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Idées

L’entreprise, prochain territoire à conquérir pour l’émancipation des femmes

Point de vue
Dana Azzi | OLJ
25/05/2018

Les élections législatives tenues le 6 mai courant et les mois de campagne qui les ont précédées ont notamment posé de façon particulièrement saillante la question de la représentation des femmes dans la vie politique libanaise. Si le nombre record (86) de candidates constituait de ce point de vue un signe encourageant, l’élection de seulement six femmes au Parlement a depuis terni cet enthousiasme et rappelle que la lutte pour la parité dans la vie politique restera plus que jamais à l’ordre du jour des prochaines échéances. En attendant, il serait souhaitable de capitaliser sur le regain d’attention dont a bénéficié la question de la participation des femmes pour poursuivre le combat sur un autre champ de bataille : leur insertion dans le monde du travail. 

Au-delà des considérations éthiques, il en va de l’intérêt économique et social du pays. Dans un rapport publié en juin 2017, l’Organisation internationale du travail (OIT) estimait ainsi qu’une réduction de 25 % de l’écart du taux d’activité entre les hommes et les femmes à l’horizon 2025 permettrait d’injecter 5 800 milliards de dollars dans l’économie mondiale et d’augmenter les recettes fiscales de 1 500 milliards de dollars. Et les entreprises y trouvent aussi leur compte : dans une étude intitulée « Le pouvoir de la parité » et publiée en juin 2017, le cabinet McKinsey Global Institute (MGI) estime que les entreprises qui recrutent autant de femmes que d’hommes réalisent un chiffre d’affaires environ 15 % supérieur à la moyenne.

Malheureusement, alors que des pays comme le Canada ont fait des pas de géant et vu l’ensemble des indicateurs d’égalité dans les milieux professionnels et sociaux progresser, le Liban, lui, reste à la traîne : selon le Rapport mondial sur la parité hommes-femmes publié en 2016 par le Forum économique mondial, les femmes occupent moins de 8 % des postes de direction et leur présence est minime au niveau de la création des petites entreprises.


(Pour mémoire : Stimuler encore et toujours les initiatives en faveur de l’égalité des sexes au Liban)



Perte de talents
Les résultats de plusieurs enquêtes au Liban montrent clairement qu’au sein des entreprises, les femmes ont beaucoup moins de chances par rapport aux hommes d’être promues à des postes managériaux. Le passage d’un poste de directrice au poste de vice-présidente est particulièrement difficile, ce qui n’est pas le cas des hommes qui ont trois fois plus de chances de franchir ce cap. Cette perte de talents féminins le long de l’échelle hiérarchique est alarmante.
Cela étant, le gouvernement, les entreprises, les ONG, les établissements d’enseignement, les médias et la société en général peuvent tous contribuer d’une façon ou d’une autre à plusieurs types d’initiatives pour favoriser l’insertion des femmes dans le monde du travail et l’économie formelle.

L’un des domaines où les initiatives visant à favoriser l’insertion des femmes dans la vie active sont les plus tangibles est sans doute celui de l’entrepreneuriat. Des initiatives visant à améliorer le soutien à l’entrepreneuriat féminin, comme la compétition « Femme francophone entrepreneure » lancée en 2011 par l’Agence universitaire francophone et l’incubateur Berytech (et dont le groupe L’Orient-Le Jour est partenaire, NDLR), ou résoudre leurs problèmes d’accès aux financements à travers la création de fonds d’investissement dédiés, comme le Lebanese Women Angel Fund (LWAF) lancé par IM Capital, la LLWB (Lebanese League for Women in Business) et la plateforme d’investissement Go Beyond. Ces initiatives sont capitales dans la mesure où elles permettent de casser plusieurs barrières à l’entrée, pour les femmes qui veulent tenter l’aventure entrepreneuriale.

Cependant, toutes les femmes ne sont pas destinées à être entrepreneuses et la majorité d’entre elles aspirent à pouvoir bénéficier de perspectives de carrière et de rémunération semblables à celles des hommes au sein des entreprises, des PME aux grands groupes. Lors d’une rencontre, Caroline Fattal, fondatrice de l’association StandForWomen et membre du conseil d’administration du Groupe Fattal, m’a ainsi expliqué que le ratio de femmes membres de conseil d’administration au Moyen-Orient se situait entre 1 % et 4 %. Avec la LLWB (Lebanese League for Women in Business), son association œuvre à la mise en place d’une initiative pour essayer d’augmenter le nombre de femmes aux plus hauts échelons des entreprises. La cible est de 30 % de femmes en conseil d’administration d’ici à 2025. Le travail étant considérable, la LLWB a créé un sous-comité qui a déjà lancé des séances de formation en partenariat avec la Société financière internationale (SFI) et Tamayyaz. Quelque 21 entreprises au Liban se sont portées signataires d’un engagement et ont adopté cette initiative. Suite à une intense campagne de lobbying, un projet de loi est aussi en cours d’élaboration pour mettre en place un quota définitif pour les femmes en conseil d’administration.


(Pour mémoire : Café-citoyen autour de la candidature des Libanaises aux législatives)



Combattre les préjugés
Au-delà de ces initiatives, plusieurs autres peuvent être mises en œuvre par les entreprises pour améliorer la situation des femmes en termes de perspectives d’emploi et de carrière. D’abord en allant au-delà des simples engagements verbaux et en établissant une cible de mixité en tant que priorité stratégique. Une fois ces objectifs fixés et les normes de mixité instaurées, il s’agira pour elles de mettre en place des mesures de performance et un processus de suivi continu. Les employés et les dirigeants de l’entreprise doivent être continuellement informés des résultats de toute prise d’initiative de l’entreprise. Tenir les dirigeants responsables de l’atteinte de ces objectifs est le seul moyen d’assurer une amélioration de la représentation des femmes.

Ensuite, en créant des réseaux formels de parrainage. La plupart des entreprises n’ont aucun programme de parrainage officiel. Cependant, les avancements professionnels sont fréquemment facilités grâce à un haut dirigeant. Il est donc essentiel d’établir des réseaux formels afin que les femmes puissent aussi en profiter au sein de l’entreprise.
Elles doivent en outre donner place à plus de flexibilité des horaires de travail, en donnant la possibilité à leurs employées de prendre des congés prolongés ou de postuler à des postes à temps partiel. Or non seulement ces options sont très rares aux Liban mais, souvent, employeur et employés tendent à considérer qu’elles sont incompatibles avec des perspectives d’avancement professionnel. Cela suppose donc une évolution réelle des mentalités.

C’est notamment pour cela qu’il convient de sensibiliser les employés et combattre les préjugés inconscients des employeurs, à qui l’on impute trop souvent la responsabilité exclusive du problème, comme de l’ensemble des employés : c’est à cette condition qu’un environnement réellement inclusif pourra émerger au sein de l’entreprise.

par Dana Azzi
Gestionnaire de portefeuille à la Saradar Private Bank.


Pour mémoire
SEAL : 20 ans d’action pour l’émancipation des femmes en zones rurales

La tribune de Joumana Haddad : Pour que la politique libanaise ne soit plus « une affaire d’hommes »    

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