Liban

SEAL : 20 ans d’action pour l’émancipation des femmes en zones rurales

Développement

L'ONG américaine fête cette année deux décennies de soutien aux communautés libanaises les plus défavorisées. Enquête dans les coopératives où l'autonomie financière de la population féminine est un réel défi.

09/08/2017

Il y a une dizaine de jours, dans la Békaa, le comité directeur de SEAL (Social Economic Action for Lebanon – Action socio-économique pour le Liban) a évalué les progrès réalisés par la petite coopérative de Wadi el-Taym. Comme les autres projets lancés par l'organisation au cours des vingt dernières années, l'heure est au bilan pour ces petites usines, toutes dirigées par des femmes.

Fondée aux États-Unis en 1997 par des personnalités de la communauté libanaise, SEAL est une ONG apolitique et non confessionnelle, financée à 80 % par les fonds privés de la diaspora. Elle célèbre cette année ses vingt ans d'activité au pays du Cèdre où elle s'est engagée à répondre aux besoins des communautés libanaises les plus marginalisées. Forte d'un travail de terrain et d'une véritable expertise, elle a permis à près de 120 projets de voir le jour principalement dans les zones rurales selon quatre domaines de prédilection : l'agriculture et l'industrie agroalimentaire ; l'eau et l'irrigation ; la pêche et la mer ; mais surtout l'emploi et le travail des femmes.

Depuis son siège new-yorkais, SEAL, dirigée par Victoria Lupton, est en lien permanent avec sa délégation locale à Beyrouth. Composée de Rami Zurayk, agronome et professeur à la faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'AUB (American University of Beirut), et de Yasser Akkaoui, éditeur d'Executive Magazine, l'organisation a investi 2 516 067 de dollars dans 116 projets, répartis sur l'ensemble du territoire national, dont 20 ont pour objectif principal de permettre à des femmes dans des zones rurales d'accéder à l'autonomie financière.

« Débloquer des opportunités économiques »
Les efforts de SEAL dans ce domaine portent sur l'aide au lancement de coopératives dirigées par des femmes. Grâce à l'achat de matériel, à des formations et à une expertise sur le long terme, les structures sont suivies dans la durée. « Notre but est de débloquer des opportunités économiques pour créer un maximum d'emplois et augmenter les revenus des femmes les plus démunies », confie Victoria Lupton.

Composée de 26 membres, la petite usine de Wadi el-Taym utilisait ainsi jusqu'à l'année dernière un équipement obsolète pour produire le zaatar baladi, le thym local. Le soutien financier de SEAL pour l'achat de nouvelles machines a permis de réduire de 18 % les coûts de production, un pourcentage non négligeable pour optimiser l'activité économique de la communauté, et démultiplier la production qui est passée de 200 kg par mois en 2016 à 2 tonnes en 2017. L'initiative des femmes est une réussite à tous les niveaux. « Ma personnalité s'est affirmée depuis que je travaille », affirme Ikram. « Je me sens autonome et confiante depuis que j'ai mon propre revenu. Je suis plus sereine car je peux soutenir ma famille », renchérit Siham.

À Bécharré, le père Milad Makhlouf, cofondateur de la coopérative de Saint-Charbel, témoigne lui aussi de son expérience : « L'entreprise a donné aux femmes du village l'opportunité de travailler. Sans cela, elles n'en n'auraient pas eu l'occasion. » La coopérative emploie 14 femmes dans la production alimentaire et bénéficie de l'essor du tourisme de la région.

À Jezzine, une coopérative gérée par des femmes s'est spécialisée dans la production alimentaire locale. Elle compte 53 employées. « Ce travail nous rend plus fortes. Notre argent revient à notre famille et à nos enfants », se félicite l'une d'elles.

Les femmes se concentrent essentiellement sur le marché local. « Il s'agit de développer la chaîne de production et de faire fructifier l'économie locale », explique encore Victoria Lupton, en prenant l'exemple d'un des nouveaux projets de l'ONG : une usine de savon qui utilise l'huile d'olive produite dans le village. Un moyen pour ces dames non seulement de devenir autonomes financièrement, mais de contribuer également efficacement à la relance de l'économie de leur communauté, en y développant la production. Dans le rapport 2016 du Forum économique mondial (World Economic Forum) sur l'égalité homme-femme, le Liban occupait le fond du classement, se positionnant à la 135e place sur un total de 144 pays.

Pourtant, la conjoncture économique défavorable a paradoxalement abrogé certaines barrières sociales, notamment à l'égard du travail des femmes et de leur autonomie financière. Joumana, la coordinatrice de la coopérative, explique que lorsque SEAL a commencé à mettre en place des projets dans la perspective d'une autonomisation des femmes, « la plupart des hommes ne voulaient pas entendre parler du travail de leurs épouses ». « Mais la situation financière des ménages est devenue tellement difficile que de plus en plus de maris encouragent leurs conjointes à avoir un emploi », explique-t-elle.

« Après 20 ans de travail, l'heure est au bilan. C'est un moment décisif pour développer notre visibilité et notre action, conclut Victoria Lupton, car, chaque année, de nouvelles personnes souffrent d'une situation économique déplorable. » Selon SEAL, depuis le début de la guerre en Syrie, le seuil de pauvreté au sein de la population libanaise est passé de 22 % à 30 % entre 2011 et 2016. Une pauvreté qui touche plus les femmes que les hommes.

 

 

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Wlik Sanferlou

Chapeau levé à SEAL et toute son équipe.Pendant que je me plains des états de choses eux avancent des solutions et des actions. Grand merci!

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