Liban

Le gouvernement suspendu aux développements régionaux

Décryptage
02/07/2018

Les résultats des élections législatives et la désignation de Saad Hariri pour former le nouveau gouvernement ont concordé avec d’importants développements régionaux et internationaux. Il y a eu ainsi l’opération appelée « La victoire en or » menée par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite contre Ansarullah (les houthis) dans la province de Hodeida au Yémen, et la tournée importante dans la région des émissaires du président américain Donald Trump, Jared Kushner et Jason Greenblatt, pour obtenir le maximum d’adhésions arabes au plan de règlement du conflit israélo-palestinien sous le titre de « deal du siècle ».

Selon des sources diplomatiques arabes au Liban, les Américains et leurs alliés arabes et régionaux pensaient que le timing était idéal pour renverser les rapports de force dans la région et porter un coup fatal à l’Iran et à ses alliés, en poussant vers l’adoption du « deal du siècle ». Ils se basaient sur les données suivantes : l’opération « La victoire en or » devait permettre à la coalition menée par les Saoudiens de remporter une victoire rapide contre Ansarullah dans cette région stratégique, dont le port est leur seule ouverture sur la mer. Ce qui porterait un coup fort à l’Iran, déjà affaibli par les nouvelles sanctions américaines qui provoquent de plus en plus de troubles sociaux et sont en train de faire éclater la cohésion interne iranienne. De même, les pays arabes qui auraient pu protester contre ce deal sont actuellement occupés par leurs problèmes internes, l’Irak se débat encore avec les résultats des dernières législatives, la Jordanie est menacée de troubles internes et n’a d’yeux que pour les développements dans le sud de la Syrie, la Syrie est plongée dans ses problèmes internes et le Liban tente de reprendre son souffle après les législatives pour pouvoir former un gouvernement.

En réalité, le seul pays qui aurait pu élever la voix contre ce projet, c’est bien le Liban, où, toujours selon les mêmes sources diplomatiques, les milieux occidentaux et ceux du Golfe considèrent que l’alliance entre le président de la République et le Hezbollah a remporté la majorité des sièges parlementaires. Il faudrait donc l’empêcher de faire fructifier cette victoire au sein du gouvernement. D’où les conseils de prudence adressés aux différentes parties proches des milieux occidentaux et du Golfe, sous prétexte que les rapports de forces régionaux devraient rapidement changer. Même si beaucoup de Libanais considèrent que le Yémen est très éloigné et voient mal comment une défaite d’Ansarullah à Hodeida pourrait avoir une répercussion sur l’intérieur du pays et sur l’ensemble de la région, les sources diplomatiques arabes en poste à Beyrouth estiment que depuis l’émergence du fameux axe dit de la résistance, les différentes scènes et les champs de bataille fonctionnent comme des vases communicants, et une défaite d’Ansarullah au Yémen devrait avoir un impact sur l’Iran et ses alliés au Liban.

Il s’agissait donc d’attendre un peu un changement important dans la situation régionale. Toutefois, la réalité sur le terrain n’a pas été à la hauteur des attentes de l’administration américaine et de ses alliés régionaux. L’opération à Hodeida s’enlise au point qu’il est désormais question de placer le port sous contrôle de l’ONU. Ce qui est en soi le signe d’un recul de la coalition menée par l’Arabie saoudite qui ne pourra plus fouiller les navires qui y entrent, imposant ainsi un blocus à la ville et à la province. Même si, selon des critères purement militaires, on ne peut sans doute pas parler d’une victoire décisive d’Ansarullah, le fait que tous les moyens utilisés par la coalition (bombardements aériens et maritimes, invasion terrestre) n’ont pas réussi à lui permettre d’avancer de façon significative sur le terrain est déjà le signe de l’échec du plan établi.


(Lire aussi : Gouvernement : les obstacles internes continuent d’entraver le processus)


De même, concernant le fameux « deal du siècle », jusqu’à présent, toutes les démarches menées dans ce sens n’ont pas réussi à convaincre une seule partie palestinienne de donner son accord. Ni les menaces militaires ni les promesses économiques n’ont poussé le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et ses représentants à accepter les propositions du président américain. Les négociations ne sont certes pas terminées, mais elles semblent devoir prendre plus de temps que prévu. Et leur issue n’est pas garantie en faveur de l’adoption du plan américano-israélien.

