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Liban

Lutte contre les carrières illégales : le génie est enfin sorti de sa lampe !

Pause verte
19/06/2018

Il a trop longtemps été confiné dans sa lampe d’Aladin de l’oubli. Mais le sujet explosif des carrières non réglementées refait surface dans les médias et dans les conversations. Et pourtant, la destruction systématique des montagnes ne date pas d’hier, et elle n’a jamais cessé. L’ampleur du désastre commence-t-elle tout juste à nous paraître intolérable ? Ou le verrou de la peur chez les riverains vient-il de sauter, tant et si bien qu’ils prennent le chemin de la rue, beaucoup trop souvent occupée dans le passé par des camionneurs rendus furieux… par la fermeture de carrières illégales. Le niveau du ras-le-bol a-t-il enfin été atteint, et où mènera-t-il ?

Dans le sillage d’une vidéo choc réalisée par L’Orient-Le Jour et Live Love Beirut en avril, doublée d’une enquête et de révélations récentes et graves sur des projets de carrières à Akoura et Tannourine dans des articles de L’OLJ, puis deux articles du célèbre journaliste Robert Fisk dans le journal britannique The Independant sur le sujet – dans lesquels il a cité les enquêtes de L’OLJ–, le thème circule de nouveau sur les réseaux sociaux. À quoi s’ajoute l’appel du Mouvement écologique libanais à mettre tous les terrains du Liban sous étude, une mesure qui n’a que trop tardé. Longtemps éclipsées par d’autres problématiques comme celle des déchets, qui s’impose depuis la crise de 2015-2016, ou encore par la volonté bien compréhensible de tous ceux qui en profitent de garder ce secteur dans la clandestinité, les carrières qui ont grignoté tant de paysages font de nouveau parler d’elles.

Car ce qui a souvent entravé la lutte pour la réglementation de ce secteur, c’est bien le silence qui l’entoure la plupart du temps. Des sursauts rares et espacés de la part du ministère de l’Environnement ont donné lieu à des plans directeurs jamais appliqués, et à une loi toujours dans les tiroirs (le secteur est géré par un seul décret, qui aurait suffi à le réglementer s’il était lui aussi mis en application). Des querelles politiques, comme en 2016, ont remis le sujet sur le tapis, mais juste le temps qu’il prenne une tournure confessionnelle, voire tribale : pourquoi les carrières sont-elles actives dans telle région pas dans telle autre ? Résultat : la baguette magique opère et les sites sont interdits de fermeture. Et après l’agitation du spectre de la « dissension politique », les irrégularités du secteur s’enfoncent de nouveau dans cette opacité qui leur va si bien.

Il semble toutefois que beaucoup se révoltent et décident de faire plus que de riposter simplement sur les réseaux sociaux. Dimanche, les habitants de Mayrouba, cette localité du Haut Kesrouan sinistrée par les carrières illégales, ont observé un sit-in au cours duquel ils ont appelé les choses par leur nom... et les contrevenants par le leur. Une mesure très audacieuse, sachant que les quelques militants qui soulevaient régulièrement cette cause étaient très souvent la cible de menaces claires, selon leurs témoignages. Fait intéressant : ils ont été rejoints par les habitants de Akoura et de Tannourine, qui protestent eux aussi contre des projets de carrières chez eux (au profit d’un barrage dans une zone de gouffres à Batroun). Les langues se délient.

Serait-ce l’arme ultime, celle de la parole ? Empêcher les crimes contre la nature de s’accomplir dans un silence si propice et douillet pour les contrevenants et les politiques, qu’ils soient incompétents ou complices ? Certes, il est rare que la parole fasse réagir les autorités, mais elle libère les esprits et engage la lutte.

La situation ne souffre en effet plus de retard : les montagnes libanaises sont gangrenées par les explosifs et les excavatrices, et, en parallèle, le littoral ne fait que s’étendre par le biais des remblais et les ordures.

« Castration. » Tel est le mot employé par Robert Fisk pour décrire l’horreur de ce qu’il a découvert dans sa tournée des régions touchées par ce fléau, dont Mayrouba. Et ce n’est pas un terme trop fort : le Liban est de plus en plus amputé de ses atouts majeurs, ses montagnes uniques au Moyen-Orient et sa côte méditerranéenne, ses forêts caractéristiques et ses sources d’eau souterraines, ses paysages verts et sa biodiversité remarquable. Pour les beaux yeux de quelques personnages influents, ce pays sera bientôt – s’il n’est déjà – impuissant à développer son tourisme et son potentiel d’écotourisme, impuissant à gérer son propre territoire et son eau, impuissant à gérer son propre destin… Car laisser détruire son territoire est, en soi, un tel aveu d’impuissance.

Le silence rompu, c’est le génie de la lutte contre les carrières illégales et non réglementées qui sort de sa lampe d’oubli. Tout ce qu’on peut lui souhaiter – et nous souhaiter par la même occasion –, c’est qu’il s’échappe pour de bon. Et libère sa rage.



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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ESPERONS ET SOUHAITONS QU,ETUDES AVANT PERMIS PROTEGERONT LA NATURE PANORAMIQUE ET ECOLOGIQUE DE TOUTES LES LOCALITES DU PAYS !

gaby sioufi

quoi dire qui soit seulement encourageant , pas sceptique pour un sou ?

BON COURAGE,
ELOIGNEZ DE VOUS LES ANARCHISTES en herbe comme ceux sur le retour,
ELOIGNEZ DE VOUS LES DIVERS GROUPES PSEUDO SOCIAUX
RAPPELEZ VOUS DE L'EXEMPLE DE 2015...LORSQUE LES MOUVEMENTS SOCIAUX AVAIENT ETE INFILTRES , RAMENES A N'ETRE QUE DES MINI MOUVEMENTS AVANT LEUR DESINTEGRATION TOTALE.

Pierre Hadjigeorgiou

C'est le résultat de la gérance de tous les dirigeants incompétents depuis 1990 a ce jour! Présidents, ministres, parlementaires et chefs de municipalité compris!

Soeur Yvette

pauvre Liban !!!????Triste notre Etat ....

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