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Économie

Affaire des prêts subventionnés : Zahran attend le retour du parquet financier

Immobilier

Selon le journaliste Salem Zahran, le procureur financier Ali Ibrahim doit en principe contacter la Banque centrale pour obtenir des informations complémentaires.

26/07/2018

Le journaliste Salem Zahran a indiqué à L’Orient-Le Jour qu’il attendait un retour du parquet financier après son audition hier au sujet de l’affaire de prêts immobiliers en livres libanaises subventionnés par la Banque du Liban (BDL) dont ont indûment bénéficié, selon lui, plusieurs personnalités politiques et grosses fortunes du pays ces dernières années.
Salem Zahran a révélé certains éléments de ce dossier samedi lors d’une émission télévisée diffusée par la LBCI, en évoquant notamment neuf prêts bonifiés totalisant plus de 14 millions de dollars contractés entre 2010 et 2013 par plusieurs sociétés dirigées par des proches de l’ancien Premier ministre Nagib Mikati. Le groupe Mikati s’est défendu lundi dans un communiqué en affirmant que la démarche était légale et estimant être la cible d’une campagne de dénigrement. Dans la foulée, deux avocats d’un collectif de la société civile (al-Chaab yourid islah al-nizam), Hassan Bazzi et Jad Tohmé, ont déposé un recours auprès du procureur général près le parquet financier, Ali Ibrahim, pour obtenir l’identité des personnes ou des sociétés qui ont bénéficié de prêts subventionnés supérieurs à 1 milliard de livres (plus de 660 millions de dollars).

Dossier relancé
Salem Zahran a pour sa part rencontré dès le lendemain le procureur général près le parquet financier, Ali Ibrahim, pour lui communiquer des documents attestant selon lui des irrégularités qu’il dénonce. « Il y a des éléments qui démontrent que des biens ont été acquis grâce à ces prêts avant d’être rapidement revendus avec une belle marge à la clef, ce qui est en principe interdit par la BDL », a-t-il indiqué.

Le journaliste a en outre demandé au procureur de contacter la Banque centrale pour obtenir des informations complémentaires corroborant les faits allégués. Selon lui, le parquet devrait adresser une demande à la BDL dans les 48 heures et accorder ensuite une quinzaine de jours à cette dernière pour réagir. Le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, a pour sa part affirmé mardi qu’un audit interne dont les résultats sont attendus d’ici à deux mois permettrait de constater comment les fonds de la BDL avaient été mobilisés par les banques et que les auteurs d’irrégularités seront sanctionnés financièrement.


(Lire aussi : La BDL subventionnera des prêts au logement en 2019, promet Salamé)


La Banque centrale disposait de deux mécanismes pour que les banques puissent proposer des prêts en livres à taux subventionnés, les taux d’intérêt sur la livre étant élevés : le premier en leur permettant de mobiliser une portion plus importante de leurs réserves obligatoires ; le second en allouant elle-même une enveloppe annuelle de fonds que les banques pouvaient emprunter à 1 % pour les prêter sur le marché à 6 % maximum en privilégiant certains secteurs, dont l’immobilier – les « plans de relance ».

Ces mécanismes sont aujourd’hui suspendus – temporairement, assure la BDL – pour plusieurs raisons. Or cette suspension a frappé de plein fouet un secteur immobilier devenu au fil du temps dépendant des subventions. Elle a également provoqué l’arrêt des prêts accordés par l’Établissement public de l’habitat (EPH), dont la mission est d’aider les ménages les plus modestes à acheter une résidence principale.

Si l’EPH n’est pas le vecteur principal d’octroi des prêts bonifiés, sa paralysie a néanmoins cristallisé la dimension sociale de l’affaire, certaines personnalités, dont Salem Zahran, établissant, à tort ou à raison, un parallèle entre le fait que des personnes fortunées aient pu bénéficier de subventions et l’assèchement des liquidités disponibles pour les plus démunis. Les remous provoqués par cette affaire ont d’ailleurs poussé plusieurs responsables, partis politiques et représentants du secteur immobilier à plaider pour des solutions alternatives, sans qu’aucun réel progrès ne soit enregistré depuis mars.

L’intervention de Salem Zahran a en tout cas remis un coup de pression sur ce dossier. D’après le journaliste, une réunion entre le Premier ministre du gouvernement sortant chargé des affaires courantes, Saad Hariri, son ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, et celui des Affaires sociales, Pierre Bou Assi, doivent se réunir « cette semaine » pour aborder cette question.



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Le pont

Je ne peux pas croire que M. Mikati s'est abaissé à ce point pour ramasser des prêts subventionnés alors qu'il possède des milliards. Le danger est que les reproches à son égard soient justifiée, et dans un tel cas, son agissement servirait d'excuses à d'autres pour voler l'Etat sous le prétexte que "si Mikati l'a fait pourquoi je ne le ferais pas". Espérons que la BDL s'arrange avec les banques pour extourner les éventuelles subventions injustifiées avec effet rétroactif, sans faire de bruit, pour faire éviter l'amertume des citoyens ordinaires. J'ai toujours cru que les personnalités ultra-riches sont meilleurs gouvernants car ils ont les moyens de mettre de côté leurs intérêts personnels en faveur de l'intérêt public. On dirait que mon hypothèse ne fonctionne pas

George Khoury

est-ce que l'OLJ pourrait faire un peu plus d'effort et au lieu de relayer des informations, aller sur le terrain, enqueter et publier.

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