X

Moyen Orient et Monde

L’affrontement israélo-iranien est-il inévitable ?

Décryptage

Téhéran aurait lancé une vingtaine de roquettes contre le Golan occupé par Israël. En riposte, l’État hébreu a mené des dizaines de raids aériens contre des cibles iraniennes en Syrie.

11/05/2018

Les guerres annoncées n’ont généralement pas lieu. Celle qui pourrait débuter prochainement entre Israël et l’Iran, deux pays qui se testent et se menacent depuis des années sans jamais s’être affrontés directement, pourrait toutefois être l’exception qui confirme la règle. Compte tenu du nombre d’acteurs impliqués en Syrie, de la complexité et des risques d’un tel conflit pour tout le Moyen-Orient, la guerre israélo-iranienne n’est pas encore inévitable. Mais les tensions entre les deux acteurs, qui n’ont fait que croître au cours de ces derniers mois, sont encore montées d’un cran ces dernières 48 heures. La chancelière allemande, Angela Merkel, a résumé la situation en déclarant que « l’escalade des dernières heures nous montre qu’il y va vraisemblablement de la guerre ou de la paix ».

Attaque iranienne, contre-attaque israélienne : la séquence qui vient de se dérouler n’a pris personne par surprise. Il était clair que les Iraniens allaient riposter après avoir été la cible de multiples frappes israéliennes contre leurs positions en Syrie au cours de ces dernières semaines. Il était tout aussi clair que la réponse israélienne à la riposte iranienne allait être importante, puisque les dirigeants de l’État hébreu ont matraqué ce message durant cette même période. Seul le timing restait inconnu. Les Iraniens ont attendu la décision du président américain Donald Trump, annonçant la sortie de son pays de l’accord nucléaire iranien, pour passer à l’offensive.

Première fois
Selon les Israéliens, cités par les grandes agences d’information, al-Qods, la brigade iranienne pour les opérations extérieures, a tiré mercredi peu après minuit une vingtaine de roquettes de type Fajr et Grad vers les premières positions sur la partie du Golan occupée par Israël, de l’autre côté de la ligne de démarcation. Le chef de la force al-Qods, Qassem Soleimani, aurait lui-même mené les opérations. Quatre projectiles ont été interceptés par les systèmes antiaériens, et les autres sont tombés en dehors d’Israël, a affirmé l’armée. Il n’y a pas eu de victimes. Si la paternité de l’attaque est confirmée, ce serait la première fois que l’Iran attaque directement le territoire israélien. C’est en tout cas la première fois qu’Israël impute directement des frappes à l’Iran et non à ses obligés, comme le Hezbollah. Téhéran a nié être à l’origine de la frappe. « Si l’Iran l’avait fait, nous l’aurions dit immédiatement », a déclaré l’adjoint de Qassem Soleimani au sein de la force al-Qods, Hossein Salami.

Dans cette séquence, l’Iran aurait toutefois des raisons de ne pas bomber le torse. Si l’on en croit les informations israéliennes, Téhéran n’a pas réussi son coup. Pour une première attaque directe sur un territoire israélien, cela ressemble franchement à un raté. D’autant plus que la réponse israélienne a été, pour sa part, disproportionnée. L’État hébreu a mené des dizaines de raids aériens meurtriers contre des cibles présentées comme iraniennes en Syrie. Les missiles israéliens ont touché des bases au sud-ouest de Homs, ainsi qu’à Mouadamiyat al-Cham à l’ouest de Damas, « où se trouvent des combattants iraniens ainsi que du Hezbollah et de la 4e brigade » de l’armée syrienne, a déclaré l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Les frappes auraient fait 23 morts, dont 18 combattants étrangers, selon l’OSDH. L’armée syrienne aurait activé ses défenses antiaériennes, mais sans résultat, selon les Israéliens. Ces derniers auraient répondu en détruisant cinq batteries de missiles antiaériens. Moscou, parrain du régime syrien, a pour sa part affirmé que l’armée israélienne avait tiré environ 70 missiles, dont une soixantaine à partir de 28 avions F-15 et F-16, et que la défense antiaérienne syrienne en avait détruit plus de la moitié.


(Lire aussi : Dans une déclaration historique, Bahreïn soutient « le droit d’Israël à se défendre »)


« J’espère que tout le monde a compris le message »
Les Israéliens ont mis leur menace à exécution. Selon le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, un porte-parole de l’armée israélienne cité par l’AFP, l’opération est « certainement la plus importante contre des cibles iraniennes ». La plus importante depuis des décennies si l’on en croit d’autres sources militaires citées par le Haaretz. Tous les appareils israéliens sont rentrés indemnes à leur base après avoir atteint les objectifs retenus, a déclaré le porte-parole militaire israélien. Selon lui, il faudra des mois et peut-être plus aux Iraniens pour reconstituer le potentiel détruit. Le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman est allé encore plus loin en annonçant que toutes les infrastructures iraniennes avaient été frappées. « J’espère que tout le monde a compris le message », a ajouté M. Lieberman en répétant qu’Israël ne voulait pas d’escalade.

Les deux partis ne semblent pas être aussi motivées l’une que l’autre à en découdre. Il suffisait pour s’en convaincre de comparer hier les déclarations tonitruantes du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, disant que l’Iran avait « franchi la ligne rouge », à la réaction timorée du président iranien Hassan Rohani, affirmant que son pays ne voulait pas de « nouvelles tensions » dans la région. Israël, qui reste d’habitude silencieux concernant ses actions en Syrie, veut cette fois que le message soit entendu de tous : l’État hébreu est déterminé à empêcher l’Iran de s’installer militairement en Syrie, quelque action que cela nécessite. L’Iran, au contraire, semble chercher à calmer le jeu, conscient qu’un affrontement dans un tel contexte lui serait extrêmement dommageable.

