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Liban

Les carrières illégales à Jezzine : lutte contre la défiguration ou affaire politique ?

Environnement

« Le président de la Fédération des municipalités a classé son village “zone verte” alors qu’à deux pas de chez lui, un massacre est commis tous les jours », s’est insurgé Fadi Romanos.

26/06/2018

Dans le dossier des carrières illégales au Liban, la parole s’est enfin libérée, semble-t-il. Après Akoura et Tannourine, c’est au tour de Jezzine d’élever la voix contre la défiguration de ses montagnes. La région est menacée par deux projets, l’un en cours de réalisation et un autre qui s’apprête à voir le jour.
Dans ce cadre, une réunion a eu lieu hier entre le ministre de l’Environnement Tarek el-Khatib et une délégation de la région de Jezzine, composée du député Ziad Assouad, du président de la Fédération des municipalités de Jezzine Khalil Harfouche, du président du Conseil municipal d’Anan Joseph Matta et du coordinateur du département du Courant patriotique libre à Jezzine Antoine Farhat.
« Nous avons déposé une plainte auprès de M. Khatib concernant une carrière illégale à Mrah el-Hbas dont les travaux ont été arrêtés déjà par une décision émise par le ministre de l’Environnement, avant qu’un permis ne lui soit accordé par le ministre de l’Intérieur pour relancer ses travaux », a déclaré M. Harfouche à l’issue de la réunion. « Avec M. Khatib, nous avons décidé d’effectuer une tournée dans la zone concernée pour examiner les lieux et mettre en lumière les dégâts catastrophiques de cette carrière. Un mouvement populaire et une couverture médiatique accompagneront cette tournée », a-t-il ajouté.


(Lire aussi : Paul Abi Rached à « L’OLJ » : Les décisions sur les carrières constituent une violation flagrante de la loi)


M. Harfouche a par ailleurs révélé que le ministre Khatib a envoyé hier une note au procureur général pour l’environnement du mohafazat du Liban-Sud, dans laquelle il insistait sur sa décision d’arrêter les travaux d’exploitation de la carrière illégale à Mrah el-Hbas et appelle au gel de la circulaire émise par le ministère de l’Intérieur, puisque tout permis d’exploitation de carrières camouflées sous d’autres appellations et émis par des parties autres que le Haut Conseil des carrières constituent une violation à la loi.
« Le second projet en gestation concerne la région de Kfarfalous pour laquelle un projet de carrière énorme, sur une superficie de deux millions de mètres carrés, est envisagé. Un permis de bonification de terrain de la part du ministère de l’Agriculture ainsi qu’une circulaire émise par le ministère de l’Intérieur ont été accordés pour la réalisation du projet », a enchaîné M. Harfouche avant de poursuivre : « Il y aura un mouvement populaire d’opposition à ce projet. »
Joint au téléphone par L’Orient-Le Jour, M. Assouad a affirmé que l’affaire est politique et juridique par excellence. « Outre le permis accordé par le Haut Conseil des carrières, tout document autorisant l’installation de carrières est illégal », a-t-il rappelé. « À Mrah el-Hbas, ce sont le courant du Futur et son chef Saad Hariri ainsi que le ministre de l’Intérieur Nouhad Machnouk qui assurent une couverture politique et sécuritaire aux entrepreneurs du projet, en l’occurrence la compagnie de Mohammad Chamma’ (proche de Saad Hariri et cousin de Nasser Chamma’, président du conseil d’administration de Solidere) », a révélé le député aouniste.


(Lire aussi : Après Aqoura et Tannourine, c’est au tour du jurd de Batroun d’être menacé par les carrières)


« À Kfarfalous, par exemple, ni le terrain est classé agricole ni le ministère de l’Agriculture est la partie autorisée à accorder des permis d’exploitation de carrières », a déploré le député de Jezzine avant de conclure : « Il s’agit d’un excès de pouvoir, de violations de la loi et de pots-de-vin. » M. Assouad a finalement assuré qu’une opposition à plusieurs niveaux sera menée afin de mettre un terme à ces projets, que ce soit sur le plan juridique, politique, partisan et populaire.
De son côté, Fady Romanos, vice-président de la Fédération des municipalités de Jezzine et président du conseil municipal de Lebaa, a dénoncé le caractère illégal des travaux entrepris dans la région, qui affectent quatre villages, dont le sien. « Outre la carrière et la bétonneuse, d’autres bâtiments et industries ont été construits illégalement sur des terrains détenus en indivision appartenant généralement à l’ensemble des habitants de Lebaa », a-t-il martelé.

M. Romanos a finalement précisé qu’à l’issue d’une réunion, le conseil municipal a décidé de charger le député Ziad Assouad d’intenter un procès afin d’arrêter les travaux de la bétonnière et de la carrière. « Nous avons attendu pendant un an que M. Harfouche prenne en charge ce dossier, mais en vain », s’est-il plaint avant de conclure : « Comment M. Harfouche a-t-il signé un accord avec des parties étrangères pour classer Jezzine zone verte, alors qu’un massacre est en train d’être perpétué tous les jours à cinq minutes de chez lui ? »



Voir aussi notre dossier spécial
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George Khoury

je n'y comprend rien mais j'espere une seule chose, voire pendre tout nos politiciens, TOUS

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES CARRIERES SONT UNE NECESSITE. CHOISIR LEURS EMPLACEMENTS EN RESPECTANT L,ECOLOGIE ET LA NATURE EST UN DEVOIR. BIEN ETUDIER AVANT D,EMETTRE DES PERMIS EST UNE OBLIGATION.

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