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Moyen Orient et Monde

Israël joue la carte humanitaire à Deraa

Syrie

Des négociations auraient eu lieu hier pour rendre au régime certaines localités rebelles du Sud-Ouest syrien afin d’éviter une attaque de Damas et de son parrain russe.

30/06/2018

Bombardements incessants du régime, exodes massifs de civils, négociations entre les belligérants et les rebelles : après Alep et la Ghouta orientale, le même scénario se répète désormais à Deraa. L’enjeu de la bataille est symbolique d’abord : cette ville réputée prorégime s’est transformée en berceau de la révolution qui a enflammé le pays en 2011. Politique ensuite : Damas contrôle désormais près de 60 % du territoire national, et la province de Deraa, stratégiquement placée entre Israël et la Jordanie, est l’une des dernières poches rebelles du pays.

Pour remporter cette partie, Damas et Moscou n’ont pas lésiné sur les moyens. Raids aériens incessants, tirs d’artillerie... les rebelles disposent d’une marge de manœuvre bien limitée pour contrer l’offensive lancée il y a dix jours par les forces progouvernementales. La stratégie des dirigeants syrien et russe est d’autant plus facilitée par la récente annonce de Washington selon laquelle il ne viendrait pas au secours des insurgés si le régime syrien les attaquait dans le Sud syrien. Un élément qui constitue un moyen de pression supplémentaire pour les alliés face aux rebelles pour les faire plier sur le terrain et qui semble déjà porter ses fruits.

Selon des sources concordantes, des négociations étaient en cours hier pour permettre à plusieurs localités rebelles du Sud syrien de revenir sous contrôle du régime et échapper ainsi à l’offensive menée contre les territoires insurgés, a rapporté l’AFP. « Des agents de la police militaire russe dirigent ces négociations visant à aboutir à des accords de réconciliation », a indiqué Rami Abdel Rahmane, le directeur de l’OSDH, ajoutant que « la tendance générale est d’accepter ces accords ». « Certaines localités sont en faveur de cette réconciliation », par peur des raids aériens et des tirs d’artillerie, estime Ahmad Abazid, un militant sur place, interrogé par l’AFP. « Tous les groupes armés sont dans un état d’effondrement, dans un état de défaite », a déclaré hier le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. « Plusieurs de ces mouvements ont commencé à revoir leurs calculs et cherchent à obtenir des accords de réconciliation », a-t-il affirmé, alors que son mouvement est écarté de la bataille à la suite d’un accord russo-israélien sur le retrait des Iraniens et de ses obligés du Sud syrien. Selon l’agence officielle syrienne SANA, trois localités auraient déjà fait l’objet d’un règlement ces deux derniers jours en acceptant de passer sous le contrôle de Damas.

Si de nombreux observateurs font des analogies entre les offensives du régime à Alep, dans la Ghouta et à Deraa, un nouvel acteur de taille s’est invité dans la partie. Les affrontements ont poussé les civils à fuir en urgence soit vers des zones contrôlées par les forces progouvernementales, soit vers la frontière jordanienne et vers le plateau du Golan, annexé par Israël. Au total, plus de 120 000 personnes ont été jetées sur les chemins de l’exode, rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’homme. L’État hébreu voit d’un mauvais œil cet afflux de déplacés non loin de ses frontières alors qu’il lutte déjà avec véhémence contre la présence de Téhéran, son ennemi juré, en n’hésitant pas à s’introduire par les airs dans le Sud syrien pour frapper des infrastructures iraniennes.
Dans cette optique, Israël a fait parvenir des aides à des civils réfugiés dans la partie syrienne du plateau du Golan, a annoncé hier l’armée israélienne. Dans la nuit, des tonnes de produits alimentaires, notamment pour les nourrissons, des habits ainsi que des médicaments ont été envoyés à ces déplacés installés dans un campement informel, a indiqué le communiqué sans préciser comment ce matériel avait été transféré en territoire syrien. « Des dizaines de milliers de civils syriens fuyant les hostilités vivent dans des conditions misérables dans des camps proches de la frontière avec Israël. (...) Nous avons offert une aide humanitaire à ces camps installés dans le Golan syrien, tout en poursuivant notre politique de non-intervention dans le conflit », a affirmé l’armée israélienne. Selon le communiqué, l’armée a affirmé suivre « de très près les développements dans le sud de la Syrie et être préparée à différents scénarios. (...) Nous ne permettrons pas aux Syriens d’entrer en Israël et nous continuerons de préserver nos intérêts sécuritaires ». L’aide aux rebelles peut être perçue comme un moyen pour l’État hébreu de démontrer qu’il ne se satisfait pas de l’accord passé avec les Russes et qu’il a toujours son mot à dire dans le futur de cette région.

Options limitées pour les civils
Les ONG sont quant à elles débordées par une situation humanitaire catastrophique, qu’elles avaient pourtant anticipée, mais qui va désormais au-delà de leurs prédictions. « La situation se dégrade très rapidement », souligne à L’Orient-Le Jour Rachel Sider, conseillère politique et de plaidoyer au bureau d’intervention en Syrie du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC). Selon des sources locales, « il y a des exodes massifs, des pénuries d’eau, les refuges sont extrêmement bondés, des civils dorment en plein air », rapporte-t-elle depuis Amman. « Le prix des transports vers l’Ouest augmente à la minute », ajoute-t-elle.
En pleine détresse, les civils ont des options bien limitées pour tenter de trouver refuge alors que les pays voisins craignent un afflux de déplacés trop près de leurs frontières. La Jordanie, qui accueille déjà quelque 650 000 réfugiés syriens, a appelé la communauté internationale à aider les déplacés. « La Jordanie a atteint le maximum de sa capacité d’accueil de réfugiés », a déclaré le ministre jordanien des Affaires étrangères Ayman Safadi sur la chaîne al-Jazeera jeudi soir.

Pour le moment, la ville de « Quneitra est perçue comme le seul endroit sûr restant » pour les civils, confie à L’OLJ une source humanitaire ayant requis l’anonymat. De même, « de nombreuses agences d’aide ont été forcées de suspendre leurs opérations ou on été déplacées et opèrent principalement depuis Quneitra et Soueida », précise cette source. « Il est extrêmement difficile pour les organismes humanitaires locaux d’offrir une assistance » dans le cadre actuel, note pour sa part Mme Sider. « Les humanitaires doivent rester en sécurité tout en gérant des foules massives dans de petits villages qui n’ont pas forcément les infrastructures » nécessaires pour répondre aux besoins de tous, observe-t-elle.
La gravité de la situation sans cesse fluctuante rend encore plus difficile pour les ONG l’adoption d’une vision à long terme sur le terrain. « Ce n’est vraiment que le début de l’opération militaire », explique à L’OLJ Eva Pilipp, humanitaire au sein du Comité international de la Croix-Rouge à Damas. « Les agences humanitaires doivent pouvoir faire leur travail, et l’aide doit pouvoir être acheminée sans conditions », poursuit-elle avant de préciser que « les infrastructures civiles, telles que les hôpitaux et les écoles, doivent être protégées par l’ensemble des parties ».


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