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Sept défenseurs des droits de la femme arrêtés en Arabie saoudite

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Selon l'ONG Human Rights Watch parmi eux figurent Loujain al-Hathloul, Aziza al-Youssef et Eman al-Nafjan, trois femmes connues pour leur lutte contre l'interdiction de conduire et le système de tutelle masculin.



OLJ/AFP
19/05/2018

Sept défenseurs des droits de la femme ont été arrêtés en Arabie saoudite, reflétant les limites des réformes opérées dans le royaume ultraconservateur à près d'un mois de la levée de l'interdiction de conduire faite aux femmes.

Les autorités saoudiennes ont annoncé samedi l'arrestation de "sept personnes ayant tenté de porter atteinte à la sécurité et la stabilité du royaume (...) et de saper l'unité nationale", sans préciser leur identité.

Selon l'ONG Human Rights Watch (HRW), sept militants des droits de la femme sont détenus depuis mardi et parmi eux figurent Loujain al-Hathloul, Aziza al-Youssef et Eman al-Nafjan, trois femmes connues pour leur lutte contre l'interdiction de conduire et le système de tutelle masculin en Arabie saoudite.

Une enquête "est en cours pour identifier toutes les personnes impliquées" et prendre les mesures légales appropriées, a indiqué un porte-parole des services de sécurité saoudiens cité par l'agence officielle SPA.  Il a accusé les personnes arrêtées d'avoir entretenu "des contacts suspects avec des parties étrangères", apporté un soutien financier à "des éléments hostiles à l'étranger" et recruté des fonctionnaires.

L'Arabie saoudite, seul pays au monde qui interdisait aux femmes de prendre le volant, s'est engagée, sous l'impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane, dans des réformes visant à une plus grande participation des femmes dans la vie économique et sociale.

Le 26 septembre 2017, elle a annoncé que les femmes seraient autorisées à conduire puis a fixé au 24 juin la levée de l'interdiction. Mais les Saoudiennes restent encore soumises à de nombreuses restrictions, principalement à un système de tutelle masculin: elles ont ainsi besoin de l'accord d'un homme membre de leur famille pour voyager, étudier ou exercer certains métiers.

Des militants ont expliqué à HRW qu'après sa décision de lever l'interdiction de conduire, la cour royale avait demandé à "d'importants militants" de ne s'exprimer dans les médias.


(Lire aussi : Pour les Saoudiennes, "le temps du silence est fini")



"Tactique d'intimidation"

Mmes Hathloul et Nafjan avaient participé à la campagne pour la levée de l'interdiction de conduire bien avant le décret royal. Mme Hathloul avait été arrêtée fin 2014 et détenue pendant 73 jours après avoir tenté de traverser en voiture la frontière entre les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite.

Selon l'organisation HRW, basée à New York, les trois femmes arrêtées sont connues pour leur lutte contre la tutelle des hommes, et deux d'entre elles avaient signé une pétition dès 2016 visant à abolir ce système.

Sarah Leah Whitson, responsable de HRW pour le Moyen-Orient, estime que "les véritables réformateurs saoudiens qui osent défendre publiquement les droits de l'Homme et l'émancipation des femmes" continuent de vivre dans un "climat de peur", malgré l'annonce des réformes.

Pour de nombreux militants saoudiens, ces réformes ne seront que cosmétiques tant que les Saoudiennes restent sous la tutelle des hommes. "Votre trahison a échoué", a titré samedi le quotidien saoudien Al-Jazirah, en allusion aux militants arrêtés. 

"Pas de place pour les traîtres parmi nous", pouvait-on lire sur le compte Twitter du site d'information en ligne SaudiNews50 qui a publié les photos de cinq des militants arrêtés selon lui: Eman al-Nafjan, Loujain al-Hathloul, Aziza al-Youssef, Mohammed al-Rabiya et l'avocat Ibrahim al-Madmyegh. "Cette campagne représente un développement extrêmement préoccupant pour les défenseurs des droits des femmes en Arabie saoudite", a affirmé Amnesty International, dénonçant "une tactique d'intimidation entièrement injustifiable".

Sur Twitter, l'annonce des arrestations a suscité plusieurs réactions. Le commentateur politique saoudien Naif al-Asaker a affirmé que les militants arrêtés étaient soit des "agents secrets" soit des "ignorants". "Les arrestations visent essentiellement le féminisme saoudien", a écrit de son côté la militante saoudo-américaine Nora Abdulkarim. 


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