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Moyen Orient et Monde - Syrie

Pour Israël, les frappes occidentales en Syrie n’ont pas changé la donne

D’après le « Wall Street Journal », l’État hébreu aurait détruit plusieurs batteries antiaériennes iraniennes sur la base T4.

Un missile Tomahawk lancé en direction des sites de production d’armes chimiques syriens le 14 avril. US Navy/Mass Communication Specialist 3rd Class Kallysta Castillo/Handout via Reuters

Les frappes menées la semaine dernière par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis en Syrie, en riposte à l’attaque chimique attribuée au régime syrien contre la ville de Douma, ont été accueillies à la fois avec satisfaction et déception en Israël. Satisfaction de voir les puissances occidentales intervenir en Syrie pour faire respecter leurs lignes rouges et d’entendre les Américains revenir sur leur décision de quitter dans l’immédiat le terrain syrien. Déception quant à l’ampleur des frappes. La nature des cibles frappées la semaine dernière met en évidence le fait que Paris, Londres et Washington ont agi spécifiquement contre les armes chimiques et non pas pour impacter la guerre civile syrienne dans son ensemble, et encore moins pour sortir Damas de l’orbite iranienne. Le sentiment que l’État hébreu a été livré à lui-même face à l’Iran sur son front nord est de plus en plus apparent dans la presse israélienne. Une source anonyme des renseignements israéliens déclarait ainsi à propos des frappes occidentales aux journalistes du Yediot Aharonot : « L’affirmation que la capacité d’Assad en matières d’armes chimiques est fatalement touchée est infondée. » L’article cite d’autres sources anonymes de l’appareil sécuritaire allant dans ce sens, Mossad inclus. 

 « Si Israël peut retarder l’implantation de l’Iran en Syrie ou en augmenter le coût par ces frappes, il ne peut l’arrêter. Pour cela, il lui faut l’appui soit de la Russie, soit des États-Unis. Aucun des deux ne semble vouloir vraiment s’y intéresser pour l’instant », souligne Michael Horowitz, consultant à LeBeck International, un think tank basé à Bahreïn. Récemment, le chef d’état-major israélien Gadi Eisenkot déclarait au quotidien Haaretz que « l’issue finale et désirée est le départ de toutes les forces irano-chiites de Syrie ». Un vœu pieu, justifié par la certitude qu’à terme la Syrie pourrait permettre à l’Iran d’ouvrir un second front face à Israël. 

Selon M. Horowitz, aucun changement fondamental de stratégie n’est envisageable côté russe, même suite à la frappe israélienne le 9 avril sur la section de la base T4 utilisée par le corps des Gardiens de la révolution. « Moscou veut maintenir sa position d’équilibriste, qui pour l’instant satisfait ses intérêts. La Russie a en revanche fait part de sa colère en désignant Israël comme étant derrière l’attaque, et, ce faisant, mettant fin à la politique d’ambiguïté d’Israël qui visait à donner à l’Iran une opportunité de ne pas répondre. En un sens, les Russes mettent Israël face à ses responsabilités car ils forcent les Iraniens à répondre », dit-il. Les frappes israéliennes sur T4 sont intervenues deux jours après l’attaque à l’arme chimique contre Douma, dans un contexte d’incertitude de préparation des frappes occidentales. Ce timing porte à croire que l’attaque israélienne a profité de ce contexte favorable pour jouer sa propre partition tout en démontrant aux Occidentaux que l’intervention était possible. 


(Lire aussi : L'attaque israélienne contre la base syrienne T4 visait aussi un système de défense anti-aérien iranien, selon le WSJ)


Moins de 10 km

D’après le Wall Street Journal, les frappes sur T4 ont détruit plusieurs batteries antiaériennes iraniennes, capables d’entraver la liberté d’action israélienne dans le ciel syrien. Si les Iraniens parviennent à déployer d’autres batteries antiaériennes, cela pourra créer une escalade plus importante avec l’État hébreu. 

