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Elections en Turquie : Erdogan face à une concurrence inattendue

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Les partis de l'opposition ont noué une alliance en vue du volet législatif du scrutin, pour tenter de se donner les moyens de mettre fin à l'hégémonie de l'AKP au Parlement.

OLJ/Stuart WILLIAMS/AFP
07/06/2018

Depuis son émergence sur la scène politique turque, il y a plus de 15 ans, le président Recep Tayyip Erdogan empile les victoires électorales. Mais il fait face à une concurrence inédite pour le scrutin anticipé du 24 juin.

Au pouvoir depuis 2003, en tant que Premier ministre, puis comme président, M. Erdogan s'est forgé durant ces années une réputation de mâle dominant imbattable, écœurant l'opposition à chaque scrutin. Mais les élections présidentielle et législatives du 24 juin s'annoncent comme une autre paire de manches pour M. Erdogan et son parti islamo-conservateur, l'AKP, face à une opposition qui a tu ses divisions et désigné des candidats charismatiques pour séduire l'électorat.

C'est notamment le cas de Muharrem Ince, candidat du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), un habile orateur qui, de meeting en meeting, rivalise avec M. Erdogan sur un terrain qu'il affectionne: haranguer les foules et faire vibrer la fibre nationaliste.
Une autre candidate énergique porte les couleurs de l'opposition, la cheffe du tout jeune Iyi Parti et ancienne ministre de l'Intérieur Meral Aksener, même si c'est M. Ince qui semble avoir le vent en poupe et apparaît comme le principal rival de M. Erdogan.
Les partis de l'opposition ont en outre noué une alliance en vue du volet législatif du scrutin, pour tenter de se donner les moyens de mettre fin à l'hégémonie de l'AKP au Parlement.


(Lire aussi : La difficile campagne, de sa prison, du candidat Demirtas)


Un rival "qui se ne laisse pas faire"

"L'opposition affiche pour la première fois un certain degré de coordination et d'unité", souligne Asli Aydintasbas, experte au Conseil européen des relations internationales, estimant que l'opposition pourrait "prendre le dessus" au Parlement. Selon elle, l'AKP a "sous-estimé" M. Ince dont le style mordant tranche avec celui du discret chef du CHP Kemal Kiliçdaroglu, qui n'a jamais réussi à peser face au chef de l'Etat. "Maintenant, Erdogan se trouve face à quelqu'un qui ne se laisse pas faire, un peu à son image, et les gens l'écoutent", dit-elle.

Autre défi pour M. Erdogan : alors qu'il a largement bâti sa popularité sur la prospérité économique enregistrée lors de la décennie écoulée, le contexte est désormais plus difficile, avec une dégringolade de la livre turque et une inflation galopante.
Le président "doit affronter un contexte économique difficile et une opposition étonnamment vigoureuse et unifiée", insiste Paul T. Levin, directeur de l'Institut des études turques à l'université de Stockholm. Selon cet expert, M. Erdogan et l'AKP pourraient en outre être desservis par un certain malaise dans la société turque créé par la présence de quelque 3,5 millions de réfugiés syriens dans le pays. "L'opposition en tire profit", juge-t-il.

Habitué à affronter des candidats dociles qu'il battait aisément, M. Erdogan a affaire avec M. Ince à un rival pugnace qui n'hésite pas à exhumer des sujets sensibles comme la coopération passée entre l'AKP et le prédicateur Fethullah Gülen à qui Ankara impute le putsch manqué en 2016.


(Lire aussi: Le difficile défi d'une rivale d'Erdogan au passé encombrant)



"Lutte acharnée"
Il est même allé jusqu'à affirmer que M. Erdogan lui-même avait rendu visite à M. Gülen dans son exil américain pour obtenir sa bénédiction pour la création de l'AKP au début des années 2000. M. Erdogan a rejeté cette allégation "infondée" et porté plainte contre M. Ince.

Le candidat du CHP, un bastion de la Turquie laïque créé par le fondateur de la république Mustafa Kemal Atatürk, n'hésite pas non plus à chasser sur les terres d'autres partis en courtisant le vote kurde ou celui des conservateurs religieux.

Après un début de campagne en demi-teinte, M. Erdogan a mis les bouchées doubles ces derniers jours en multipliant les meetings à travers le pays au cours desquels il étrille ses rivaux et vante son bilan. "Une Turquie forte a besoin d'un leader fort", proclame un poster de campagne à son effigie.
Mais si ce "leader fort" devait l'emporter le 24 juin, ou lors d'un éventuel second tour le 8 juillet, ce serait de haute lutte.
Car il serait "imprudent" à ce stade de pronostiquer le résultat d'un scrutin qui se présente comme "une lutte acharnée", souligne Marc Pierini de Carnegie Europe. "Pour la première fois depuis longtemps, l'opposition a la chance d'offrir aux électeurs une option radicalement différente", note-t-il.


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