qu’il ne se rétracte : au moment où son visiteur s’apprêtait à sortir de l’entretien, le chef de l’État lui a fait savoir qu’il vaudrait mieux qu’il négocie directement cette formule avec Gebran Bassil, avant de l’avaliser.


(Lire aussi : Farès Souhaid à « L’OLJ » : Aoun se comporte comme « un parfait allié du Hezbollah »)


Rencontre Berry-Bassil
Après avoir tenté en vain de contacter Gebran Bassil pour une rencontre, Saad Hariri aurait caressé l’idée de repartir aujourd’hui en vacances.

C’est dans ce contexte qu’est intervenue hier à Aïn el-Tiné la rencontre entre le président de la Chambre Nabih Berry et M. Bassil, en présence du vice-président de la Chambre, Élie Ferzli, et à l’initiative de ce dernier.  Cette rencontre a été présentée, et avec insistance du côté de M. Bassil, comme une rencontre de rapprochement entre deux hommes dont l’inimitié a connu plusieurs manifestations depuis l’élection de Michel Aoun à la présidence de la République. Le gendre du chef de l’État a situé sa visite dans le cadre de « l’entente nationale », en se référant à un discours du pape sur la convivialité, qu’il aurait lu avec le président de la Chambre. Bien que maquillée par un discours pompeux, la rencontre Berry-Bassil se limite à un objectif précis.

Pour Nabih Berry, cet objectif a été de sonder la position de Gebran Bassil sur la formule des trois dix, appuyée officieusement par M. Berry, sachant que celle-ci implique l’attribution des trois portefeuilles druzes au Parti socialiste progressiste, rapporte un visiteur de Aïn el-Tiné. Quant à Gebran Bassil, briser la glace avec Nabih Berry est un moyen de compenser son éloignement de Saad Hariri, partenaire-clé du mandat et des Forces libanaises. C’est-à-dire de contrer un isolement progressif du camp aouniste qui se verrait limiter à une alliance avec le Hezbollah et les acolytes du régime syrien. Plus précisément, Gebran Bassil aurait voulu faire de l’ombre à la proposition des trois dix de Saad Hariri, qui a prouvé, aux yeux des protagonistes, sa volonté réelle de former un gouvernement d’union nationale, selon un visiteur de Aïn el-Tiné à L’OLJ.


(Lire aussi : Bassil à Aïn el-Tiné pour la première fois depuis sa dispute avec Berry)


Réponse de Hariri
Résultat : les milieux de Gebran Bassil ont interprété cette rencontre comme la preuve d’un appui de Nabih Berry au mandat et Gebran Bassil a fait état d’une entente bilatérale sur toute la ligne, depuis le dossier du gouvernement jusqu’à la législation que Nabih Berry pourrait relancer même en l’absence d’un cabinet.

En contrepartie, ces milieux n’ont rien dit sur la formule des trois dix. À l’instar du Hezbollah, Gebran Bassil aurait en effet des souhaits propres à lui : que Saad Hariri lui garantisse son soutien à la prochaine présidentielle, en marginalisant ses rivaux potentiels, comme les Forces libanaises et d’autres.

Recevant le ministre sortant Ali Hassan Khalil, délégué par Nabih Berry, Saad Hariri a exprimé un nouveau refus de se plier aux desiderata de Gebran Bassil et du Hezbollah – relayés désormais officiellement par le chef de l’État. « J’ai obtenu 112 voix (ayant permis de le désigner à la présidence du Conseil), pour que je forme un cabinet d’union nationale », a-t-il dit, en rejetant l’option d’un gouvernement de majorité. Il reste à savoir jusqu’où mènera le forcing du Hezbollah, par le biais du chef de l’État, contre le Premier ministre désigné.



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Le Faucon Pèlerin

Je serais heureux d'apprendre que Saad Hariri serait parti en vacances à Honolulu jusqu'à la fin des deux tournois de ping-pong entre l'éminence grise Gébran Bassil et Samir Geagea et entre Walid Joumblatt et Talal Erslan.
Je paraphrase Emmanuel Macron, que les pongistes "aillent le chercher".

