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Moyen Orient et Monde

Nucléaire iranien : Macron tente le pari d’un accord complémentaire

Décryptage

Sans remettre en question le JCPOA, Paris veut négocier en parallèle l’encadrement de l’activité balistique de Téhéran et de sa politique régionale.

26/04/2018

Il n’y aura pas de renégociation de l’accord sur le nucléaire iranien, également connu sous le nom de « JCPOA ». C’est du moins ce qu’a affirmé hier l’émissaire américain pour la non-prolifération, Christopher Ford, en déclarant que les États-Unis ne veulent ni rouvrir l’accord sur le nucléaire ni le renégocier, mais espèrent corriger les défauts du texte initial par un accord complémentaire. Cette annonce est venue balayer la confusion entretenue suite aux propos du président français Emmanuel Macron et de son homologue américain Donald Trump mardi à la Maison-Blanche, qui avaient laissé entendre qu’un « nouvel accord » plus large avec l’Iran pourrait effectivement voir le jour. Il n’était alors pas clair si les deux dirigeants proposaient de renégocier l’accord ou s’ils souhaitaient le compléter par un autre accord, sans pour autant toucher au premier, fruit de plusieurs années de négociations diplomatiques. « Il y a beaucoup de confusion concernant l’aboutissement des discussions entre Donald Trump et Emmanuel Macron, entretenu par le langage inexact du président américain », estime James Dobbins, ancien diplomate américain, chercheur à la Rand Corporation, contacté par L’Orient-Le Jour.

Le président américain a en effet jusqu’au 12 mai pour annoncer s’il se retire de l’accord qu’il juge comme le « pire » jamais signé par les États-Unis jusque-là. Mardi, il était resté évasif sur sa décision finale sans toutefois complètement fermer la porte à l’initiative d’Emmanuel Macron.


(Lire aussi : Un "nouvel" accord nucléaire iranien semé d'incertitudes)


« Un qui veut le détruire, l’autre qui veut le conserver »
Malgré l’amitié affichée lors de la visite d’État du président français à Washington, il est peu probable qu’Emmanuel Macron ait pu infléchir la décision de Donald Trump de sortir de l’accord. « Les deux présidents n’ont pas la même vision des choses, ou plus précisément, ils ont la même vision à moyen terme. Mais dans l’immédiat, il y en a toujours un qui veut détruire l’accord, Donald Trump, et un autre qui veut le conserver, Emmanuel Macron », confie François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran et enseignant à Sciences-Po Paris, contacté par téléphone. Comme les autres signataires du JCPOA, la France considère que l’accord est le meilleur moyen d’empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire. Devant le Congrès, le président français a réaffirmé hier que l’Iran ne devra « jamais » posséder l’arme nucléaire. « Pas maintenant. Pas dans cinq ans. Pas dans dix ans. Jamais », a-t-il déclaré, pour rassurer Washington qui souhaite prolonger la durée de l’accord, aujourd’hui valable dix ans.

L’Allemagne a réaffirmé hier que sa « priorité » était de sauvegarder l’accord, qu’elle ne considère pas comme « renégociable ». « Notre position est claire : notre priorité absolue est le maintien de l’accord sur le nucléaire et son application par toutes les parties », déclare-t-on à Berlin. « L’Allemagne et la France se sont concertées et ont coordonné leur approche avant que M. Macron n’entame ses discussions avec M. Trump. Les trois signataires européens sont donc sur la même ligne quant à ce nouveau deal avec les Américains », confie James Dobbins. Ce nouvel accord viserait à encadrer l’activité balistique iranienne ainsi que sa politique régionale, sans remettre en question le JCPOA. « C’est une construction à quatre étages, en quelque sorte, qui est envisagée des deux côtés. Mais ils ne sont pas d’accord sur le premier étage, c’est le plus important, il s’agit de l’accord existant », poursuit M. Nicoullaud. Le premier point concerne l’enrichissement d’uranium, encadré par le JCPOA. Le deuxième, la durée de l’accord. Le troisième, l’encadrement des missiles balistiques alors que des sanctions américaines et européennes existent encore dans ce domaine. Et enfin, le quatrième concerne la question de la politique régionale iranienne, notamment en Syrie, en Irak, au Liban et au Yémen.


(Lire aussi : Le camp iranien sur la défensive alors que l’accord nucléaire risque d’être brisé)


« Sans alternative »
Ce nouveau chemin devrait toutefois être semé d’embuches, si ce n’est être dès le départ voué à l’échec. Car l’idée d’un nouvel accord se heurte d’ores et déjà au scepticisme de plusieurs membres signataires et au refus catégorique des autres. « L’idée est de convaincre l’Iran d’accepter de nouveaux accords, ces trois nouvelles couches, et ce n’est pas du tout évident », estime M. Nicoullaud. « Tout dépendra de la nature de ces nouvelles mesures envisagées par les États-Unis et les Européens. Pour l’instant, personne ne peut affirmer s’il s’agira de mesures symboliques ou réellement substantives, et si les sanctions envisagées correspondront à celles préexistant l’accord de Vienne », affirme pour sa part James Dobbins.

L’Iran, la Russie et la Chine ont catégoriquement rejeté hier tout nouvel accord sur le nucléaire iranien. Le président iranien Hassan Rohani a balayé hier toute idée de renégociation de l’accord de Vienne, en qualifiant au passage Donald Trump de « commerçant » incapable de négocier des traités internationaux. Pour le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, l’accord actuel est « sans alternative ». Ces nouvelles options, si elles venaient sérieusement à être envisagées, pourraient braquer Téhéran. « Les Iraniens pourraient soit choisir de rester dans l’accord tout en se plaignant des nouvelles sanctions envisagées par les Américains et les Européens, soit estimer que celles-ci constituent une violation de leur engagement dans » JCPOA « et décider eux-mêmes d’en sortir », analyse James Dobbins.

Au cas où ils ne parviendraient pas à convaincre l’Iran de participer à de nouvelles négociations en vue d’un accord complémentaire, les Occidentaux pourraient être amenés à chercher un accord entre eux. « Il pourrait s’agir d’un accord complémentaire uniquement entre les États-Unis et les signataires européens. » Pas sûr, cependant, que les options aujourd’hui sur la table suffisent à convaincre Donald Trump de ne pas « déchirer » l’accord le 12 mai prochain. Dans l’éventualité où Washington se retirerait, les autres signataires occidentaux réfléchissent déjà à la façon de maintenir l’accord dans une « version non-US », a expliqué hier le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson.



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Bustros Mitri

La France n' a pas les moyens de sa politique. On l' a bien vu en Syrie. Seul les US l' ont.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ACCORD NUCLEAIRE AVEC L,IRAN EST MAUVAIS... MAIS IL FALLAIT DISCUTER DE TOUT DURANT LES NEGOCIATIONS ET AVANT SA SIGNATURE ! DE TOUTE FACON IL EST A PREVOIR DE NOUVEAUX DECULOTTAGES TOUT EN ESPERANT QU,ILS SOIENT DE LA PARTIE PROVOCATRICE DANS LA REGION DU M.O. !

NAUFAL SORAYA

De toute façon, s'il y a assouplissement de la position américaine, elle ne peut deecemment pas être annoncée aussi rapidement... Il faut sans doute donner le temps à des "négociations" officielles, et puis, espérons-le, un début de changement...

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