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Moyen Orient et Monde

Pourquoi le mois de mai risque de chambouler le Moyen-Orient

Éclairage

Accord sur le nucléaire iranien, élections législatives libanaises et irakiennes, Trump à Jérusalem : le mois prochain s’annonce riche en rebondissements pour la région.

Julie KEBBI | OLJ
30/04/2018

Inflammable. C’est le mot qui devrait résumer ce mois de mai à venir, au Proche et au Moyen-Orient. Élections législatives au Liban et en Irak, décision de Washington sur l’accord nucléaire iranien, commémoration de la Nakba ou encore possible visite du président américain Donald Trump pour le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem : « Le mois de mai 2018 pourrait être celui de la montée des périls au Moyen-Orient », observe pour L’Orient-Le Jour Karim Émile Bitar, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, et professeur associé à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Tous ces rendez-vous sont intrinsèquement liés dans une région où chaque décision peut avoir un effet domino, sur fond de tensions grandissantes entre l’Iran d’un côté et les États-Unis et Israël de l’autre.

Dans ce calendrier chargé, ce sont les Libanais et les Irakiens qui ont d’abord rendez-vous avec les urnes. Les premiers sont amenés à voter pour leurs députés le 6 et les seconds le 12. Ces votes devraient être suivis de près par les puissances régionales et les Occidentaux alors que de nombreux candidats pro-iraniens sont présents sur les listes électorales.

Washington et Tel-Aviv craignent une montée en puissance des affiliés pro-iraniens sur les scènes nationales libanaise et irakienne puisqu’une victoire des obligés de Téhéran dans ces deux pays renforcerait l’assise de la République islamique dans la région. « Au-delà de l’aspect folklorique et dérisoire de ces élections, elles ont quand même une importance symbolique pour les Iraniens qui souhaitent, précisément, avant ces grandes échéances du mois de mai, montrer que leurs alliés régionaux sont toujours en position de force et qu’ils n’ont pas perdu la main », explique M. Bitar.

Si le Premier ministre irakien sortant, Haider el-Abadi, devrait être réélu, la liste de l’Alliance de la conquête dirigée par Hadi el-Ameri, dirigeant pro-iranien de l’organisation Badr et du Hachd el-Chaabi, pourrait se tailler la part du lion au sein du Parlement. L’enjeu reste de savoir le nombre et donc l’ampleur de l’emprise de l’Iran sur la région. Les pronostics annoncent par ailleurs que le Hezbollah devrait renforcer sa position au Liban. 



Renforcer les ultraconservateurs iraniens

L’événement le plus important reste toutefois l’annonce du président Trump de sa décision de maintenir ou non les États-Unis dans l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Alors qu’il a jusqu’au 12 mai pour donner le verdict final, les canaux diplomatiques européens sont proches de la surchauffe, activés sans répit dans l’espoir que M. Trump renonce à « déchirer » l’accord conclu en 2015 entre l’Iran et le Groupe des Six (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie). 

L’enjeu est de taille : le texte prévoit la levée progressive des sanctions internationales contre Téhéran en échange de quoi il s’engage à limiter son programme nucléaire uniquement au domaine civil. « Les Iraniens étant d’un nationalisme particulièrement sourcilleux, ils pourraient se braquer, et cette décision de Trump pourrait renforcer le camp des ultraconservateurs en Iran qui avaient reproché au président Hassan Rohani d’avoir fait trop de concessions sur le nombre de centrifugeuses et sur le pourcentage de l’enrichissement de l’uranium », souligne M. Bitar.

La République islamique a averti à plusieurs reprises Washington des conséquences que sa sortie de l’accord impliquerait. « Je dis à ceux de la Maison-Blanche que s’ils ne respectent pas leurs engagements, le gouvernement iranien réagira fermement », a menacé mardi dernier le président iranien Rohani. Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a pour sa part déclaré le 21 avril que Téhéran était prêt à reprendre « vigoureusement » l’enrichissement d’uranium si M. 

