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Moyen Orient et Monde - Société

Femmes autorisées à conduire en Arabie saoudite : quelles premières retombées ?

La nouvelle tombe comme un soulagement pour la grande majorité des familles de la classe moyenne, le prix de la dépendance des femmes pesant lourd sur les finances des ménages.

Une Saoudienne au volant d’une voiture hier dans les rues de Djeddah, au lendemain de la décision royale de permettre aux femmes de conduire dans le royaume. Reem Baeshen/AFP

Les célébrations de la fête nationale, samedi dernier, laissaient présager par leur extravagance totalement inhabituelle pour un pays comme le royaume wahhabite d'Arabie saoudite un changement majeur dans la manière de gouverner et d'interagir avec la population saoudienne. En l'espace de quelques jours, les citoyens et surtout – il faut le souligner – les citoyennes d'Arabie ont eu l'impression d'avoir voyagé dans le futur. Elles l'espéraient depuis longtemps, le roi Salmane l'a fait mardi dernier en signant un décret royal : les femmes pourront désormais conduire dans le royaume, à partir du mois de juin prochain.

C'est une simple feuille de papier de quelques lignes signée par le roi qui vient libérer les femmes du joug de la dépendance d'un chauffeur, d'un père, d'un frère, d'un fils ou de tout autre individu masculin lorsqu'il s'agit de se déplacer. Selon le texte du décret, une commission ad hoc chargée de mettre en application le texte sera mise en place sous 30 jours et regroupera de hauts responsables des ministères de l'Intérieur, des Affaires sociales, du Travail et des Finances afin de plancher sur la manière dont sera appliqué le décret. En pratique, il faudra mettre en place des cours de conduite et l'octroi des permis de conduire aux femmes. Conscient des inquiétudes des femmes concernant la nécessité éventuelle d'obtenir l'autorisation d'un membre masculin de leur famille pour pouvoir enfin prendre le volant, l'ambassadeur d'Arabie à Washington s'est empressé de préciser que « la femme n'aura pas besoin de l'accord de son tuteur pour obtenir un permis de conduire ». Et d'ajouter que toute personne détentrice d'un permis de conduire délivré par l'un des pays du Conseil de coopération du Golfe est autorisée à conduire en Arabie.

Sur le plan économique, cette nouvelle tombe comme un soulagement pour la grande majorité des familles saoudiennes issues de la classe moyenne, le prix de la dépendance des femmes lorsqu'il s'agit du transport pesant lourd sur les finances des ménages. Environ un million de chauffeurs étrangers travaillent en Arabie et coûtent au pays près de 15 milliards de riyals saoudiens par an, soit près de 4 milliards de dollars américains. Cela sans compter celles qui ne peuvent se permettre d'avoir un chauffeur attitré et qui s'en remettent aux taxis ou aux compagnies privées, type Uber ou Careem. Cette société a d'ailleurs saisi l'occasion hier pour annoncer l'ouverture de 100 mille nouveaux emplois destinés aux femmes dans le royaume, comme l'a annoncé le quotidien koweitien al-Qabas.

 

(Lire aussi : Les Saoudiennes autorisées à conduire : Sur Twitter, les réactions fusent, sur tous les tons)

 

Réactions sur Twitter
Le décret royal publié mardi soir devra être mis en application au plus tard le 10 chawwal 1439, soit le 23 juin 2018. Mardi soir, dès l'annonce de la nouvelle par la chaîne satellitaire saoudienne al-Arabiya, les réseaux sociaux se sont enflammés dans le royaume. Sur Twitter, le hashtag déjà célèbre « tu ne reviendras pas », et qui sous-entend la lente déliquescence des prérogatives de la Commission pour la promotion de la vertu et la répression du vice, s'est assorti d'un « elle conduira ». « Elle conduira et tu ne reviendras pas », souligne ainsi un internaute qui se demande l'espace d'un instant « où est passé la Commission », avant de s'exclamer « mais oui, c'est vrai, tu ne reviendras pas ». Ou encore « elle ne conduira pas 0, tu ne reviendras pas 1 ». Un autre hashtag a le vent en poupe depuis mardi soir : « Le roi champion du droit des femmes au volant. » De nombreuses femmes ont également posté des photos pleines d'humour, comme « Machael » qui dit hésiter entre une Rolls-Royce ou une Ferrari, ou encore « Amal » qui publie la capture d'écran de son téléphone portable alors qu'elle est en train d'effacer l'application de la compagnie privée de transport Careem.

