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Moyen Orient et Monde

Pour Erdogan, ça passe ou ça casse

Élections turques

Dans une campagne plus ou moins mitigée, le président joue sa crédibilité et son avenir politique.

23/06/2018

C’est la dernière ligne droite pour Recep Tayyip Erdogan. À l’occasion des élections présidentielle et législative anticipées qui se tiendront dimanche en Turquie, cinquante-cinq millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour décider, en grande partie, du sort du président turc. L’élection devrait en effet largement ressembler à un référendum pro ou anti-Erdogan. 

L’ancien chef du gouvernement doit faire face à une mosaïque d’opposition, menée par le leader du CHP (Parti républicain du peuple, centre gauche), Muharrem Ince, qui a réussi à s’organiser et à représenter une force capable de le faire vaciller, et ce même si les formations regroupées au sein de l’opposition sont de bords politiques différents (islamistes, prokurdes, laïques, etc.). Face à ce bloc, le président turc semble être en relative perte de vitesse. Il est en effet crédité de 47 % des intentions de vote au maximum selon un sondage réalisé par l’institut Gezici du 2-3 juin dernier. Cela le conduirait à un second tour qui aurait lieu le 8 juillet prochain. Par ailleurs, avec un tel résultat, l’alliance formée en février 2018 entre son parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement), et le parti d’extrême droite, le MHP (Parti d’action nationaliste), n’obtiendrait pas la majorité à la Grande Assemblée nationale, qui compte six cents élus. M. Erdogan se retrouve donc dans une position où il doit mener une course aux électeurs plus féroce qu’il ne l’avait prévu. Il s’est fait remarquer par une campagne plus ou moins mitigée résultant d’une baisse dans sa cote de popularité. Le musellement et le contrôle des médias à son profit, l’emprisonnement de journalistes et/ou de leaders politiques, l’ingérence de plus en plus évidente dans la vie privée de la population, la chute de l’économie et du tourisme, autant de domaines qui ont rendu la montée de l’opposition plus importante.

Les enjeux de ces élections sont immenses pour le président turc : il s’agit de la consolidation de son pouvoir et de sa stature. Celle-ci s’est davantage rapprochée de celle du sultan ottoman que du simple chef d’État turc, notamment grâce au référendum de 2017 et au renforcement des pouvoirs de l’exécutif et du président par un basculement d’un régime parlementaire à un régime hyperprésidentiel. L’élection anticipée a des allures de quitte ou double pour M. Erdogan : l’affermissement de sa stature ou le début de la fin de sa vie politique. 


(Lire aussi : Erdogan peine à mobiliser sa base électorale)


Les conséquences d’un second tour

Si M. Erdogan est réélu dès le premier tour, son emprise et son autorité en sortiront renforcées. Il a passé sa campagne à jouer sur les sentiments nationalistes et sur la peur de l’insécurité chez les Turcs et a cherché à persuader son peuple que le meilleur moyen de protéger la Turquie était d’élire un président fort à sa tête avec des pouvoirs renforcés. « Lors du dernier référendum, les Turcs ont approuvé la mutation d’un système parlementaire à un système présidentiel. Et après cette élection, cette décision prendra effet. Et si Erdogan est élu, il jouira alors d’une puissance encore plus grande qu’elle ne l’est en ce moment », dit à L’Orient-Le Jour Gönül Tol, directrice du département des études turques au Middle East Institute. « Le régime présidentiel est le rêve d’Erdogan, il se veut un président fort aux pouvoirs exécutifs étendus (il peut dissoudre l’Assemblée, appeler à des élections anticipées, gouverner par décret et nommer la plupart des juges et des magistrats) », détaille à L’OLJ Jana Jabbour, professeure à Sciences Po Paris, auteure de La Turquie, invention d’une diplomatie émergente (Paris, CNRS éditions, 2007). 

Mais s’il doit passer par l’étape du second tour, cela signifierait que la popularité dont il a fait l’objet jusqu’à présent est en nette baisse. « S’il devait passer au second tour, cela démoraliserait Erdogan et son parti, mais cela pourrait aussi avoir un impact sur les intentions de vote au second tour », poursuit Gönül Tol. « Un second tour aurait des conséquences négatives sur son image et sa crédibilité auprès de son électorat, et mettrait en péril son avenir politique. Il s’est toujours présenté comme un leader populaire, soutenu et apprécié par la majorité, donc cela le décrédibiliserait et l’affaiblirait », explique Jana Jabbour. « Erdogan ferait alors face à une opposition unie. L’électorat de l’opposition se rassemblerait autour d’un des cinq candidats de l’opposition et ce scénario représente un vrai danger pour lui », ajoute-t-elle. 

Mais ce scénario n’est pas du domaine de l’envisageable pour le président turc qui veut mettre toutes les chances de son côté. Et cela se voit dans ses dernières décisions. Il a mis à la disposition des Turcs de l’étranger, qui lui sont plutôt favorables, des moyens de transport gratuits pour qu’ils puissent voter. Mais il a surtout déclaré vouloir en finir avec la présence des réfugiés syriens, au nombre de trois millions et demi, sur le sol turc. « Juste après l’élection, nous chercherons à sécuriser tout le territoire syrien, à commencer par les zones proches de notre frontière, et à faciliter le retour chez eux de tous nos invités », a déclaré hier Recep Tayyip Erdogan dans un discours à Gaziantep, dans le sud-est de la Turquie. « Mais, pour ce faire, nous devons attendre les élections du 24 juin. La stabilité de la Syrie dépend d’une Turquie forte, car sinon la Syrie éclaterait en morceaux », a-t-il ajouté. Cela représente un tournant dans la politique étrangère turque, qui n’a jamais évoqué le départ prochain des réfugiés syriens. Le président a semble-t-il pris conscience que sa politique en Syrie, ponctuée de multiples volte-face, ne fait plus l’unanimité auprès de son électorat.




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LA TABLE RONDE

Le personnage est assurément détestable, hypocrite et opportuniste , mais la qualité qu'il a par rapport à ses frères musulmans du même bord , il ne se laisse pas marcher sur les pieds , n'est le larbins de personne et travaille pour la Turquie avant tout.

Ses frères devraient en prendre de la graine.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL DEVRAIT L'APPRENTI MINI SULTAN GENOCIDAIRE DES KURDES PAYER POUR LES EXACTIONS ANTIDEMOCRATIQUE ET LES NETTOYAGES ARBITRAIRES QU'IL A FAIT !

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