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Moyen Orient et Monde

Zarif entame sa mission de sauvetage de l’accord nucléaire

Éclairage

Les Iraniens attendent des garanties européennes pour pouvoir trouver un intérêt à rester dans le traité.

14/05/2018

L’accord sur le nucléaire iranien est sous respiration artificielle, depuis la décision du président américain Donald Trump de s’en retirer. Mais pour Téhéran, il n’est pas encore temps de l’enterrer. La République islamique a intérêt à obtenir de nouvelles garanties auprès des autres signataires du JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) et à faire porter toute la responsabilité de l’échec sur les épaules américaines.

C’est le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, celui-là même qui avait négocié chaque point du traité pendant des heures avec son homologue américain John Kerry, qui est chargé de la mission de sauvetage. Il a entamé hier à Pékin une tournée diplomatique qui le conduira à Moscou puis à Bruxelles. Depuis la Chine, il s’est exprimé en déclarant que l’objectif de ces visites est de décrocher un « cadre futur clair, en dialoguant avec les nations qui restent dans l’accord ». Pékin est en effet le premier partenaire économique et commercial de Téhéran. La Chine, qui avait « regretté » la décision américaine, a simplement assuré hier vouloir « maintenir le contact avec toutes les parties ». 

Optimiste, M. Zarif n’en est pas moins réaliste. Il sait que la mission s’avère des plus délicates. « Si l’accord doit perdurer, nos intérêts doivent être assurés », a-t-il déclaré hier. Le cas échéant, « nous sommes prêts à toutes les options », a-t-il ajouté, selon l’agence de presse iranienne Isna. Il avait affirmé vendredi que Téhéran se préparerait à reprendre « l’enrichissement industriel » d’uranium « sans aucune restriction » si l’Europe ne fournissait pas de solides garanties de maintien des relations commerciales avec l’Iran.

En écho à ces déclarations, le président iranien Hassan Rohani a réaffirmé hier depuis le Sri Lanka où il se trouve en visite d’État que « si les cinq autres pays (signataires) continuent de suivre l’accord, l’Iran restera dans ce compromis en dépit de la volonté de l’Amérique », a-t-il poursuivi.


(Lire aussi :  Pourquoi les Iraniens ont baissé le ton) 

  

45 à 60 jours
L’Iran veut prouver au reste du monde qu’il est un partenaire sérieux, loin de l’image d’État voyou que lui colle M. Trump. Mais il ne peut pas le faire à n’importe quel prix : Téhéran a besoin de garanties européennes, pour trouver son intérêt à rester dans l’accord. C’est l’enjeu-clé de ces prochaines semaines. Le porte-parole de la commission des Affaires étrangères du Parlement iranien a lancé hier un ultimatum de 45 à 60 jours aux Européens « pour donner les garanties nécessaires afin d’assurer les intérêts de l’Iran et compenser les dommages causés par la sortie des États-Unis ».

« Le mécanisme d’adjudication prévu dans l’accord prendra environ 35-60 jours. Cela permettra à l’Iran de pousser les autres signataires de l’accord à condamner les États-Unis en tant que contrevenant de l’accord, tout en utilisant ce temps comme un délai pour parvenir à un accord avec l’UE », explique à L’Orient-Le Jour Ali Vaez, spécialiste de l’Iran à l’International Crisis Group. Téhéran attend de l’UE qu’il se démarque des États-Unis, notamment en permettant à ses entreprises de continuer leurs investissements en Iran, allant ainsi à l’encontre des sanctions américaines. « Depuis la signature (de l’accord), nous sommes passés d’une atmosphère de ruée vers l’or à une crise de dépression », assure à l’AFP une diplomate occidentale sous couvert d’anonymat. « Si l’UE se montre accommodante avec les États-Unis, alors tous les progrès réalisés depuis 2015 seront perdus. » Les « garanties claires » voulues par Téhéran seraient « des mécanismes politiques et économiques qui assurent aux compagnies européennes que l’UE les protégera contre les effets des sanctions américaines », confirme Ali Vaez.

M. Zarif ne peut pas revenir en Iran avec de simples promesses. Le couple modéré qu’il forme avec le président iranien Hassan Rohani a basé tout son succès sur la conclusion de l’accord. Ils sont aujourd’hui en première ligne, face aux critiques des conservateurs qui veulent saisir l’occasion de prendre leur revanche.
La situation actuelle « est une aubaine pour les conservateurs », selon Ali Vaez. « Ils ont perdu toutes les élections depuis 2013. Maintenant, l’administration Trump a fait pencher la balance en leur faveur en discréditant les forces les plus modérées de la politique iranienne », poursuit-il.


(Lire aussi : Trump est passé à côté de l’essentiel : maîtriser les tensions régionales)


Les yeux tournés vers l’Occident
Les responsables conservateurs n’ont pas lésiné sur les mots. « Dans la situation actuelle, rester dans l’accord nucléaire sans obtenir des garanties claires (de la part de l’Europe, NDLR) n’assure certainement pas les intérêts nationaux du pays », écrit dans un communiqué le religieux conservateur, l’ayatollah Ahmad Janati. Ce dernier est le président de l’Assemblée des experts, chargée de nommer ou de démettre le guide suprême. M. Janati a surtout demandé au président Hassan Rohani, artisan de l’accord nucléaire, de « présenter des excuses au peuple iranien pour les dégâts causés dans le cadre de l’accord » au pays.

De son côté, le général Mohammad Ali Jafari, chef des gardiens de la révolution, l’armée d’élite du régime iranien et notamment active en Syrie, a critiqué certains « responsables qui ont les yeux tournés vers l’Occident », dans une allusion à peine voilée au couple Rohani / Zarif.

Le gouvernement iranien est donc sous pression à l’intérieur. La position des défenseurs de l’accord s’est d’autant plus fragilisée qu’au niveau international, la possibilité de M. Zarif d’obtenir des « garanties » de la part des Européens se heurte désormais à la volonté américaine de trouver un terrain d’entente avec les Européens. Dans un entretien diffusé hier sur la chaîne Fox News, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a assuré qu’il comptait « travailler dur avec les Européens » afin de parvenir à un nouvel accord pour contrer « le comportement néfaste » de Téhéran, avant d’ajouter que « le retrait (de l’accord) ne visait pas les Européens ».


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RE-MARK-ABLE

Quand on comprend que c'est l'Europe qui tire à la charrue pour que l'iran NPR reste et ne bouge pas vers ses vrais plans B .

ON jubile pour rien , on pleurera pour de vrais raisons bientôt .

Pierre Hadjigeorgiou

Que quelqu'un nous explique pourquoi les Iraniens tiennent tellement a maintenir l'accord coûte que coûte alors que cela leur ouvre la voie pour obtenir l'arme nucléaire? Les chocottes jouent pour beaucoup car ils savent que même les Chinois et les Russes n'y peuvent rien. Ils crèveront la dalle sous peu et le régime en Iran va s'estomper plutôt que prévu dans leur charte théocratique et nazi. Les puissances mondiales sont toutes d'accords pour rogner les ailes a tout état qui se comporte avec arrogance contre le système mondial instauré. Si les Russes veulent avoir droit de regards dans les énormes richesses gazières et pétrolifères de la méditerranée en contrôlant la Syrie du régime baasiste, il va falloir qu'elle en paie la contre partie, idem pour les Chinois qui ont déjà signe les accords avec les sociétés Israéliennes et Américaines. Le prix est l'Iran et ses suppôts dans la région. Bientôt nous allons voir des changements sur le terrain... La patience est la mère de toute les vertus!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES DECULOTTAGES ONT COMMENCE !

HABIBI FRANCAIS

Que l Iran commerce donc avec les russes et les chinois......pourquoi veulent ils que l europe " petit satan "reste dans l accord nucleaire ?

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