Le président syrien Bachar el-Assad est quant à lui désormais pris dans l’engrenage de ce conflit. Les Israéliens ne distinguent plus aussi nettement qu’avant les cibles iraniennes des cibles syriennes. Le ministère syrien des Affaires étrangères a estimé hier que les frappes constituaient une nouvelle phase dans la guerre en Syrie. Moscou, qui a misé gros sur le renflouement du régime, a conscience qu’Israël peut contrecarrer ses plans. Si elle accepte tacitement les offensives israéliennes contre les sites iraniens, la Russie ne veut pas pour autant que celles-ci aient pour conséquence d’affaiblir le régime. Le fait que les frappes israéliennes aient eu lieu quelques heures après la visite de M. Netanyahu à Moscou donne toutefois une indication de la marge de manœuvre laissée par la Russie à son allié israélien pour lutter contre son partenaire iranien.


(Lire aussi : Moscou, arbitre de facto entre l’Iran et Israël)


L’occasion de lancer les hostilités
Le déclenchement de la guerre semble aujourd’hui essentiellement dépendre de l’attitude iranienne. Les Israéliens y sont prêts, mais peuvent très bien continuer à procéder à leurs opérations aériennes qui leur permettent d’atteindre leurs objectifs sans grand risque. Les Iraniens peuvent pour leur part considérer que les pertes sont acceptables – ce qui apparaît de moins en moins plausible – et continuer de jouer avec les lignes rouges israéliennes tout en prenant soin d’éviter l’escalade. Pour de multiples autres raisons, liées notamment à leur crédibilité régionale face à ce qu’ils considèrent être un affront, ils pourraient toutefois décider de riposter de façon plus conséquente, ce qui donnerait à Israël l’occasion de lancer les hostilités.

La communauté internationale regarde la situation avec attention. Berlin, Londres, Paris et Moscou ont appelé à la retenue. Alors que Berlin et Londres s’opposent à Washington sur le nucléaire iranien, ils ont comme lui dénoncé les « attaques iraniennes » et soutenu le droit d’Israël à se défendre. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres a demandé « un arrêt immédiat de tous les actes hostiles afin d’éviter une nouvelle conflagration ». L’Union européenne a, elle, appelé à la retenue face à une escalade « extrêmement inquiétante ».



Lire aussi

Accord nucléaire iranien : le Golfe s'attend à des contrecoups du retrait américain

L’Iran pourrait riposter à la décision de Trump en employant ses cartes au Moyen-Orient

Le plateau du Golan, principal contentieux israélo-syrien

Escalade des violences entre l'Iran et Israël sur le théâtre syrien : ce qu'il faut savoir

Derrière la ligne dure de Trump, la tentation d'un changement de régime en Iran ?

Face à la présence iranienne en Syrie, Israël accentue la menace sur Assad

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Wlek Sanferlou

Histoire d'échange de roquettes ne fait que la joie des occultistes et des dentistes...
Le dieu des deux belligérants leur avait conseiller: oeil pour oeil et dent pour dent...
Il faudra quand même laisser le temps faire

Bery tus

si vraiment comme le dit l'axe dites de resistance a propos des pertes subit par israel est reel ... je peux vous assurer que la Knesset ne se taira pas .. et puisque selon meme les moumana3istes bibi est attaquer de toute part en israel ne pensez vous pas qu'ils utiliseront cet incident pour faire valoir leur revendications !?!

l'avenir nous le dira .. mais je connais deja la reponse ...

AIGLEPERçANT

Si on pouvait passer les videos d'israeliens du golan usurpé on verrait combien ce que dit la presse sioniste est fausse .

Des destructions occultées par le régime criminogène de nathanyahou.

De toute façon ce qui compte c'est les faits , pas ce qu'on raconte .
Avoir écrit que le héros BASHAR allait partir en 15 jours est différent que de voir 8 ans plus tard qu'il est tjrs en poste et plus fort que jamais .

Avoir écrit que l'iran NPR était à 2 doigts de s'effondrer est différent de les voir avoir attaqué le golan usurpé. Etc.....

Soeur Yvette

prions pour la paix et la retenue ...que Dieu preserve le Liban....

Irene Said

Une question:
Téhéran, en attaquant Israël, que défend-t-il,
son pays et ses frontières ?
Et que fait-il en Syrie et pourquoi?
On va nous avancer encore le même prétexte: "l'axe de la résistance, les héros de toutes les couleurs etc."
Le plus navrant dans tout cela, c'est que ces guerres ne nous font pas avancer dans quoi que ce soit...mais reculer de plus en plus vers le néant!

Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL L,EST PAR LA FORCE DES CHOSES SI LES IRANIENS NE QUITTENT PAS LA SYRIE ET LE LIBAN ! ET C,EST LE BUT DE LA REMISE EN QUESTION DU CHIFFON SIGNE A GENEVE SUR LE NUCLEAIRE ET DES NOUVELLES SANCTIONS QUE TOUT LE MONDE EST OBLIGE DE SUIVRE SCRUPULEUSEMENT !
QUE DE DECULOTTAGES EN VUE !

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants