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Musique et politique : retour sur les spectacles cibles de campagnes de boycott au Liban

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Dernière vague de protestations en date, l'appel à l'annulation du concert de Shakira en Israël quelques jours avant l'arrivée de la chanteuse colombienne d'origine libanaise au pays du Cèdre.

06/06/2018

Ces dernières années, l'annonce par les organisateurs des festivals prévus aux quatre coins du Liban de leur programmation est fréquemment rattrapée par l’actualité régionale. Ce qui se traduit par des appels au boycott d'artistes s'étant produits ou prévoyant de se produire en Israël. La dernière vague de protestations en date concernait Shakira. Alors que la célèbre chanteuse colombienne est à l'affiche du festival des Cèdres, dont elle fera l'ouverture en juillet, les appels s'étaient multipliés pour qu'elle annule un concert prévu en Israël. Ce, à un moment où l'actualité régionale était marquée par la sanglante répression par l'armée israélienne des différentes manifestations palestiniennes organisées dans le cadre de la marche du retour.

La cause principale des campagnes de boycott est, de fait, la relation de certains artistes avec Israël ou leur visite dans l'Etat hébreu. Ces campagnes de boycott peuvent prendre la forme de mouvements de masse sur les réseaux sociaux, de lettres ou communiqués directement envoyés aux artistes par des organisations, ou de demandes, aux autorités, d'empêcher l'entrée sur le territoire libanais de personnes ou groupes visés.

Au cours des dernières années, qui a été visé par ce genre de campagnes ? Qui a plié et qui s'est quand même produit au Liban ? Qui lance ces campagnes ? Retour sur les entremêlements entre la politique régionale et la vie culturelle au pays du Cèdre. 



Qui appelle au boycott ?


Un des groupes les plus actifs au Liban pour le lancement de campagnes de boycott est la "Campagne de boycottage des supporteurs d'Israël au Liban" (CBSI), créée en 2002, et qui a rejoint la campagne internationale "Boycott, désinvestissement et sanctions" (BDS), créée en 2005 par plus de 150 organisations et partis palestiniens et visant à faire pression sur l'Etat hébreu.

La Campagne BDS, active dans plus d'une cinquantaine de pays, explique sur son site qu'elle veut faire pression sur Israël, notamment aux niveaux économique et culturel, jusqu'à ce que l'Etat hébreu se retire des territoires occupés, abatte son mur de séparation en Cisjordanie, cesse la discrimination à l'encontre des citoyens palestiniens et assure aux réfugiés palestiniens le droit de retour.

C'est ce groupe qui est notamment à l'origine du mouvement de protestation lancé la semaine dernière à l'encontre du concert à Tel Aviv de la chanteuse colombienne d'origine libanaise, Shakira, qui devait avoir lieu quelques jours avant son concert prévu au Festival International des Cèdres, en juillet, au Liban. Lancée avec le hashtag (#DontEntertainOccupation, ne divertissez pas l'occupation), cette campagne, ralliée par des centaines d'internautes libanais et pro-palestiniens, n'aurait finalement pas eu lieu d'être, aucun concert n'étant confirmé en Israël, selon la société de production en charge de l'organisation de ces événements. 

La CBSI œuvre régulièrement avec d'autres groupes comme la "Campagne pour le boycott et le retrait des investissements d'Israël" et la "Campagne libanaise pour le boycottage du sionisme".

Certains partis politiques joignent régulièrement leurs voix aux appels au boycott de ces Campagnes. C'est notamment le cas du Mouvement du peuple (haraket el-chaab), parti libanais de la gauche radicale, associé aux autres partis du 8 Mars et qui se veut un grand défenseur de la cause palestinienne. Le Parti socialiste nationaliste syrien (PSNS) et le Hezbollah se sont également opposés à plusieurs reprises à la venue au Liban d'artistes ayant des liens avec Israël, arguant du fait que de telles performances artistiques encouragent la normalisation avec l'Etat hébreu. 


(Pour mémoire : La censure au Liban, comment ça marche ?)



Conséquences : ils ont annulé leur spectacle


Patrick Bruel : Le chanteur français, qui devait se produire à l'hippodrome de Beyrouth en juillet 2001, avait annulé son concert après avoir "reçu en France des menaces téléphoniques et des tracts lui demandant de renoncer à son voyage". Il avait annulé son concert en expliquant craindre "des risques de guerre" dans la région. 


Le chanteur français Patrick Bruel en concert. Photo AFP/Kenzo Tribouillard


Gad Elmaleh : En 2009, l'humoriste et comédien franco-marocain Gad Elmaleh, qui devait se produire du 13 au 15 juillet au Festival de Beiteddine, et dont les billets pour le spectacle avaient tous été vendus, avait dû annuler cette tournée après que des médias appartenant au Hezbollah, et notamment la chaîne al-Manar, avaient présenté l'artiste, de confession juive, comme un ancien soldat israélien, ce qui avait été démenti par l'entourage de l'artiste. La société civile libanaise et de nombreux responsables politiques avaient condamné la campagne du Hezbollah à l'encontre de M. Elmaleh. 