Sur le plan politique interne, un pressing évident est en train d'être effectué par le biais des médias pour présenter cette décision royale comme faisant l'unanimité. Dès hier matin, l'on a pu assister à un déferlement de réactions positives des différents princes de divers gouvernorats. De son côté, le prince al-Walid ben Talal s'est félicité, sur son compte Twitter, de l'entrée de son pays « dans le XXIe siècle », pendant que le ministère saoudien des Affaires étrangères publiait hier matin une infographie traduite dans plusieurs langues et relayant cette décision historique sur son site web.

 

(Lire aussi : Des Saoudiennes euphoriques se voient déjà au volant)

 

Hier matin, tout semblait déjà différent dans les rues d'Arabie, et les femmes étaient peut-être plus détendues qu'à l'accoutumée, elles qui pour la plupart se voient obligées de se voiler de la tête aux pieds, qui plus est dans un épais tissu noir pour les plus traditionnelles d'entre elles, par des températures qui avoisinent le plus souvent les 40 degrés. Un vent de changement souffle, graduellement, il est vrai, mais le retour à la situation antérieure au décret semble déjà impensable. Pour preuve, les propos de l'activiste féministe Manal el-Charif qui a longtemps bravé tous les interdits afin de réclamer le droit de prendre le volant : « L'Arabie ne sera plus jamais comme avant. »

Cette décision pourrait à première vue sembler soudaine mais il n'en est rien. Le plan de Vision 2030 mis en place depuis l'accession au pouvoir du roi Salmane d'Arabie et qui est en pratique porté par le ministre de la Défense et prince héritier Mohammad ben Salmane al-Saoud sert de cadre général au paquet de réformes récemment mises en application, et au nombre desquelles figure l'autorisation pour les femmes de prendre le volant. Ce plan se fonde sur trois piliers : économique, social et politique, et c'est dans ce contexte que le décret royal a été signé mardi soir.

 

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Les célébrations de la fête nationale, samedi dernier, laissaient présager par leur extravagance totalement inhabituelle pour un pays comme le royaume wahhabite d'Arabie saoudite un changement majeur dans la manière de gouverner et d'interagir avec la population saoudienne. En l'espace de quelques jours, les citoyens et surtout – il faut le souligner – les citoyennes d'Arabie ont eu...

commentaires (4)

au faite , y aura-t'il une photo sur le permis de conduire ?

Talaat Dominique

19 h 37, le 28 septembre 2017

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Commentaires (4)

  • au faite , y aura-t'il une photo sur le permis de conduire ?

    Talaat Dominique

    19 h 37, le 28 septembre 2017

  • Avec ça on aura réglé tous les problèmes sociaux que connaît la bensaoudie. ..lol.... Surtout que on commence à commercialiser les voitures sans chauffeur. .... Un grand AVENIR pour elles .Lol..

    FRIK-A-FRAK

    10 h 06, le 28 septembre 2017

  • DEJA ON PEUT VOIR UN VISAGE ET DES MAINS... LOL !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 14, le 28 septembre 2017

  • Pour commencer, le roi vient d'offrir un sacré marché aux auto-écoles du pays .... 15 millions de femmes doivent apprendre à conduire et obtenir leur permis de conduire ! Une décision dont les aspects économiques vont être extrêmement bénéfiques La baisse des prix du pétrole (durable c'est sur), ont probablement jouer un rôle (disons accélérer le mouvement)

    Sarkis Serge Tateossian

    03 h 20, le 28 septembre 2017

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