Reste le troisième élément qui consiste à miser sur un effondrement du régime iranien en raison de la crise économique qui fragilise le tissu interne. Depuis quelque temps, les médias évoquent ainsi régulièrement des incidents à l’intérieur du pays ainsi que « le démantèlement de cellules dites terroristes ». Selon les rapports diplomatiques occidentaux, le régime serait très affaibli et, selon la presse et les instituts de recherche américains, Donald Trump estime que les sanctions sont en train de porter leurs fruits. Ce ne serait plus qu’une question de temps pour que le régime iranien soit contraint à changer sa politique régionale, s’il parvient à se maintenir.

Toutefois, il existe une autre lecture de la situation en Iran qui se base sur les données suivantes : lorsque la République islamique est née, elle avait le monde entier contre elle et elle avait même été entraînée dans une guerre meurtrière contre l’Irak. Malgré cela, elle a tenu bon. Elle a même survécu à la mort de l’ayatollah Khomeyni et aujourd’hui, sa position est bien plus solide. Pour la première fois depuis sa création, elle est en train de construire des raffineries de pétrole pour ne plus avoir à acheter de l’essence (l’Iran est l’un des rares pays du monde à produire du pétrole sans le raffiner) et elle cherche de plus en plus d’autosuffisance en matière agricole.

Concernant sa politique régionale, certains experts de l’Iran précisent qu’en dépit de quelques protestations, la majorité des Iraniens sont convaincus que l’appui à la Syrie, à l’Irak, au Hezbollah et aux Palestiniens est l’un des fondements de la force de l’Iran et ne doit donc pas être remis en question. Une politique avisée ne peut donc pas être basée sur l’attente de la chute imminente du régime iranien. Surtout pas au Liban, où les dossiers sociaux et autres sont pressants et ne souffrent aucune lenteur...



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stambouli robert

En réalité, le seul pays qui aurait pu élever la voix contre ce projet, c’est bien le Liban,

ENCORE VOUS MADAME?
Vous prenez les Libanais pour des imbeciles?

De quel projet parlez vous? personne n'a encore un texte et vous vous permettez de commenter et de dire que nous serions les seuls a elever nos voix contre

pourquoi le ferions nous?Et si ce projet permettait a TOUS les palestiniens de revenir dans le nouvel Etat Palestinien pourquoi devrions nous protester?

On aurait plus de refugies palestiniens au Liban et on pourrait meme si on le voulait naturaliser certains qui le merite bien au lieu des autres qui ont ete naturalises en Mai

le Liban a assez souffert du probleme palestinien et si il etait resolu on aurait pas le desir ni la volonte de nous y oppose SEUL

Mais pouvez vous comprendre cela vous Madame?



Irene Said

Ya pas (encore) le feu chez nous, tout baigne... à la libanaise...ne vous en faites surtout pas chers compatriotes !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ENCENSER LES UNS ET JETER L,ANATHEME SUR LES AUTRES OU PRESENTER LE BLANC EN NOIR ET LE NOIR EN BLANC C,EST DU PARTI PRIS TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD. EN QUOI S.V.P. L,AFFAIRE DE HODEIDA AU YEMEN ET D,AUTRES EVENEMENTS INTERNES A D,AUTRES PAYS DE LA REGION ET COMMENT PEUVENT-ILS SE REPERCUTER SUR LA FORMATION DU GOUVERNEMENT LIBANAIS ? C,EST DU BARATIN AUX QUATRE EPICES ! LES LIBANAIS ONT DE LA JUGEOTTE !

gaby sioufi

aux lecteurs de l'infame OLJ qui n'a de cesse d'oublier le postivisme de aoun HN vali fakih assad et consorts:

n'oubliez surtout pas les evenements attendu suivants,oublies par S haddad :
les embrassades putin/trump, l'Union entre les 2 corees , la remise de la Crimee a l'Ukraine finalement le scoop de l'annee : la demission d'A Merkel.
apres cela soyez assures le gouv sera bel et bien forme.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE BARATIN EST MAITRE INCONTESTABLE TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD DE VOTRE ARTICLE ! MEME LES MINCES TRESSAILLEMENTS D,UNE MOUCHE QUELQUE PART DANS UN PAYS DE LA REGION SE REPERCUTENT... A VOUS LIRE... DANS L,ATOLL LIBAN ! DE GRACE, TRES CHERE MADAME, NE MALMENEZ PAS L,INTELLIGENCE DES LIBANAIS !

yves kerlidou

Seule Scarlette ne sait pas :
Eau polluée : nouvelles violences dans le sud de l'Iran
AFP 02/07/2018
De nouveaux affrontements nocturnes ont opposé les forces de l'ordre à des manifestants dénonçant une pollution de l'eau dans le sud-ouest de l'Iran, rapporte lundi l'agence officielle iranienne Irna.

Bery tus

Oui d’accords ... mais pq alors la monnaie dégringole et les 38% de la population est au chômage ?!

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