IMB a SPO

Le Hezb a voulu que Aoun soit president, il l'a impose!Maintenant il veut former un gouvernement et il l'imposera grace a la couverture du CPL. Bienvenue a la Republique (Islamique) Libanaise!

Le Faucon Pèlerin

Seul Saad Hariri est mandaté pour former le gouvernement, ce n'est pas l'éminence grise Gébran Bassil ni Elie Ferzli ni aucun autre. La formule des 3 dix est excellente. Allez-y, Saad sans tenir compte des plaintes et des complaintes de qui que ce soit. L'Etat n'est pas une balle de ping-pong.




gaby sioufi

en voila du negativisme !
pourquoi continuer a etre negatif avec ce trio tout rire , detendu ?
n'est ce pas une benediction du ciel de les voir diriger notre destin pourri ?

Irene Said

P.S.
Citez-nous un autre pays et ses "responsables" qui se respectent, posant ainsi, hilares, alors que leur pays est en train de sombrer ?
Irène Saïd

Pierre Hadjigeorgiou

Au final le peuple ne mérite que ce qu'il a choisi de mériter: Le CPL, le PSNS, le Hezbollah et quelques autres encore au parlement et au gouvernement... C'est son choix qu'il l'assume... Les plus responsables ne sont pas ceux qui ont choisit mais ceux qui, au soit disant nom de "Tous sont pareils", ont préférer s'abstenir laissant justement les mêmes criminels pointer au parlement pour continuer a faire la pluie et le beau temps. En fait la pluie pour tous et le beau temps pour eux qui se remplissent les poches a nos dépends nuits et jours. De plus il y a
erreurs, ils ne sont pas tous pareils... Il y avait une chance de faire bouger les choses et le peuple a baisser les bras... Nous allons maintenant vers la catastrophes prévue depuis 2005 et plus rien n’arrêtera ce train la!

Tabet Karim

Nous méritons ces lascars......Nous ne pouvons pas verser des larmes de crocodiles.....Nous avions l'opportunité de balayer cette crasse politique il y a 2 mois mais rien n'a été fait a cet effet. Donc, on la boucle et trêve de blablabla.....

Irene Said

Ceux qui ont élu et accepté la désignation de ces deux responsables savaient parfaitement ce qu'ils voulaient:
pas de gouvernement, donc pas de Liban souverain et indépendant.
Ils savaient que l'un regarde dans la direction de ceux qui lui ont "offert" son fauteuil sous certaines conditions, alors que l'autre regarde dans une direction tout a fait opposée avec des exigeances incompatibles avec le premier.

Et en ce moment, leurs plans se réalisent et le Liban se défait pour leur plus grande satisfaction !

Quant à nous, petit peuple, on attend toujours le

LIBAN NOUVEAU ET FORT

promis par ces mêmes responsables le 6 mai 2018

Irène Saïd

Marionet

Très intéressant avec des infos inédites!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA FORMULE DES TROIS DIX PROPOSEE PAR HARIRI EST CELLE D,UN GOUVERNEMENT D,UNION NATIONALE. QUI BOYCOTTE ? LE GENDRE SEUL !

Saliba Nouhad

Quel jeu cynique: petit à petit, le Hezbollah dévoile son complot subtil, connu même avant les élections!
Il veut mettre la main sur la volonté politique du pays, gouverner sans opposition, réaligner le Liban sur la volonté iranienne, rétablir la relation avec le régime syrien criminel, et fondre l’armée libanaise dans sa milice, légitimant ainsi sa présence armée classée terroriste!
Le pire dans l’histoire est la position du gendrissime et de son parti qui embarquent dans ce jeu, en rêvant à la présidence sans même voir plus loin que le bout de son nez!
Narcissisme, mégalomanie, arrogance extrême, appelez ça comme vous voulez, mais l’histoire ne pardonne pas!
Pauvre peuple Libanais, il mériterait mieux que ça.

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