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Moyen Orient et Monde

Les Russes veulent-ils le départ des Iraniens de Syrie ?

Éclairage

Le Kremlin, sous la pression des Occidentaux et des Israéliens, n’a pas les moyens suffisants pour obtenir un retrait de Téhéran et de ses supplétifs de Syrie.

Julie KEBBI | OLJ
10/07/2018

À trois jours de la rencontre à Moscou entre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le président russe, Vladimir Poutine, Israël met les bouchées doubles pour accentuer la pression concernant la présence iranienne en Syrie. « Nos systèmes de défense antiaériens ont contrecarré une agression israélienne et ont abattu un certain nombre de missiles qui visaient l’aéroport T4 dans la banlieue de Homs », a rapporté dimanche l’agence de presse syrienne SANA. Les défenses antiaériennes ont « touché l’un des avions de combat assaillants, forçant les autres à quitter l’espace » syrien, a précisé une source militaire à SANA. 

Alors que les forces israéliennes n’ont pas confirmé l’information, il s’agirait de leur troisième attaque en Syrie depuis le début de l’année qui vise directement cette base militaire où sont stationnées des forces iraniennes. Le timing de la dernière opération militaire en date contre Téhéran en Syrie envoie un message on ne peut plus clair à Moscou : l’État hébreu veut lui imposer ses conditions coûte que coûte. Israël, qui voit en l’Iran une menace existentielle pour ses intérêts et sa sécurité, veut empêcher à tout prix une installation permanente des forces iraniennes à seulement quelques kilomètres de sa frontière avec la Syrie. 


(Lire aussi : L’après-Deraa : régler, désormais, la question de l’influence iranienne en Syrie)


La première opération israélienne contre la base T4 remonte à février, en réponse à l’incursion d’un drone iranien dans l’espace aérien israélien, tandis que la deuxième s’est déroulée en avril, au cours de laquelle sept militaires iraniens ont péri. L’armée israélienne, qui a pour habitude de se faire bien silencieuse sur ses opérations, avait par ailleurs confirmé pour la première fois être à l’origine de l’attaque d’avril. « (À Tiyas), c’était la première fois que nous attaquions en direct des cibles iraniennes – à la fois des installations et des gens », avaient alors confié des sources militaires israéliennes au New York Times.

M. Netanyahu a répété à plusieurs reprises vouloir le retrait total des troupes iraniennes et de ses supplétifs de Syrie. Reste à savoir si le parrain russe de Damas a la volonté, voire même s’il a les capacités, de répondre favorablement aux demandes des Israéliens, appuyés par les Américains. « Il y a une rivalité sous-jacente à l’alliance entre les Russes et les Iraniens et qui risque de rester dormante en attendant un changement à l’échelle internationale », confie à L’Orient-Le Jour un diplomate ayant requis l’anonymat. Si Moscou a fait allusion auparavant à sa capacité à obtenir un retrait des Iraniens de Syrie, « c’est plus une vision stratégique que quelque chose qui est à la portée de leur main », souligne-t-il.


(Lire aussi : Le régime syrien contrôle environ la moitié des postes-frontières)


Le Kremlin joue sur deux tableaux
Téhéran a tout de même fait les frais d’un accord conclu en coulisses entre Russes, Syriens et Israéliens concernant la bataille de Deraa, l’un des derniers bastions rebelles dans le Sud-Ouest syrien, non loin des frontières jordanienne et israélienne. Les forces de la République islamique ont été officiellement mises sur la touche par Moscou quelques semaines avant le lancement de l’offensive avec Damas, estimant que seule la présence des troupes syriennes à la frontière sud du pays était justifiée, lui permettant ainsi d’éviter une escalade des tensions avec l’État hébreu. Obtenir un tel résultat sur l’ensemble du territoire syrien semble toutefois bien compliqué à appliquer pour l’instant alors que les forces de Téhéran et de ses supplétifs sont dispersées à travers le pays.

Le Kremlin semble par ailleurs jouer sur deux tableaux puisque, officieusement, quelques faits diffèrent sur l’identité des forces en présence aux côtés de Damas et Moscou à Deraa. Si les troupes iraniennes ont bel et bien été écartées de l’offensive, cela n’a pas empêché leurs supplétifs de se joindre aux opérations sous l’uniforme des troupes syriennes et ainsi de passer à travers le radar de l’État hébreu. 


(Lire aussi : L'armée syrienne encercle totalement Deraa, selon les rebelles)


Sous pression du côté des Occidentaux, Moscou se trouve donc face à une équation bien difficile à résoudre, devant jouer de ses contacts avec Damas et Téhéran tout en sécurisant ses intérêts en Syrie. Selon la source diplomatique, « l’Iran tient mordicus à sa présence en Syrie parce qu’elle est vitale » pour compléter le projet du croissant chiite allant de l’Iran au Liban, en passant par l’Irak et la Syrie. « Les Iraniens savent ce qu’ils veulent », tandis que si la Russie souhaite « être le seul maître à bord en Syrie, elle n’en a pas les moyens », ajoute la source précitée, qui précise que Moscou « attend des négociations avec les Occidentaux : il peut monnayer son divorce avec les Iraniens, s’assurer que Bachar el-Assad ne va pas se jeter dans les bras de l’Iran ». 

Les Russes « sont assez prudents, ils ont une vision stratégique, mais la manière dont elle s’échelonne sur les années qui viennent n’est pas claire », observe-t-il. Après sa rencontre avec M. Netanyahu, le dossier iranien devrait rester à l’ordre du jour de l’agenda russe, alors que M. Poutine doit rencontrer son homologue américain, Donald Trump, le 16 juillet prochain à Helsinki où la présence de Téhéran en Syrie devrait être au cœur de toutes les discussions.



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gaby sioufi

comme s'ils y pouvaient quelque chose ?
putin n'a pas bien mesure son alliance avec les perses... il aurait du mieux comprendre leur histoire..... SURTOUT en s'alliant assad !

FAKHOURI

“Les seuls regrets doivent naître des choses que l’on n’a pas pu accomplir.”
de Albertine Sarrazin
Extrait de Biftons de prison

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS PREFERENT VOIR LES AUTRES DELOGER LES IRANIENS ET LEURS ACCESSOIRES DE SYRIE !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

OUI BIEN SUR MAIS ILS NE SAVENT PAS COMMENT S,Y PRENDRE !

Bery tus

Tout est Clair et tous sauf les iraniens et ses supplétifs arabes seuls ne savent pas ce qui se passe

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