L'humoriste franco-marocain Gad Elmaleh lors de l'édition 2016 du Festival de Cannes. REUTERS/Yves Herman


Lara Fabian : La chanteuse belge Lara Fabian avait annulé deux concerts au Liban en février 2012, en raison de "menaces". "Je ne chanterai pas sous les menaces dont je suis victime... Je ne marche pas avec la haine... Je marche avec la tolérance, la générosité et la vérité", avait posté sur son compte Facebook la chanteuse, qui était accusée d'avoir chanté pour Israël mais qui s'était pourtant déjà produite au Liban. Le directeur de la "Campagne pour boycotter les supporters d'Israël au Liban" avait alors affirmé que Lara Fabian était "impliquée dans le sionisme et qu'elle (soutenait) Israël".


La chanteuse belge Lara Fabian en concert. Photo d'archive AFP


(Pour mémoire : Comment gifler l’intelligence des Libanais...)



Ils sont quand même venus au Liban


Placebo : Le groupe anglais de rock alternatif Placebo s'était retrouvé au centre d'une polémique en juin 2010, avant son concert prévu au Forum de Beyrouth. Différentes associations libanaises avaient appelé à son boycott, reprochant au groupe d'avoir donné des concerts en Israël quelques jours après l'assaut meurtrier de l'armée israélienne contre la flottille turque chargée d'aide pour Gaza, en mai 2010. Le groupe n'avait pas commenté la campagne dont il avait été la cible, contrairement à de nombreux responsables et organisations libanais, qui avaient condamné cette campagne. 


Brian Molko, chanteur du groupe Placebo, lors d'un concert en 2016. Photo d'archive AFP


DJ Tiesto : Le DJ néerlandais s'est également retrouvé dans le collimateur des organisations appelant au boycott, pour avoir donné un concert à Eilat, en Israël, avant son concert du 3 juillet 2010 à Dbayé, au nord de Beyrouth. Lors d'une conférence de presse, plusieurs de ces organisations avaient appelé les Libanais à rejoindre leur cause, affirmant qu'ils ne pouvaient pas "apprécier les soirées animées par des groupes qui traitent avec l'ennemi". 


Le DJ et producteur néerlandais DJ Tiesto lors de la cérémonie des Grammy Awards, en 2015. Photo AFP / Valérie MACON


Red Hot Chili Peppers : Le groupe de rock américain Red Hot Chili Peppers avait maintenu son concert du 6 septembre 2012, malgré les pressions dont il avait été la cible pour avoir prévu un concert à Tel Aviv après celui de Beyrouth. Par contre, le groupe de rock libanais Mashrou' Leila, qui devait faire le concert d'ouverture, avait annoncé la veille de l'événement l'annulation de sa performance, se refusant à tout commentaire. 


Les Red Hot Chili Peppers lors d'un concert à Hambourg, en Allemagne, en 2016. Photo AFP


Guns N'Roses : Le groupe américain, qui a donné un concert au Forum de Beyrouth le 30 mars 2013, avait été pris pour cible par les partisans du boycott et différentes formations politiques, pour avoir notamment chanté l'hymne israélien lors d'un concert. "Allez-vous oublier les centaines de morts et de blessés pour quelques heures d'amusement ? Devons-nous oublier nos souffrances depuis la création de l’État d'Israël pour +l'art+ ?", exhortait la CBSI dans un communiqué, tandis que le PSNS avait appelé les autorités à "agir rapidement pour empêcher au groupe d’entrer en territoire libanais". 


Axl Rose (gauche) et Slash du groupe Guns N' Roses, en concert à Copenhague, le 27 juin 2017. Photo REUTERS


Ces deux dernières années, les appels au boycott se sont multipliés envers les artistes programmés dans le cadre des différents festivals, à qui il était surtout reproché par la CBSI d'avoir prévu des concerts en Israël, avant ou après ceux au Liban. Ce fut notamment le cas, en 2016, du DJ suédois Avicii (décédé fin avril), qui avait donné un concert au BIEL le 23 juillet, et de la chanteuse australienne Sia, dont la performance avait eu lieu le 9 août au festival de Byblos. En 2017, la CBSI avait notamment appelé au boycott des concerts des chanteuses françaises Patricia Kaas et Hélène Ségara, du ténor italien Alessandro Safina, du chanteur britannique Chris de Burgh et du célèbre chanteur franco-arménien Charles Aznavour



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ACE-AN-NAS

Le jour où le pays de l'apatheid permettra aux artistes libanais de la résistance de se produire chez eux , on en parlera .

Sans demander que ce pays infâme n'autorise les groupes nazis à se produire en israel usurpateur .

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