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Moyen Orient et Monde

L’Iran « sortira de l’accord sur le nucléaire si les États-Unis en sortent »

Crise

La tension monte à l’approche de la date butoir du 12 mai.

04/05/2018

À quelques jours de l’annonce par le président Donald Trump de sa décision concernant un éventuel retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, Téhéran a encore haussé le ton hier. « Si les États-Unis se retirent de l’accord nucléaire, nous n’y resterons pas non plus », a prévenu hier Ali Akbar Velayati, conseiller du guide suprême Ali Khamenei pour les affaires internationales, dans des propos publiés par le site de la télévision d’État. 

Le président américain doit se prononcer le 12 mai pour dire si son pays restera au sein de cet accord signé en juillet 2015 à Vienne avec les 5 membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, Russie, France, Grande-Bretagne, États-Unis), l’Allemagne et l’Iran. Le locataire de la Maison-Blanche a toujours répété que cet accord était « le pire » jamais conclu par les États-Unis et a enjoint aux Européens de trouver un nouveau texte qui remédierait aux « terribles lacunes » du JCPOA (Programme d’action conjoint). Faute de quoi il pourrait rétablir les sanctions économiques américaines contre l’Iran. Ces « lacunes », selon Washington, concernent notamment le programme balistique iranien ainsi que le rôle déstabilisateur de la République islamique au Moyen-Orient. 

« Même si les pays alliés des États-Unis, en particulier les Européens, cherchent à réviser l’accord nucléaire avec les Américains afin d’y rester, l’une de nos options sera un retrait de l’accord », a prévenu hier M. Velayati. « Si les États-Unis continuent de violer l’accord ou en sortent, nous userons de notre droit à répondre à notre manière (...) Les menaces n’apporteront pas aux États-Unis un nouvel accord », a également averti le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif.

À l’approche de la date butoir, les États-Unis semblent plus résolus que jamais à se retirer de l’accord. L’entrée dans l’administration Trump de responsables tels Mike Pompeo au poste de secrétaire d’État ou encore John Bolton au poste de conseiller à la Sécurité nationale, qui rejettent tous deux fermement l’accord avec l’Iran et sont partisans d’une ligne dure avec la République islamique, vient renforcer ce pronostic. Ce à quoi il faut ajouter la présentation, lundi soir par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, de « preuves concluantes » sur l’existence d’un plan « secret » que l’Iran pourrait activer à tout moment pour se doter de la bombe atomique. « Les dirigeants iraniens ont fréquemment nié avoir jamais cherché à obtenir des armes nucléaires. Ce soir, je suis ici pour vous dire une chose : l’Iran a menti », avait-il lancé.

Téhéran a affirmé à plusieurs reprises qu’il s’était préparé à tous les scenarii possibles en cas de sortie américaine de l’accord. Mais ceux-ci varieraient en fonction de l’étendue des sanctions prises par Donald Trump contre la République islamique. Car si Washington sort de l’accord, des sanctions seraient de facto réimposées à l’Iran. « Tout dépendra des sanctions qui seraient réinstaurées et de celles qui continueraient à être suspendues », dit à L’Orient-Le Jour Ali Fathollah Nejad, chercheur associé au Brookings Doha Center. 


(Lire aussi : Nucléaire iranien: les "preuves" israéliennes confortent l'hypothèse d'un retrait américain)


