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Économie

Qui a bénéficié des prêts subventionnés de la Banque du Liban ?

Décryptage

Accusé par le journaliste Salem Zahran, le groupe Mikati se défend.

24/07/2018

Le journaliste Salem Zahran a jeté un pavé dans la mare en affirmant samedi pendant la matinale « Nharkom Saïd » diffusée par la LBCI que des responsables politiques et des personnes fortunées avaient bénéficié par le passé de prêts au logement subventionnés par la Banque du Liban (BDL), dont la suspension il y a quelques mois a provoqué une crise dans le secteur immobilier.
Document à l’appui, le journaliste a indiqué que plusieurs sociétés dirigées par des membres de la famille de l’ancien Premier ministre et actuel député Nagib Mikati avaient bénéficié entre 2010 et 2013 de neuf prêts immobiliers subventionnés pour une valeur totale de 14 millions de dollars. Or, avec des fortunes personnelles d’environ 2,8 milliards de dollars, les frères Nagib et Taha Mikati sont des habitués du top 1 000 des plus grosses fortunes du monde publié chaque année par Forbes.


(Pour mémoire : Crise des prêts subventionnés au logement : Bou Assi rencontre Torbey)


Mikati se défend
Les noms de Malek Mikati – fils de Nagib – ainsi que de Azmi et Fouad – ceux de Taha – sont cités dans le document en question, dont le contenu a été confirmé à L’Orient-Le Jour par une source à la BDL. Il évoque des données tirées d’une enquête interne visant à vérifier comment les subventions étaient employées, une précision relayée par plusieurs médias ce week-end.
Lors de son intervention, Salem Zahran a fait un parallèle entre le fait que des personnes qui n’étaient pas dans le besoin ont pu bénéficier de subventions et l’assèchement des liquidités disponibles pour permettre à l’Établissement public de l’habitat (EPH) de continuer d’aider les ménages les plus modestes à acquérir un logement.
Les déclarations du journaliste ont fait réagir le groupe Mikati qui a estimé être la cible d’une « campagne de dénigrement », en marge des discussions entre partis politiques qui doivent déboucher sur la formation d’un gouvernement suite aux législatives du 6 mai. Dans un communiqué publié hier, le groupe s’est également défendu d’avoir bénéficié des prêts subventionnés via l’EPH « ni par le passé ni actuellement ». Il a également précisé que les prêts cités dans le document révélé par Zahran avaient été accordés via le mécanisme de subvention mis en place par la circulaire n° 7 835 du 6 février 2001 émise par la BDL. Cette précision est essentielle dans la mesure où l’EPH est loin d’être l’unique vecteur par lequel la BDL subventionne les prêts au logement.

« Tout le monde en a profité » 

Depuis 2009, la quasi-totalité des prêts en livres dans l’immobilier sont subventionnés par la Banque centrale, les taux d’intérêt sur la monnaie nationale étant élevés. La BDL a ainsi mis en place deux mécanismes. Le premier découle de la circulaire citée par le groupe Mikati – étendue à toutes les banques en 2009 – et permettait, jusqu’à fin 2017, aux banques d’utiliser une partie de leurs réserves obligatoires en livres pour offrir des prêts logement à taux réduits. Le second a été incarné dès 2013 par les plans de relance de la BDL, des enveloppes d’environ un milliard de dollars par an prêtés aux banques à 1 %, à charge pour ces dernières de les prêter à leur tour à 6 % pour stimuler l’activité privée dans certains secteurs, dont l’immobilier. 

La coexistence de ces deux mécanismes a ainsi permis pendant des années aux banques de proposer des prêts immobiliers à taux réduits, sans forcément passer par l’EPH, qui a validé environ 5 000 demandes par an en moyenne de bénéficier de taux encore plus avantageux mais à des conditions restrictives (180 000 dollars pour une résidence principale, avec un seuil de revenus par ménage). Selon un banquier anonyme, cité par Le Commerce du Levant dans son numéro de juin, « tout le monde » a « profité » de ces mécanismes de soutien, « y compris des hommes politiques et des hommes d’affaires ». Un appétit d’autant plus prévisible qu’il n’y avait aucun plafond fixé avant que la BDL ne resserre progressivement les conditions de crédit, pour finalement suspendre les deux mécanismes entre fin 2017 et début 2018, notamment en raison du risque de pression inflationniste qu’ils faisaient peser, ainsi que de l’épuisement de la portion de réserves obligatoires pouvant être mobilisée. M. Zahran a pour sa part insisté au cours de l’émission sur le fait que le cas Mikati n’était pas « isolé », soutenant que de nombreux politiciens et personnalités fortunées – qu’il n’a toutefois pas cités – avaient abusé des mécanismes de subvention. Les déclarations du journaliste ont poussé Hassan Bazzi et Jad Tohmé, deux avocats d’un collectif de la société civile (al-Chaab yourid islah al-nizam, « le peuple veut la réforme du système »), à déposer un recours hier auprès du procureur général près le parquet financier, Ali Ibrahim. Selon la LBCI, l’objet du recours vise notamment à obliger la BDL à révéler l’identité des personnes ou des sociétés qui ont bénéficié de prêts subventionnés supérieurs à 1 milliard de livres (environ 660 000 dollars).


Pour mémoire

Crise des prêts au logement subventionnés : le Futur propose aux banques des exemptions fiscales

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Irene Said

Plus on se dit qu'on a enfin...! atteint le fond du gouffre et que notre pays va pouvoir remonter la pente, plus on découvre non seulement les profondeurs sans fin mais aussi l'étendue de ce gouffre.
Un ancien premier ministre milliardaire et sa famille ont asséché la BDL pour leurs usages et profits personnels ?

Savent-ils que le Liban est au bord de la faillite, ou est-ce voulu par eux pour satisfaire ceux qui ont intérêt à la destruction de ce pauvre pays ?
Irène Saïd

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