Liban

Journée de l’environnement : de l’action plutôt que du folklore !

Pause verte
09/06/2017

Il y a vraiment de quoi célébrer la Journée de l'environnement, qui tombe le 5 juin. Au Liban, quantité de concours pour enfants, de visites médiatisées de réserves naturelles, de déclarations pompeuses... viennent ponctuer cette journée qui se transforme en véritable concentré de bons sentiments à la guimauve.

Sans vouloir minimiser l'impact de telles actions sur la sensibilisation du plus grand nombre, on ne peut que constater que le bilan de l'état de l'environnement dans ce pays est des plus sombres :
- des fleuves dont l'eau est devenue vecteur de mort plutôt que de vie, poussant les riverains à des actions désespérées comme le remblayage du cours, dans une vaine tentative de sauver ce qui reste de leur qualité de vie ;
- un littoral où les experts d'une grande université déconseillent vivement la baignade, vu les résultats alarmants des tests effectués sur l'eau de mer ;
- des montagnes largement entamées par les carrières sauvages : la seule tentative de réglementation de ces dernières années s'est soldée, il y a quelques semaines, par une tragi-comédie dont les héros étaient les ministres de l'Environnement et de l'Intérieur. Ces derniers, par un habile chassé-croisé d'accusations réciproques, ont réussi l'habituel tour de magie de faire perdurer le chaos destructeur par une inaction qui bénéficie aux contrevenants ;
- des biens-fonds maritimes qui font l'objet d'empiétements de plus en plus prononcés, et de rares jardins publics de la capitale qui attirent les convoitises des entrepreneurs plutôt que les visiteurs ;
- une désastreuse gestion des déchets, sans vision à long terme pour une sortie de crise et avec des services dont la qualité baisse à vue d'œil ;
- une pollution de l'air qui se maintient à des niveaux alarmants, en raison des très polluants secteurs de l'énergie (par des centrales vétustes mais aussi par la multiplication des générateurs de quartier) et des transports.
La liste peut se prolonger à l'infini...

Dans un tel contexte, est-il utile que la Journée internationale de l'environnement soit un prétexte à célébration plutôt qu'une invitation au bilan ? Dans ce dernier cas, l'objectif ne serait pas de pousser le public au désespoir, mais à l'action. Face à l'incompétence des autorités au Liban et aux risques sanitaires encourus en raison de la gravité de la dégradation écologique, pourquoi ne pas considérer cette journée de l'environnement comme une occasion de réfléchir à l'impact de cette pollution sur nos vies, et sur le rôle de chacun dans la restitution de villes et villages dignes de ce nom, où la qualité de vie des habitants aurait la place qu›elle mérite, c'est-à-dire primordiale ?

Pour cela, rien ne doit distraire de poser les bonnes questions : comment la société civile peut-elle s'organiser face à une classe dirigeante incompétente ou sans scrupules, prompte à servir des intérêts privés ? Force est de constater que les succès de cette société civile, malgré certains efforts louables, restent trop rares pour être significatifs. Engager une réflexion sur la stratégie à suivre semble plus que jamais d'actualité.

Autre question, autre perspective : ne peut-on envisager le changement à partir des comportements individuels? Après tout, la pression peut venir de la population, et pas que dans un contexte de contestation : si nous changions nos habitudes en matière de tri des déchets à la source, si nous modifiions nos modes de consommation et exigions des produits plus naturels, moins pollués, si nous privilégiions le commerce de proximité, si nous arrêtions de prendre la rue, les plages et les forêts pour nos décharges... la politique au sens plus général devrait suivre.

Une pression populaire pour l'adoption de politiques rationnelles et globales, un changement en profondeur des comportements et des habitudes, une réelle exigence de qualité de vie... les trois piliers d'une action citoyenne pour inverser la tendance de l'effroyable dégradation environnementale, aussi coûteuse pour la santé que pour l'économie.

Peut-être vaudrait-il mieux considérer cette Journée de l'environnement comme un moment de prise de conscience et ne plus se contenter d'un folklore creux et de courte durée !

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yves kerlidou

Sans compter sur le petit bonhomme vert ou bleu qui balaye les rues à longueur de journée et qui revient le matin et constate que tout est à recommencer.
Ça suffit au lieu de poursuivre cette politique investissez plutôt dans la formation des citoyens, un peu de sensibilisation s'il vous plait ! messieurs les responsables de chaîne de télévision au lieu de nous passer des émissions de m... Passez de temps en temps des clips sur la protection de l'environnement, il n'y a pas que l'état qui a des responsabilités dans ce domaine

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