Liban

Gouvernement : une question de timing !

Décryptage
30/06/2018

De l’avis des deux camps, la rencontre jeudi entre le président de la République et le Premier ministre a été très positive. Même si elle n’a pas permis d’avancer concrètement dans la formation du gouvernement, elle a eu le mérite de clarifier les positions et d’assainir le climat général. Selon des sources proches des deux parties, le chef de l’État et le Premier ministre sont conscients de l’existence de pressions externes destinées à retarder la formation du gouvernement. Elles seraient liées à des considérations régionales et s’inscriraient dans la volonté d’affaiblir le président, perçu comme un protecteur de la résistance et comme un empêcheur de « tourner en rond », en raison de ses positions sur les déplacés syriens et de son refus affiché de toute solution au conflit israélo-palestinien qui ne prévoit pas le droit au retour en Palestine des réfugiés.

C’est d’ailleurs sans doute parce qu’il est conscient du fait que les manœuvres sont dirigées contre lui que tout au long de la semaine écoulée, le chef de l’État a multiplié les déclarations et les occasions pour confirmer ses prises de position. En une semaine, il a prononcé plusieurs discours, touchant à des sujets divers, pour montrer essentiellement à ceux qui croient utiliser contre lui l’arme du temps qu’ils ne l’empêcheront pas d’agir et qu’il conserve l’initiative, même si un nouveau gouvernement n’est pas formé. Le communiqué publié par la présidence sur la part du chef de l’État au sein du gouvernement a aussi constitué un message ferme adressé aux différentes parties.

De même, la déclaration du député Jamil Sayyed, qui pour l’instant ne reflète officiellement que sa propre position, sur le fait que plus de 64 députés pourraient signer une pétition réclamant le désistement du Premier ministre face à son incapacité à former un gouvernement, et l’organisation de nouvelles consultations parlementaires, est venue donner une autre perspective au processus de formation du gouvernement. Pour les uns, il s’agit d’une menace ouverte adressée au Premier ministre par le camp du Hezbollah et de ses alliés, sur le fait qu’il ne peut pas s’éterniser et que d’autres sont prêts à prendre le relais. Pour d’autres, il s’agit au contraire de renforcer la position du Premier ministre désigné en lui permettant de dire à ceux qui le poussent à retarder la formation du gouvernement que s’il prenait trop de temps, un autre pourrait être désigné à sa place. Il faut toutefois préciser que la pétition, si elle devait être signée, n’a aucune valeur constitutionnelle, mais n’en constitue pas moins un moyen de pression politique et populaire.


(Lire aussi : Geagea bientôt chez Aoun pour consolider la « trêve »)


Toujours est-il que c’est dans ce contexte et après ces développements que Saad Hariri a pris le chemin de Baabda pour une réunion franche avec le président Aoun. Selon des sources concordantes, les deux hommes ont passé en revue la situation d’une façon détaillée et ils ont tous les deux convenus que le délai dans la formation du gouvernement n’a pas encore atteint la ligne rouge. De nouveaux efforts seront déployés pour défaire « les nœuds », sachant que tous deux sont convaincus qu’aucun n’est insurmontable.

