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Moyen Orient et Monde

L’offensive du régime sur Deraa se terminera-t-elle rapidement ?

Syrie

Déluge de feu sur les zones rebelles au Sud, où les forces syriennes et russes avancent rapidement.

06/07/2018

L’échec des négociations entre le régime syrien, son allié russe et les rebelles de la province de Deraa aura coûté cher. Cette région, berceau de la révolte contre le président syrien Bachar el-Assad, a été la cible d’une attaque de grande ampleur de la part de l’armée syrienne et de l’aviation russe hier. Avec près de 600 frappes, elle représente l’épisode le plus violent de l’offensive lancée le 19 juin contre les rebelles présents dans cette zone du Sud syrien. « Les avions syriens et russes tentent de transformer ces zones en enfer », a affirmé hier le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, en parlant d’un « bombardement hystérique sur la province de Deraa, dans une tentative de faire plier les rebelles après leur refus de se soumettre aux conditions russes pour un arrêt des combats ». « Les avions russes suivent une politique de la terre brûlée », a dénoncé Hussein Abazeed, porte-parole du commandement conjoint rebelle des opérations du Sud.

En deux semaines, à la suite d’accords dits de « réconciliation », qui s’apparentent plus à des capitulations, menés entre les rebelles et les Russes, le régime syrien a réussi à reprendre une trentaine de localités dans la région de Deraa. Certaines se sont même rendues sans combattre. Au total, pour l’instant, les forces de Bachar el-Assad ont repris 60 % de la région. La stratégie du rouleau compresseur russo-syrien, consistant à pilonner massivement jusqu’à la capitulation, comme c’était le cas à Alep et dans la Ghouta orientale, continue d’être pleinement mise en œuvre.
Mais cette avancée rapide des forces syriennes semble moins due à une performance de l’armée qu’à des conditions géographiques favorables. « La progression a été rapide les deux premières semaines car l’attaque de l’armée syrienne s’est effectuée dans des zones “faciles” de la province de Deraa (…). L’est de la province, entre la route reliant Deraa à Damas et les zones druzes, est une région assez peu peuplée et semi-désertique. Ça n’a donc pas été d’une trop grande difficulté », affirme à L’Orient-Le Jour Fabrice Balanche, géographe français spécialiste de la Syrie. Mais la stratégie syro-russe pourrait s’avérer plus efficace sur la région du Sud syrien que dans celles précédemment reconquises par le régime, notamment en raison du peu de soutien dont les rebelles du Sud disposent actuellement.


(Lire aussi : Le Hezbollah participerait à l'offensive du régime Assad dans le Sud syrien, selon Reuters)

En finir  « le plus vite possible  »
L’annonce des Américains, en août 2017, de suspendre leur aide militaire et financière aux rebelles du Sud a été un coup très dur. La Maison-Blanche a, de surcroît, fait savoir qu’elle ne s’opposerait pas à l’offensive du régime. « Trump s’est rendu compte que les rebelles sont incapables de représenter une solution alternative à Bachar el-Assad et qu’ils comptent parmi eux des groupes jihadistes, comme l’État islamique (EI) ou al-Nosra (…). Mais l’objectif de Trump est d’éliminer les cellules jihadistes, et cela explique qu’il soit toujours dans le nord du pays et qu’il continue à soutenir les Kurdes », explique Fabrice Balanche. La fermeture des frontières israéliennes et jordaniennes a par ailleurs rendu encore plus délicates les possibilités de fuites ou de replis. « Les rebelles du Sud, contrairement à ceux du Nord, qui disposent du parapluie turc, ne disposent guère de soutien désormais. Eux-mêmes n’ont guère d’espoir et ont été partagés entre des négociations pour rendre la zone au régime ou se battre jusqu’à la fin », précise à L’OLJ Julien Théron, enseignant à Sciences Po Paris et spécialiste des questions de sécurité au Moyen-Orient. Dans ce contexte, « les acteurs régionaux et internationaux prennent acte et espèrent que le conflit se terminera le plus vite possible, en participant activement à la restauration du régime (Russie et Iran) ou en l’acceptant passivement (Européens, Américains, pays du Golfe). Damas n’aura respecté ni le processus d’Astana ni l’accord russo-jordano-américain, et reconquiert avec l’aide de ses parrains les zones dites de désescalade », insiste-t-il.


(Pour mémoire: Les rebelles refusent de capituler à Deraa)


Mais si l’offensive a pu se révéler rapide les deux premières semaines, la suite pourrait s’annoncer plus compliquée et donc potentiellement plus longue. « L’offensive a été très efficace les deux premières semaines. Mais là, elle ralentit du fait de l’arrivée de l’armée syrienne dans des zones urbaines de plus en plus peuplées. Par ailleurs, plus l’offensive se poursuivra, plus elle aura à faire à des combattants beaucoup plus aguerris, comme ceux du Front al-Nosra, dans des zones géographiques très difficiles à prendre », indique Fabrice Balanche. « Et quand les combats vont se rapprocher du plateau du Golan, il sera plus délicat d’utiliser l’aviation. Car si les avions s’approchent trop près du Golan, l’armée israélienne est capable de les abattre (…). Les rebelles vont donc chercher à s’installer près de la frontière israélienne pour être “protégés” », conclut-il. Israël a d’ailleurs mis en garde hier l’armée syrienne dans son offensive contre les rebelles et a assuré dimanche dernier qu’il avait renforcé ses unités de chars et d’artillerie déployés sur le plateau du Golan.
Sous forte pression, les rebelles et les émissaires russes ont annoncé hier une reprise des négociations, à la suite d’une médiation jordanienne.
« Les pourparlers vont reprendre », a déclaré à l’AFP un porte-parole des rebelles, Hussein Abazeed, alors que l’OSDH indiquait en fin de journée que les raids du régime et de son allié russe avaient cessé. Les rebelles « attendent de voir si la réunion aura lieu au poste frontalier de Nassib ou (dans la ville de) Bosra al-Cham, au même endroit que la dernière fois », a précisé M. Abazeed.
Reste à savoir si ces pourparlers aboutiront à un résultat qui fera avancer les choses ou s’ils se solderont par un échec, comme les trois cycles précédents de négociations.


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Tabet Ibrahim

Je ne suis pas particulièrement pro-Assad qui a fait assassiner plusieurs personnalités libanaises et a bombardé son propre peuple. Mais il représente la légalité, bénéficie du soutien d'une grande partie de la population et combat la menace islamiste. Alors le plus tôt on en finit, le mieux c'est.

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