L’attaque contre la base T4 est la deuxième du genre avec le premier round d’escalade en février, où en l’espace de quelques heures un drone iranien et un F-16 israélien avaient été abattus. La base est également utilisée par la Russie pour faire décoller son aviation. Moscou n’avait pas été prévenu de l’intervention israélienne à venir. Le risque ainsi encouru réaffirme la détermination de Tel-Aviv à ne pas céder sur les lignes rouges déjà modérées. L’une d’entre elles interdisait le transfert de missiles de longue portée au Hezbollah. Se battant pour la survie du régime syrien, ce dernier a toutefois pu les acquérir en quantité, et Israël a dû se rabattre sur la limitation des missiles de précision. 

La plus importante des lignes rouges, le maintien d’une zone tampon attenante à la frontière israélienne profonde d’au moins 10 km et vidée de toute présence iranienne, est désormais compromise par le déplacement de l’effort de guerre du régime vers le Sud et le Golan. Dans le contexte de l’élimination des dernières poches rebelles dans la périphérie de Damas, des médias prorégime ont annoncé une campagne militaire prochaine pour reprendre Deraa et Kuneitra sur les hauteurs du plateau. L’énergie du Hezbollah dans cette zone est pour le moment concentrée dans la guérilla contre les rebelles, mais Israël redoute un intérêt croissant pour la frontière. 

Pour Tel-Aviv, il n’y a pas de modus operandi qui soit bon dans l’absolu. Contenir plus agressivement l’emprise iranienne comporte des risques, dont la multiplication des fronts au Liban et à Gaza où le Hamas est revenu dans le giron iranien, précipitant ainsi l’encerclement qu’Israël veut déjouer. Si Tel-Aviv envisage une défiance accrue à ses portes, il est probable que l’objectif iranien à moyen terme soit plutôt de stabiliser la Syrie en tant qu’État vassal. Un atout que Téhéran a obtenu au prix d’investissements substantiels, et qu’une confrontation directe avec Israël dilapiderait probablement en un dixième du temps consacré à son acquisition.



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Les frappes menées la semaine dernière par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis en Syrie, en riposte à l’attaque chimique attribuée au régime syrien contre la ville de Douma, ont été accueillies à la fois avec satisfaction et déception en Israël. Satisfaction de voir les puissances occidentales intervenir en Syrie pour faire respecter leurs lignes rouges et d’entendre les...

commentaires (4)

EN FAIT ILS N,ONT RIEN CHANGE !

DENIONS LA CENSURE.GARDONS NOS LIBRES EXPRESSIONS.

13 h 26, le 20 avril 2018

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Commentaires (4)

  • EN FAIT ILS N,ONT RIEN CHANGE !

    DENIONS LA CENSURE.GARDONS NOS LIBRES EXPRESSIONS.

    13 h 26, le 20 avril 2018

  • Qui mieux que l'iran pour continuer a sauver la peau de bachar? Qui mieux que bachar pour sauver les interets iraniens en syrie? Qui est le plus vieil allie d'israel par inaction?

    Gaby SIOUFI

    04 h 18, le 20 avril 2018

  • "...il est probable que l'objectif iranien à moyen terme soit plutôt de stabiliser la Syrie en tant qu'Etat vassal..." Si nous ne faisons pas attention, le Liban deviendra aussi très bientôt un "Etat vassal" de l'Iran ! C'est bien cela que nous, Libanais libres et souverains, désirons ? Irène Saïd

    Irene Said

    13 h 40, le 19 avril 2018

  • Étant donné que ces frappes inopérantes étaient faites pour tes beaux yeux israel, si t'es pas content vas y tout seul alors !!!!!!! Tes parrains t'ont donné ce bout d'os tu n'auras rien de plus. Poltrons.

    FRIK-A-FRAK

    10 h 52, le 19 avril 2018

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