Cette conviction serait due, selon des sources proches du dossier, au fait que ceux qui veulent entraver la formation du gouvernement n’ont pas en réalité suffisamment de moyens pour le faire. Même si l’administration américaine et ses alliés régionaux et autres ne souhaitent pas permettre au chef de l’État de réussir son mandat et veulent en même temps entraver un gouvernement qui reflète le nouvel équilibre des forces au Parlement, ils ne peuvent pas aller loin dans ce projet. D’abord parce que la carte sécuritaire n’est plus tout à fait entre leurs mains, depuis que les différents services de sécurité et l’armée multiplient les efforts conjoints pour lutter contre les cellules terroristes et depuis que la frontière libano-syrienne a été pacifiée. Ensuite, la carte économique qui est entre leurs mains – en raison de la crise au Liban, doublée du poids des déplacés syriens – ne peut pas non plus être utilisée à fond pour trois raisons. La première est que l’effondrement financier et économique du Liban entraînerait une vague d’émigration vers l’Europe, mais cette fois, en plus des Syriens, il faudra aussi compter avec les Libanais qui prendront le chemin du départ. Ce qui serait un véritable cauchemar pour les Européens. La deuxième est qu’en cas de chaos au Liban, nul ne pourrait plus garantir la stabilité à la frontière sud du pays, n’importe quel petit groupe, palestinien ou autre, pouvant alors lancer une attaque sans le moindre contrôle, et enfin, la troisième raison que si l’État était déclaré en faillite et que les institutions sont paralysées, cela pourrait profiter au Hezbollah ou en tout cas faire perdre aux Américains et à leurs alliés les leviers qui leur restent encore au Liban.


(Lire aussi : Travaux de force, l'édito de Issa GORAIEB)


Pour toutes ces raisons, ceux qui suivent le dossier de la formation du gouvernement sont convaincus que celle-ci ne peut pas s’éterniser parce que, au fond, ce n’est dans l’intérêt de personne. Par contre, il ne s’agit pas non plus de faciliter les choses. Au contraire, il faut maintenir la pression sur le président et sur le gouvernement... Tout serait donc une question de timing ! Le moment venu, le scénario de la détente est prêt. Le Premier ministre parviendra à convaincre le leader druze d’un compromis, le chef des FL montera à Baabda pour régler « le nœud » dit des FL et par la même occasion relancer « l’entente de Meerab » en cherchant à renforcer sa position, et le chef de l’État choisira une personnalité sunnite comme ministre qui ne sera pas considérée comme un défi à Saad Hariri... Il faut donc juste attendre le bon moment et la mise en scène adéquate.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FAUT BIEN LIRE L,EDITORIAL DE MONSIEUR ISSA GORAIEB SURTOUT PAR LES RESPONSABLES/IRRESPONSABLES POUR SE REVEILLER PEUT-ETRE !

NAB

La formulations de ces articles sont droles a la limite du pitoyable.. D’autres croient que le monde regarde le Liban et qu’un pays de 10,452km2 pouvait provoquer chaos et destablisation dans le monde et la region. Les pressions financieres ne sont du qu’a la corruption des dirigeant et prétendre que celles ci viennent de l’exterieure alors que le Liban ne fait que recevoir des aides depuis des decenies est juste incroyablement ignorant.

Le monde avance, le liban recule, les libanais mettent la faute sur les autres.. revenez sur terre vois faites pitiez

stambouli robert

Mais je reve
C'est uniquement Geagea et Joumblat et un peu moins Hariri qui bloquent la formation du gouvernement'
pas HB , pas le CPL , personne d'autre
A force de parti pri , on n a meme plus envie de vous lire chere madame

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DES PRESSIONS EXTERNES... LE BARATIN AU MENU TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD DE TRES BONNE HEURE AUJOURD,HUI. NOUS NE DEJEUNONS PAS DE CETTE PITANCE. GRACE A DIEU LES LIBANAIS ONT DE LA JUGEOTTE. PRIERE EN PRENDRE NOTE !

gaby sioufi

C bon encore une fois ns avons compris.
le monde entier en veut a HN,
Lui ne veut que du bien au monde entier.
meme si cette fois - ci son discours a ete clair dans un nouveau sens, celui d'en vouloir au FL.
Bien sur puisqu'au Liban C LA SEULE FORMATION, celle des kataeb en + qui non seulement n'a ni honte ni peur de vali fakih,
mais qui aussi ne fait pas du leche cul, des marches et autres embrassades publiques encore moins privees.
Grand Merci HN moumanaa et tous leurs sbires d'avoir re-confime la position libanaise la seule parlant LIBAN... celle des FL/Kataeb
Grand Merci de re-confimer qu'ILS sont LES SEULS a leur faire peur, a force de LIBANISME.

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