Conséquences internes et externes

L’un des scenarii, le plus délicat pour les voisins de l’Iran et la communauté internationale, consisterait en la libre reprise du programme nucléaire iranien. Si aucun accord ne vient plus délimiter les capacités nucléaires iraniennes, Téhéran pourrait enrichir librement son uranium, même à des niveaux potentiellement critiques pour la fabrication d’un arsenal atomique. Ces dernières semaines, l’Iran a déclaré qu’il pourrait reprendre son activité nucléaire et enrichir à près de 20 % son uranium dans un délai assez court. « Si l’Amérique se retire de l’accord (...), l’Iran pourra reprendre l’enrichissement d’uranium à 20 % en moins de 48 heures », avait ainsi prévenu, le 5 mars dernier, Behrouz Kamalvandi, porte-parole de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran (OEAI). Ce seuil représente la plus grande partie déjà accomplie du travail nécessaire pour l’enrichissement de l’uranium vers une application militaire. L’uranium doit être enrichi à 90 % pour pouvoir faire une bombe. « Ce qu’ils sont le plus susceptibles de faire, c’est passer de zéro à 20 % et adopter une approche plus délibérée pour relancer leurs activités nucléaires de manière à maintenir l’apparence qu’il s’agit toujours d’un programme nucléaire civil. Plus important encore, les Iraniens chercheront à créer des dissensions entre les Européens et les Américains, ainsi qu’entre la Russie et la Chine d’une part, et les États-Unis d’autre part », affirme Karim Sadjadpour, spécialiste de l’Iran, dans une interview publiée sur le site officiel du Carnegie le 1er mai 2018. 

Les Européens tentent de persuader M. Trump de ne pas dénoncer l’accord. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a également mis en garde, hier, contre la tentation d’abandonner l’accord de Vienne tant qu’un texte de remplacement n’a pas été établi. 


(Lire aussi : Israël passe à la vitesse supérieure contre l’Iran)


Concernant le programme balistique iranien, la République islamique a maintes fois répété qu’elle ne céderait ni ne négocierait sur son arsenal qui représente, pour elle, une question de défense nationale. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait d’ailleurs échoué, lors de sa visite à Téhéran le 5 mars denier, à obtenir cette concession de la part des Iraniens et tenter de rassurer les Américains et les autres pays européens à ce sujet.

Au niveau de la politique intérieure, l’Iran risque de sortir davantage affaibli de cet accord. En plus des manifestations de plus en plus fréquentes dans le pays, le retrait des Américains pourrait fragiliser le président modéré Hassan Rohani, qui avait placé son mandat sous le signe de la reconstruction économique de l’Iran et de la préservation de l’accord sur le nucléaire. « Un retrait américain mettra la pression sur le camp modéré iranien face au camp conservateur, dont une partie se réjouira de l’échec de cet accord », estime Ali Fathollah Nejad. Mais toute l’attention devrait être portée sur les réactions des parties prenantes à cet accord et donnerait sans doute une ultime chance aux Européens de pouvoir garder les Iraniens dans l’accord même si les États-Unis en sortent. « Les semaines post-12 mai vont être cruciales. Il y aura du temps pour des échanges diplomatiques. Les Européens pourront alors tenter de convaincre les Iraniens qu’il vaut mieux rester et les États-Unis d’opter pour une sortie plus en douceur », conclut le spécialiste.




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Bery tus

j'aimerai savoir quel est votre levier de pression pour avoir ce que vous voulez mais ... svp si vous quitter l'accords n'en faite pas payer les libanais le prix

SVP n'engagez pas le hezb sur une guerre avec israel, soit pour repondre a leurs attaques en syrie soit a cause de l'accords .. si vous voulez montrez vos muscles FAITES DE CHEZ VOUS, PAR VOUS MEME

merci messieurs les iraniens
c'est prémonitoire

ACE-AN-NAS

C'qui est marrant c'est de dire date butoir !
date butoir pour qui ? si le clown pris en otage est prêt à en sortir , qu'à cela ne tienne , il libèrera les iraniens d'une attente de 10 ans et se lanceront dans la finalisation du programme nucléaire , ce qui leur fera une économie de temps considérable .

Si on veut insinuer que cela va entrainer une frappe ou attaque sur l'Iran , je ne demande qu'à voir .

le DAY AFTER CETTE ATTAQUE NE RESSEMBLERA PAS A CE QUE L'USURPIE A CONNU JUSQU'A LA .

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