Trump menait sa promesse à bien. Un tel scénario augmenterait la menace d’une confrontation directe entre Téhéran et Washington, alors que ce dernier semble prêt à aller très loin pour contrecarrer les activités de son ennemi juré. Le conseiller à la Sécurité nationale de M. Trump, John Bolton, a toutefois rappelé qu’il « n’y a pas encore de décision » du président américain à propos de la sortie de l’accord et qu’il « vaut la peine » de réfléchir aux options proposées par le président français, Emmanuel Macron, pour revoir le texte original.



« Un éléphant dans un magasin de porcelaine » 

L’État hébreu, seule puissance nucléaire dans la région, s’emploie déjà à tenter de contrer l’expansion de la République islamique et de ses supplétifs de l’autre côté de ses frontières en Syrie. L’aviation israélienne a été accusée au début du mois d’avril par Damas et Moscou d’avoir frappé une base militaire en Syrie, ciblant notamment un système de défense antiaérien iranien. Farouche détracteur de l’accord nucléaire, Benjamin Netanyahu a martelé hier, lors de la visite du secrétaire d’État américain Mike Pompeo, que Téhéran « doit être stoppé, son projet de bombes nucléaires doit être stoppé, son agression doit être stoppée ». Israël accuse l’Iran de vouloir établir des bases permanentes en Syrie, ce qui constitue à ses yeux un véritable casus belli. Autrement dit, au sein du front anti-Iran, les États-Unis sont en première ligne sur le dossier du nucléaire, tandis que l’État hébreu pourrait se retrouver en confrontation directe avec la République islamique et ses obligés sur le terrain syrien. 

Une situation d’embrasement sur de multiples fronts, qui pourrait enflammer un peu plus la situation à Gaza. Des milliers de Palestiniens se réunissent tous les vendredis à la frontière israélienne dans le cadre de la Marche du retour. L’objectif est la 70e commémoration de l’exode forcé des Palestiniens en 1948, appelé la Nakba, signifiant la « catastrophe » en arabe, et de revendiquer le droit à reprendre leurs territoires. Pour dissuader son adversaire, l’armée israélienne a tiré à de multiples reprises, à balles réelles, sur les manifestants non armés, faisant plus de 40 morts. 



Tel-Aviv justifie ses actions par la présence de membres du Hamas parmi les manifestants. Bête noire de l’État hébreu, le Hamas entretient également des liens étroits avec Téhéran. Alors que les tensions sont particulièrement vives, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a déclaré dans une lettre adressée en avril au chef du Hamas que les Iraniens « se considèrent comme tenus de vous soutenir sous quelque forme que ce soit ». Le mouvement de protestation doit s’étendre jusqu’au 15 mai, jour officiel de la Nakba, soit le lendemain du jour de la proclamation d’indépendance de l’État hébreu. Un événement qui fait d’autant plus craindre une escalade du conflit. 

Enfin, la possible venue du président américain à Jérusalem, la veille, pour le déménagement de l’ambassade américaine pourrait également ajouter de l’huile sur le feu du conflit israélo-palestinien. Selon M. Bitar, « la visite de Trump à Jérusalem risque d’être un cas d’école de l’éléphant dans un magasin de porcelaine ». « Si Trump devait s’aviser de faire des déclarations intempestives à Jérusalem, cela viendrait encore plus plomber le climat », ajoute-t-il.



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AIGLEPERçANT

Chamboulement pour QUI?

De toute façon pour les pays arabes ça ne pourra pas être pire que ça, quant à l'usurpie je ne donne pas cher de sa peau face au réveil de l'axe des vrais RÉSISTANTS.

Avec comme allié un clown déséquilibré mental et des wahabites là... lol.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DE GRANDES DECISIONS S,Y PREPARENT ET LA PIRE C,EST CELLE QUI CONCERNE NOTRE REGION AVEC LA PRESENCE DE L,IRAN ET DE SES ACCESSOIRES EN SYRIE VOISINE !

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